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Une Mouette pas comme les autres fait son nid au TGP

On a vu ce spectacle il y a si longtemps (c'était au Paris-Villette), qu'on est étonné de le voir ressurgir cette saison au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis avec une distribution légèrement modifiée : Karyll Elgrichi, Johanna Korthals Altes, Isabelle Lafon, Judith Périllat, Marie Piemontese, cinq femmes, qui à elle seule nous restitue la substantifique moelle du chef-d'œuvre de Tchekhov.

Une rangée de cinq femmes. En ligne. Frontale et droite. Dans un rectangle de lumière projeté au sol. Page blanche. Plateau nu, vide de tout signe. La proposition d’Isabelle Lafon est radicale dans sa simplicité. Son dépouillement. Ici, pas de mise en scène, à savoir pas de mise en acte et en action de la pièce de Tchekhov. Isabelle Lafon ne s’empare pas de "La Mouette" pour en livrer un point de vue psychologique, un univers esthétique, une scénographie plus ou moins réaliste. Sa vision est écoute. Rendre la pièce à sa matière première, dialogique.


Le principe pourra en dérouter plus d’un, en décevoir d’autres qui viendraient au théâtre pour voir et se projeter vers le plateau quand Isabelle Lafon propose d’entendre et de voir à l’intérieur de soi ce que les mots seuls provoquent d’imaginaire. Mais ce dispositif est aussi l’occasion de se reconnecter avec l’ossature de la pièce. Squelette d’échanges verbaux sans la chair des situations que le théâtre donne à regarder. Ici, c’est un théâtre en deux dimensions. Pauvre, plein de manques mais riche dans sa pauvreté même. Car n'est-ce pas aussi l'un des motifs récurrents de la pièce ? Le manque, la frustration, l'absence ? Cette "Mouette" en creux est riche du chef-d’œuvre de Tchekhov, sonde implacable de la condition humaine aux saillis d’humour délectables. Riche des cinq actrices en présence, vibrantes, authentiques, infiniment proches de nous. Chœur de femmes à l’unisson laissant entendre la voix unique de chacune.


Les comédiennes sont tout simplement remarquables. Elles ne cherchent pas à se draper d’un rôle, à jouer un personnage, mais elles sont là, pleinement, alignées devant nous telles des mots sur une page. Sans costume ni accessoire. Et s’il y a peu à se mettre sous la dent dans ce dépouillement généralisé, on est littéralement happé par l’ouverture de leurs regards, la lisibilité de leurs paroles, la capacité de ces femmes à se mettre au service de cette "Mouette" qu’on ne se lasse jamais de côtoyer. Et c'est beaucoup. Et c'est beau.

Par Marie Plantin

Une Mouette
Du 18 avril au 6 mai 2017
Au Théâtre Gérard Philipe
59 Boulevard Jules Guesde
93200 Saint-Denis
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