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On se lève tous pour Camille Chamoux
Actualites Vendredi 17 février 2017
Depuis la rentrée de septembre, Camille Chamoux sévit dans l’écrin du Petit Saint-Martin, mise en scène par Camille Cottin. Et même qu’elle est prolongée jusqu’à la fin du mois de mars, et qu’elle le mérite bien.

On la suit depuis ses débuts, depuis son premier seul en scène "Camille Attaque" (et même avant !). Car elle nous a tapé dans l’œil d’emblée. Après, il y a eu l’enthousiasmant "Née sous Giscard" en 2014. Le talent de la miss ne s’est pas démenti, au contraire, il s’est affirmé, étoffé, son écriture a pris de l’ampleur et de l’élan. Camille venait de trouver sa voie, faire du one woman show sans mettre de côté sa grande intelligence, son espièglerie, son côté "sale gosse" ou poil à gratter et le plaisir qu’elle y prend mais aussi et surtout son goût pour une certaine théâtralité.

Avec "L’Esprit de contradiction", elle creuse le même sillon, sauf que depuis, deux événements d’une sacrée amplitude sont venus modifier le paysage intérieur et extérieur de l’artiste : la maternité et les attentats du 13 novembre 2015. Et elle ne peut que les prendre en compte dans ce nouvel opus qui n’a aucun scrupule à mixer un poème de Rudyard Kipling, "Si…" et un tube de Samantha Fox, "Touch me", à aborder des sujets d’actualité plus ou moins primordiaux comme les crèches et leur personnel, les sages-femmes, la découverte (pas très glorieuse) de soi via la maternité, les moines tibétains, l’emploi du temps de François Hollande ou le XIe arrondissement parisien, la mixité sociale et la boboïsation galopante. Comme à son habitude, Camille Chamoux touche juste, elle appuie là où ça fait rire, dégomme nos travers sans faire de la morale, porte son regard affuté et son humour affiné sur le monde qui nous entoure. Au-delà de nous faire rire (et elle y parvient allégrement), elle nous partage quelques-unes de ses observations facétieuses sur nous-mêmes et notre société. Et ce poème de Kipling qui lui sert de fil conducteur l’entraîne jusqu’à un final où l’émotion l’emporte.

Camille Chamoux est une jeune femme bien de son temps, concernée par son époque mais bien consciente de ses limites qui sont les nôtres à tous, de ses frivolités, de ses contradictions en somme. Ce qui ne l’empêche pas de finir par une injonction à aller aux urnes, une invitation à prendre en main notre devoir de citoyen, une façon de nous responsabiliser. Et ce n’est pas rien. On sent que, dans chacun de ses spectacles, Camille Chamoux y met du sien, et cet engagement, le public le sent. Elle est drôle, elle est touchante, elle est douée, elle pête le feu, elle ne fait pas les choses à moitié. Chaque personnage, Camille en fait son affaire, le croque, en une démarche, une posture, une mimique et on y croit.

A la mise en scène, une autre Camille, Camille Cottin, a eu l’ingénieuse idée de limiter au possible décor et accessoires. Un tabouret et un foulard et le tour est joué. Chaque lieu est planté avec peu. Et le berceau final, qui réunit le tabouret et le foulard en une image simple et évidente, résume à lui seul l’ambition de ce spectacle. Sans parler de la servante, cette lampe en coulisse, toujours allumée même quand le théâtre est plongé dans le noir et que nos deux Camille ont choisi de placer sur le devant de la scène, s’inscrivant délibérément dans une tradition théâtrale assumée, rendant hommage à ce rôle citoyen du théâtre, de veiller sur nous, le peuple, et d’éclairer nos consciences parfois endormies.

On rit (très fort même), ce qui n’empêche jamais d’entendre ce qu’elle a à nous dire. En sortant, on se dit que Camille Chamoux est une camarade, une camarade de lutte, qui porte en elle la rage (l'indignation) autant que la joie de vivre. En fait, Camille Chamoux est une sentinelle. Tiens tiens, c’est l’autre nom donné à la servante justement. Bon, allons-y carrément alors, Camille Chamoux est lumineuse.

Par Marie Plantin

Camille Chamoux
L’Esprit de Contradiction
Du 4 septembre 2016 au 25 mars 2017
Au Théâtre du Petit Saint Martin
17 Rue René Boulanger
75010 Paris