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Rencontre avec Julien Favart, directeur du Lavoir Moderne Parisien

Enclave théâtrale nichée dans le quartier dit sensible de la Goutte d’Or, le Lavoir Moderne Parisien a pourtant trouvé sa place dans le vaste paysage culturel riche et foisonnant de la capitale et s’il reste menacé par une situation financière instable, il garde le cap coûte que coûte grâce à la nouvelle équipe mobilisée, chapeautée par Julien Favart, directeur affable, les pieds sur terre et des envies en pagaille.
Ce qui reste incompréhensible à ce jour, c’est le peu de soutien financier concret que ce théâtre de quartier implanté depuis de nombreuses années à la Goutte d’Or reçoit de la part de la Mairie de Paris malgré un vif intérêt témoigné par Christophe Girard, adjoint à la Culture, pour l’action qui y est menée. Les conditions de sa survie sont périlleuses, Le Lavoir Moderne Parisien est toujours fragilisé par une situation économique délicate. Mais le nouveau directeur, Julien Favart, en place depuis deux ans maintenant, se bat avec endurance pour remettre sur pied ce théâtre au charme fou, en faire une vitrine et un tremplin privilégié pour les compagnies émergentes et prouver, par une programmation de qualité, que le Lavoir Moderne Parisien n’a jamais été aussi indispensable qu’aujourd’hui, qui plus est dans ce quartier et dans une société divisée comme la nôtre, où le spectacle vivant, en tant que vecteur de cohésion sociale, a un rôle essentiel à jouer. Rencontre avec un optimiste conscient des difficultés à surmonter, avec un artiste polyvalent et impliqué qui endosse sa casquette de capitaine avec responsabilité et enthousiasme.

Vous êtes à la tête du Lavoir Moderne Parisien depuis 2017, comment êtes-vous arrivé là ?

Julien Favart : Je suis comédien et je continue à l’être. J’ai fait pas mal de télé mais surtout, je fais partie de la Compagnie Graine de Soleil dirigée par Khalid Tamer, compagnie qui œuvre à la Goutte d’Or depuis une vingtaine d’année et détient le fonds de commerce du Lavoir depuis 2015. Donc je suis devenu directeur assez naturellement.

Quel est votre parcours de comédien ?


JF : Il faut savoir qu’à l’origine je viens d’une lignée de gens du spectacle, donc mon envie de théâtre remonte à loin. Mon arrière-grand-père a été un temps directeur de la Comédie-Française et de l’Opéra-Comique, sa femme était cantatrice et leur fille costumière émérite. Et Favart est en fait le nom de scène de mon grand-père que mon père, Michel Favart, a gardé. Il est réalisateur, il a fait les grandes heures de la télé française. Quant à ma grand-mère maternelle, elle rêvait d’une carrière de comédienne, contrariée par la grande Histoire, a travaillé toute sa vie dans la boutique de chaussures familiales mais n’a pas lâché l’affaire, et sa retraite venue, s’est inscrite à des cours de théâtre. J’ai écrit pour elle ma première pièce, “La Plainte des pieds”. Mais moi je me voyais plus faire du cinéma à la base, et puis j’ai enchaîné les téléfilms tout en tombant dans le bain du théâtre en parallèle. Et les planches ne m’ont plus quitté.

Donc vous êtes également auteur et metteur en scène ?


JF : Metteur en scène oui et auteur, effectivement, je viens d’écrire ma deuxième pièce, “Pas de Deux” que nous créerons au Lavoir en février-mars 2020. Lisa Guez est à la mise en scène pour le coup car je joue dedans. Elle a créé “Les Femmes de Barbe Bleue” qui s’est joué la saison passée au Lavoir et que nous reprenons fin novembre. Un spectacle magnifique sur le désir féminin. Je le recommande.

De quoi parle “Pas de Deux” ?


JF : Je dirais que c’est un western post-apocalyptique. C’est un duo, je suis sur scène avec Jérémie Bédrune, un super comédien qui a fait le conservatoire et que j’ai rencontré sur un tournage. En fait je me demandais ce que j’avais envie d’écrire après les attentats de 2015 et j’y ai mis tout ce qui me choque, sans être dans l’absolu ou le côté donneur de leçon. Mais face à ce genre d’événement, on est tous un peu comme des piliers de bar à balancer des grandes pensées un peu téléphonées. Le contexte ce serait le monde aujourd’hui qui se prendrait vraiment un mur. Et le pitch, c’est un mec qui en attrape un autre et va le torturer parce qu’il l’accuse d’avoir tué ses hommes. Mais il y a pas mal d’humour, quelque chose de clownesque même, et puis ça reprend les codes du western, ma passion. Si j’avais pu, j’aurais fait Clint Eastwood [rires].

Comment définiriez-vous votre programmation ? Est-ce qu’elle est à l’image de votre pièce ?

JF : On peut dire ça oui, dans le sens où on a essayé d’axer la programmation sur des problématiques actuelles, on accueille des spectacles qui questionnent et explorent des sujets qui nous parlent aujourd’hui tout en touchant à une forme d’universalité. Mais ça brasse par exemple des enjeux comme l’émancipation féminine, la famille, les origines, les migrations… Et surtout on donne leur chance à de jeunes compagnies, des talents émergents auxquels on croit et à qui on veut donner la possibilité d’exister et de se faire un réseau. On se voit à la fois comme une plateforme et un tremplin. Et puis on accueille également des concerts et on a un cycle de lectures, un concept qui marche très bien, ça s’appelle “Les Spicilèges”, c’est un rendez-vous régulier, tous les premiers mardi de chaque mois, porté par des acteurs issus du doublage. Le corpus de textes est formidable, les thèmes toujours bien vus, c’est vraiment un chouette moment qui fidélise un public amateur de littérature.

Vous avez une politique particulière par rapport au public justement ?


JF : On essaie de défendre un théâtre, comme le prônait Antoine Vitez, “élitaire pour tous”, à savoir populaire et de qualité. On a des spectateurs réguliers, des fidèles bien sûr, mais décloisonner le public reste un enjeu réel et un défi. On manque malheureusement de moyens mais on espère pouvoir travailler main dans la main avec les associations de la Goutte d’Or, se rapprocher du Centre FGO-Barbara pour faire des partenariats sur des événements communs. Bref, on ne manque pas d’idées mais de temps et d’argent, clairement. On a tenté des politiques tarifaires destinées aux habitants du quartier mais ce n’est pas encore concluant. Car le problème vient de plus loin, ce n’est pas d’inciter les gens à venir au théâtre qui est difficile, c’est de changer les mentalités sur cet art, moins médiatisé que le cinéma. Il y a des préjugés tenaces et qui ne sont pas infondés non plus. Les sorties ennuyeuses au théâtre avec le collège par exemple, ça laisse des séquelles. Le théâtre peut très vite être vécu comme une prise d’otage dans une salle. Mais quand le spectacle est fort, il n’y a rien de plus puissant, même le cinéma n’a pas l’intensité du spectacle vivant. Et je suis persuadé qu’à l’heure actuelle le théâtre a son rôle à jouer dans la cité, qu’il peut reprendre une place centrale, faire écho à notre monde et rassembler.

Concrètement vous êtes combien à faire tourner la boutique ?

JF : Je suis accompagné par Khalid Tamer qui est le président de la Compagnie Graine de Soleil mais travaille essentiellement à l’étranger, dans la Francophonie. On a également un directeur artistique, responsable de l’identité visuelle et de la communication, Thibault Jeanmougin, une administratrice, Joanna Boutté, un secrétaire général, Andrea Nicoliti et un régisseur général, Quentin Tartaroli. A la rentrée, deux services civiques nous rejoignent, ce qui va constituer une aide supplémentaire non négligeable. Je peux vous dire qu’on ne chôme pas mais on y croit.

Propos recueillis par Marie Plantin

Le Lavoir Moderne Parisien
35 Rue Léon
75018 Paris