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Théo Mercier fait parler les objets au Musée de la Chasse et de la Nature

Plasticien et metteur en scène, l’artiste Théo Mercier est accueilli au Musée de la Chasse et de la Nature et le parcours qu’il propose vient percuter nos sens autant que notre esprit.
Théo Mercier, dix ans après sa première exposition personnelle en ces murs, réinvestit le Musée de la Chasse et de la Nature, et la confrontation entre les installations et sculptures du jeune artiste contemporain et les collections du lieu produit dans le cerveau de qui s’y pique des étincelles de sens, comme le frottement de deux pierres entre elles produisit au Paléolithique les premières sources de feu. Intitulée “Every Stone should cry”, cette exposition, qui est aussi la dernière avant la fermeture du musée pour travaux, joue des juxtapositions symboliques, des accouplements insolites, des rencontres entre éléments naturels et objets manufacturés, sans que l’on puisse toujours discerner l’un de l’autre. Entre le ready-made et l’artisanat, entre l’artefact et la nature, entre l’original et la copie, le cabinet de curiosités que met en place Théo Mercier dans les différents espaces du musée, fabrique des lignes de fuite et de tension entre les objets, entre l’Histoire et aujourd’hui, avec un humour qui n’exclut pas la gravité et un sens scénographique avisé. On y côtoie de près l’âme de collectionneur de l’artiste, habitué à chiner dans les bazars de France et d’ailleurs, à dénicher ses trésors à même le sous-bois des forêts ou dans les antres des brocanteurs. Ses interventions au sein de salles déjà chargées, pleines de vestiges, d’antiquités et de pièces d’art contemporain issues de précédentes expositions temporaires, comme des dépôts de confrères et consœurs, des traces de passages s’entassant au grès des ans pour alimenter les résonances du passé avec l’époque, viennent conclure en beauté le contenu palimpseste de ce musée sis dans un hôtel particulier du Marais qui s’apprête à faire peau neuve et à s’agrandir.

L’exposition se répartit à la fois dans l’espace du bas, vierge et vide, que Théo Mercier remplit comme un laboratoire naturaliste, et vient se faufiler dans les interstices des étages déjà saturés de meubles et objets de toutes sortes en lien avec le monde animal et végétal hanté par le spectre humain comme une menace et une compagnie. Comme autant de mises en scène réifiées, de combinaisons géométriques et énigmatiques, les installations viennent percuter notre regard mais également notre esprit, par ricochets, associations de formes et d’idées. Inclassable et iconoclaste, l’œuvre de Théo Mercier ne supporte aucune catégorisation, figuration ou abstraction, symbolisme ou surréalisme, Arte Povera ou art manufacturé, quand bien même elle en évoque des aspects, porte en elle les marques d’un héritage digéré. Mais elle se situe bien au-delà, ouvre un champ neuf et visionnaire. Théo Mercier frappe fort et juste. Dans la salle du bas, l’effet est immédiat, le choc visuel instantané et pourtant l’émotion première se prolonge sur la durée. Moquette claire que le visiteur foule chaussé de surchaussures protectrices pour garder le sol immaculé, éclairage radical aux néons, étagères rectilignes étalant leurs pièces en rang d’oignons comme sur les rayonnages d’un supermarché, Théo Mercier crée de toute pièce un lieu à arpenter, jalonné de sculptures de son cru, jouant de l’empilement, de la suspension et de la gravité. Formes géométriques y côtoient formes empruntées au monde végétal, pierres, troncs d’arbres, coraux marins… S’immiscent également dans cet univers, qui au jeu des formes ajoute celui des matières, perchoirs pour oiseaux, roues de hamster, fruits factices et références ouvertement érotiques, faisant de cet endroit étrange le lieu de croisements artificiels entre l’homme et la nature, minérale et végétale, ainsi qu’entre l’homme et l’animal. Une sorte d’échantillon archéologique puisant autant dans des matériaux ancestraux que dans le design moderne. Et ce grand écart chronologique matérialisé dans l’espace par ces rapprochements formels ouvre des abymes à la pensée et génère en nous des émotions inattendues. Ces vanités des temps modernes conjuguent ensemble bien des contraires, le sexe et la mort, l’abri et la mise à nu, la sécurité et le danger, l’horizontalité et la verticalité, le rapport au rite et à la trivialité. Le visiteur s’y fraie un chemin, capte les signes envoyés par ces dialogues étonnants aux airs d'équations métaphysiques, se fait caisse de résonance de ces liens aussi hétéroclites que mystérieux.

Par Marie Plantin

Théo Mercier
Every Stone should cry
Du 23 avril au 30 juin 2019
Au Musée de la Chasse et de la Nature
62 Rue des Archives
75003 Paris
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