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Pauline Ribat orchestre un cabaret sans tabou sur… le sexe féminin !

Pauline Ribat passe au crible de son regard et de ses recherches le sexe féminin, objet et sujet de ce spectacle indispensable, porté par une intelligence féroce, un humour salutaire et empreint de gravité quand il le faut. Passé par le Festival d’Avignon où il connut un joli succès, "Depuis l’aube (ode aux clitoris)" est au Roublot pour deux représentations ce jour. On y court !
"Depuis l’aube (ode aux clitoris)", sacré titre, sacrée entrée en matière. Avec un titre pareil on était en droit de se méfier qu’on nous serve une pièce consensuelle sur un sujet en vogue, tape-à-l’œil parce que matière à souffre, un spectacle réchauffé sur une thématique refroidie. Et pourtant non, oh que non. "Depuis l’aube (Ode au clitoris)" ressemble à un tour de force, c’est un spectacle chaleureux et vibrant, un cabaret aux multiples accents, passant du mode majeur au mode mineur sans transition vraiment, abordant sous toutes ses coutures le sexe féminin, zone de plaisir consenti ou de violence subie. 

Ce qui est beau, c’est que l’on sent une vraie prise de risque de la part de l’auteur, metteur en  scène et comédienne Pauline Ribat puisqu’elle porte ce projet à plusieurs niveaux de la création et que son engagement personnel est palpable et louable. Nul narcissisme là-dessous mais un positionnement fort, une artiste qui se mouille (si l’on peut se permettre), et invite deux hommes au plateau (les excellents Florian Choquart et Lionel Lingelser) pour partager cette parole diffractée issue d’expériences et de constats personnels, de témoignages et confidences, de recherches étymologiques et historiques bien ciblées.

D’emblée, pour commencer, nous mettre en condition et à l’unisson, Pauline Ribat, qui se soucie du bien-être de son public autant que de la communion humaine se manifestant (ou pas) via la représentation théâtrale, invite les spectateurs à une courte séance de respiration collective. Et nous voilà inspirant, expirant, au diapason de la demoiselle qui se prête au jeu également. Mais ceci n’est pas un jeu en fait. Effectivement, après nous être pliés à cet exercice de conscience respiratoire, nous nous sentons indéniablement plus détendus, plus disponibles, plus à même de recevoir la parole qui va alors déferler, sous diverses formes, sur le plateau. On a baissé la garde, on a rendu les armes, la méfiance qui nous retenait un peu s’est évaporée et nous sommes prêt(e)s à tout. Et ça tombe bien car Pauline Ribat et ses acolytes scéniques osent tout justement. Sans aucun tabou.

La musique est, dans ce spectacle, un compagnon de jeu indispensable qui donne son rythme à l’ensemble, sa liberté de ton, ses notes d’humour. L’écriture de Pauline Ribat est alerte et souple, elle sait être drôle autant que grave quand il le faut. Le sexe de la femme y est au cœur de chacune des scènes qui s’enchaînent sur le mode de la revue, façon music-hall, boa en prime. Seront abordés pêle-mêle l’excitation sexuelle, les petits noms pour désigner la chose, la tyrannie esthétique de l’épilation des poils pubiens, la masturbation, l’excision, le viol collectif… Tout y passe… C’est une cartographie générale d’un territoire on ne peut plus intime qui se révèle pourtant soumis aux diktats sociaux-culturels, économiques et politiques, aux us et coutumes de l’époque, à l’objectisation toujours d’actualité malheureusement du corps de la femme. Mais ce qu’on préfère par-dessus tout, c’est la mise en perspective historique et étymologique et le jeu de miroir avec le pendant du féminin, à savoir le masculin. La présence des deux hommes sur scène est essentielle, elle transforme le spectacle en dialogue entre les sexes et non pas en affrontement binaire ou en opposition stérile. Les inversions de rôles sont tellement bien vues et tellement éclairantes quant à notre accoutumance à des pratiques codifiées, acceptées, passées dans les mœurs. Suivant les approches, on rit de bon cœur ou l’on reste sans voix et rempli d’effroi.

Ce spectacle est porté par une nécessité évidente, celle de Pauline Ribat, la nôtre et toutes les autres. Vu à Avignon, dans le cadre du Festival 2017, on peut vous assurer que la salle du Théâtre Gilgamesh était en émoi et reconnaissante.

Par Marie Plantin

Depuis l’aube (ode aux clitoris)
Le 19 décembre 2017 à 14h30 et 19h30
Au Théâtre Roublot
95 Rue Roublot
94120 Fontenay-sous-Bois
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