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Les Uppercuts de Séverine Chavrier ne laissent pas KO, ils exaltent

Jusqu’à la fin de la semaine, la metteur en scène Séverine Chavrier (la toute nouvelle directrice du Centre Dramatique National d'Orléans) revient au Théâtre de la Bastille avec la suite de "Après-Coups, Projet-Un Femme", une version numéro 2 avec trois interprètes toutes neuves et sacrément puissantes.

On ne sait pas vraiment pourquoi mais quand on sort des spectacles de Séverine Chavrier, on a une envie furieuse de lever le poing, de faire la révolution, en commençant par bouger les lignes trop droites de nos vies trop serrées. Il y a en effet dans ses propositions scéniques tout feu tout flamme quelque chose qui se rebelle au plateau, qui échappe au carcan du spectacle, qui explose les codes et les cadres. Quelque chose qui colle à la vie pour mieux la dépecer, en faire de la chair à pâté à coups de corps qui claquent, de décor qui se détraque, de parole sans fard, de vidéos brutes, de présences frontales, de portes de sorties interdites. Car il n’y a pas de détours chez Séverine Chavrier et ce côté direct, brutal même, vient remuer nos zones sensibles, déterrer ce qui se cache au fond de nos consciences et de nos petits arrangements avec le réel, ouvrir nos murs et déplier ce qui s’était rabougri sans qu’on y prenne garde. Elle est essentielle Séverine Chavrier parce qu’elle monte la garde justement, elle ouvre l’œil et le nôtre du même coup, elle écoute, elle transmet, elle sollicite notre réflexion en nous attrapant par les tripes, elle nous invite à nous interroger sur le monde dans lequel on vit, le monde qu’on a construit.

Si l’on est dérouté au début, quand commence "Après-Coup, Projet-Un Femme n°2", si l’on ne sait pas où l’on met les pieds et que l’on est quelque peu perplexe par l’entrée en matière, on finit par plonger dans cette manière singulière, cette façon de ne pas choisir entre la danse, le théâtre et le cirque, pour nous confronter à brûle pourpoint à ces trois histoires, celles d’Asthar Muallem, Voleak Ung et Cathrine Lundsgaard Nielsen, respectivement palestinienne, cambodgienne et danoise. Les boites cercueil de l’ouverture du spectacle disparaissent rapidement pour laisser place à la jeunesse, à l’énergie, à l’envie, à ces trois existences qui se racontent par bribes, sans chronologie apparente, au grès des confidences et des éclats de danse où s’exprime leur traversée, leurs luttes, leur exil et leur écartèlement, leur cheminement, leurs colères et leur épanouissement.

Petit à petit, de ces paysages intimes, de ces apartés personnels, parfois anecdotiques, se dégage un panorama collectif, une "carte du violent" comme l’envisage Séverine Chavrier, qui vient nous chambouler au-delà même de ce qui est exprimé. Car à l’horizon de ces destins individuels se dessinent en filigrane trois trajectoires de femmes et leur imbrication dans le contexte politique et culturel qui est le leur. Venues du Danemark, du Cambodge ou de Palestine, l’impact de leur héritage familial, de leur pays d’origine, et le déracinement qui s’ensuit, transparaît dans toute sa violence. Comme ce drapeau qui leur colle littéralement aux pieds, image puissante parmi d’autres, car Séverine Chavrier sait créer des images fortes qui font sens ou plutôt elle sait créer le terrain qui va permettre aux images d’advenir sans faire image justement. On retrouve l’usage des casques et des bottes militaires, déjà présent dans "Nous sommes repus mais pas repentis". Et cette façon de faire matière avec les accessoires (pneus, bouquets de fleurs, couvertures de survie, masques…) pour nous faire réaliser au bout du compte que la véritable matière de ce spectacle, c’est le corps de ces trois femmes, incarné, vivant, belliqueux autant qu’amoureux, porteur d’histoires qui lui appartiennent ou pas. Car appartient-on à un pays ? Et si oui auquel ? A celui qui nous a vus naître ? Ou à celui qui nous voit re-naître ? Appartient-on à une tradition ou à l’avenir que l’on se construit ? Autant de questions brassées en sous-texte par les interventions de ces trois interprètes au caractère bien trempé, aux présences physiques intenses qui en s’appropriant leur corps (via la pratique de la danse et du cirque) se sont appropriées leurs vies. Et la traversée qu’elles se donnent à vivre durant le spectacle, le spectateur la partage, au point de n’être plus étranger anonyme à leur récit mais bien témoin, partie prenante de leur histoire autant que de ce monde qui façonne nos identités plus qu’on ne le pense.

On sort exalté, la tête haute et plein d'espoir, de ce spectacle coup de poing qui répond coup par coup à la tyrannie et à la violence sous toutes ses formes (politique, économique, culturelle, traditionnelle, familiale, masculine...). Et l'on se dit que décidément, le théâtre peut être bien salvateur.

Par Marie Plantin

Après-Coups
Projet-Un Femme n°2
Du 30 janvier au 5 février 2017
Au Théâtre de la Bastille
76 rue de la Roquette
75011 Paris


En tournée

Dans le cadre du Festival Spring en Normandie

Les 15 et 16 mars 2017

Au Théâtre des Deux Rives

CDN de Normandie


Dans le cadre du Festival Avril en Vrille !

Du 31 mars au 2 avril 2017

Aux Subsistances à Lyon


Du 12 au 15 décembre 2017

Au Centre Dramatique National d'Orléans

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