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Musique, danse et théâtre s’invitent à la table pour une performance insolite à voir à la Pop

C’est dans le cadre du Festival Mesure pour Mesure, en partenariat avec le Nouveau Théâtre de Montreuil, que s’inscrit cette performance ovni, gestuelle et musicale, concoctée par trois jeunes comédiens prometteurs : Eléonore Auzou-Connes, Emma Liegeois et Romain Pageard.
Musique sur tables, théâtre de regards et danse de mains, voici le paysage scénique que posent ensemble Eléonore Auzou-Connes, Emma Liegeois et Romain Pageard, tous les trois issus de la formation de comédien du TNS (Théâtre National de Strasbourg). C’est en effet au cours de leur cursus que les trois apprentis interprètes se sont rencontrés, que l’envie de travailler ensemble a germé et que leur dévolu s’est porté sur cette partition singulière datant de 1987 signée du compositeur contemporain Thierry de Mey (que l’on connaît notamment pour son travail rapproché auprès de chorégraphes de renom comme Anne Teresa de Keersmaeker et Michèle Anne de Mey). 

"Musique de tables". Un morceau incongru qui leur a tapé dans l’œil et dans l’oreille.  En effet, il s’agit là d’une partition pour trois percussionnistes sur table. L’instrument, une planche de bois donc, se joue à même la main, en déclinant tous ses points de contact possibles (la paume, les doigts, le poing, les phalanges), et les variations de toucher. Cette base singulière qui existe en soi comme une œuvre musicale courte et percutante (c’est le cas de le dire) est apparu à nos trois comédiens rompus à l’exercice du plateau, au-delà d’une matière musicale, comme une matière théâtrale originale à creuser, un potentiel dramatique à libérer, un réseau de jeu à tisser, une dramaturgie à inventer. Le travail fut long, les trois comédiens n’étant pas musicien et la partition n’étant pas aisée, loin de là. Une affaire de mouvements, de rythme, de coordination, la tâche était exigeante et ardue mais Eléonore, Emma et Romain savaient qu’ils tenaient là une pépite. Et ils ne l’ont pas lâchée, s’échinant à maîtriser parfaitement l’exécution de la partition, se révélant instrumentistes de table capables de rivaliser avec des musiciens professionnels.

A la musique originale, d’une durée de 7 minutes, qui vient clore la représentation dans son épure, le trio a ajouté une partition de regards ainsi qu’une partition de lumières, afin de mettre en valeur la portée graphique et visuelle de l’œuvre de base. Et c’est une idée formidable. Le spectacle qui en découle est une expérience ramassée qui allie précision, délicatesse et cohérence. La forme qui en découle ne ressemble à rien d’autre qu’à elle-même, on pense bien sûr aux marionnettes sur table, aux Nano Danses de Michèle Anne de Mey, la rythmique évoque même certaines pièces chorégraphiques d’Anne Teresa de Keersmaeker, mais notre trio est parvenu à construire son propre objet scénique, une variation théâtrale d’après la partition de Thierry de Mey.

Le résultat est une performance à la fois visuelle et musicale, où de la chorégraphie des mains nait la ligne musicale. Les mouvements sont nets, affutés, l’interprétation au bon endroit, juste, sensible, intelligente. Les trois comédiens n’ont pas cherché à rajouter du sens ou de la narration, ils inclinent la partition du côté d’enjeux plus dramatiques, la relation à l’autre, la solitude et le groupe, la complicité et le rejet, l’inclusion et l’exclusion, l’apparition et l’effacement. En se contentant d’être à l’écoute et d’en extraire des temps suspendus, d’en décortiquer des mesures, ils ont mis à jour des situations latentes, dans l’ombre, sans forcer ou appuyer le propos. En travaillant sur une dichotomie du corps, mains d’un côté, tête de l’autre, ils se sont approprié l’œuvre avec leurs outils théâtraux (visage et regard) pour lui donner une quatrième dimension, qui apparaît comme une évidence. On se régale de cette combinaison sensitive, voir et entendre, le son étant directement connecté au geste qui le produit et le trio alterne motif choral, duos et solos en une chorégraphie manuelle pleine de rebondissements, de glissés, de portés, de claquements, de croisements et d’entrelacs fascinants.

Un geste artistique fort que l’on espère le premier d’une longue lignée tant il nous séduit. En attendant, on souhaite longue vie à cette forme brève qui marque l’entrée dans la cour des grands de ses géniteurs.

Par Marie Plantin

Musique de tables
Les 15, 16 et 17 décembre 2017
A la Pop
Péniche amarrée face au 34 Quai de Loire
75019 Paris
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