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Mes Frères, gros plan sur une fratrie cabossée mais rayonnante

"Mes Frères" sort aujourd’hui en salles, récit d’une fratrie cabossée tournée dans les embruns de l’Ile d’Yeu. Et si ce premier film n’est pas dénué de maladresses et d’un pathos un peu trop appuyé, il n’en est pas moins doté d’une luminosité et d’une énergie aussi impétueuse que celle des vagues venant frapper le rivage.

Comme son titre l’annonce, c’est une histoire de fratrie qui nous est contée là, mais n’allez pas vous méprendre, nous ne sommes pas en terrain psychologique ni sociologique ici bas, un de ces films où les dialogues priment sur l’image, mis en boîte dans un décor clos et citadin, un appartement parisien par exemple. Non, ce premier film, tourné en grande partie dans les paysages sauvages et maritimes de l’Ile d’Yeu souffle le vent du large, ose donner une place prépondérante à la musique qui l’innerve de bout en bout, et même offrir à la danse quelques envolées, comme des appels d’air qui viennent trouer le récit de parenthèses poétiques et oxygénantes. Car l’histoire est loin d’être légère, elle se noue d’ailleurs autour d’un drame, noyau secret du film qui infuse partout colère, tristesse, remords et non-dits propres à gangréner les relations familiales. Le scénario, en ce sens, force un peu la dose côté pathos mais l’intrigue est tenue et touche sa cible, en ce qu’elle nous tient et nous émeut malgré tout.

Les deux frères sont au centre du dispositif narratif, la soeur apparaissant plus tardivement dans le déroulé de l’histoire. L’un est malade sans que jamais sa maladie ne soit nommée. Il semble s’atrophier sous nos yeux, rapetisser au fur et à mesure que progresse le film et le mal qui le détruit. Petit à petit perdant l’usage de ses jambes, la mobilité de ses bras, la maîtrise de son corps tout entier qui lui échappe et le cloue sur un fauteuil, à la merci des autres. Ce mal, c’est la Maladie dite de l’Homme de Pierre. Jamais citée, elle est pourtant l’une des pierres de touche de ce film généreux doté du label “Cinéma Equitable”, en ce qu’il ne cache pas son soutien à l’Association FOP (pour “Fibrodysplasie Ossifiante Progressive”). En ne la nommant pas, le film prend le parti de ne pas entrer dans un rapport médical à cette maladie génétique rare, de ne pas en faire le sujet d’un film à thème ou à thèse et surtout, épouse le choix de son personnage, une tête de mule hyper attachante enfermée dans son corps certes mais surtout dans sa tête, dans un passé qui ne passe pas, dans un secret qu’il s’obstine à ne pas révéler, dans sa jeunesse brûlée et sa douleur à vif. Le déni est son moteur, son salut pour survivre avec panache. Ce qu’approche le film concrètement, c’est la rapidité glaçante de l’évolution de la maladie et ses ravages physiques. David Arribe incarne cet homme, père qui plus est, pris dans les affres de ce corps indomptable, aussi rebelle que lui en somme. Sa prestation est époustouflante. L’acteur s’engage à corps perdu dans ce rôle d’écorché vif qui ne veut rien lâcher. L’intensité de son jeu, son engagement total, en font le clou de la distribution. Sa palette n’a pas peur des grands écarts, il passe de l’homme blessé à la rage de vivre sans ménagement. Il glisse parfois dans son regard une lueur étrange et mystérieuse qui fait tout le sel du personnage, de vrais instants de grâce. Quant au second frère, au contraire pleinement dans la maîtrise de son corps, robuste et d’une amplitude que la mise en scène magnifie, il ne parle pas. Ce qui lui échappe à lui, c’est la voix. Pas un mot prononcé durant tout le film et pourtant on jurerait que si. Expressivité du visage, de l’attention et du mouvement, Thomas Guerry qui l’incarne semble évoluer dans la danse comme en son milieu naturel, un poisson dans l’eau. C’est à l’évidence un danseur qui trouve ici partition à la mesure de ses appétences et compétences. Ses bras, ses jambes, son torse, tout son corps s’ouvre progressivement comme une carapace qui vient libérer le miracle de son contenu, une coquille éclose à la puissance de vivre et du vent.

Bertrand Guerry signe là une histoire de famille et en famille s’il vous plaît. Son frère et son fils sont à l’écran, sa femme également, ainsi qu’à l’écriture du scénario. Et ce qui est fou c’est que cette force du clan, cette synergie, se ressentent intuitivement et font de ce premier film un geste généreux et sensible, une belle entrée en matière avec le cinéma, la réunion de talents oeuvrant avec confiance et amour dans une même direction.

Par Marie Plantin