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Les Sculptures textiles de Sheila Hicks viennent habiller la Galerie 3 de Beaubourg

Exposée dans le cadre du Festival d’Automne la saison dernière, l’artiste Sheila Hicks investit la Galerie 3 au premier étage de Beaubourg, de ses sculptures textiles éminemment tactiles.

Voilà une exposition qui tente la main autant qu’elle captive le regard. Les oeuvres de Sheila Hicks habitent l’espace tout ouvert de la Galerie 3 dans un rapport d’intime proximité avec le visiteur autant qu’avec la ville, s’offrant de plain pied de l’autre côté des baies vitrées. Lianes longilignes qui viennent dégouliner sur le sol, immense tapis vertical, petits amas de laine emmaillotée ou gigantesque monticule, grands panneaux tissés ou miniatures encadrées, les pièces confectionnées par Sheila Hicks se déploient dans un espace bi ou tridimensionnel, dans une ampleur architecturale venant contraster avec l’aspect compact et ramassé de certaines oeuvres, dans une explosion de chromatismes saisissants.

Sheila Hicks a aujourd’hui 84 ans et son travail oscille entre art, design et décoration, sans jamais se figer dans un genre spécifique. Mouvante, à l’image de la souplesse de son matériau, son œuvre s’inspire de la tapisserie, notamment des textiles anciens pré-colombiens auxquels l’artiste voue une grande admiration, mais également de ses voyages en Amérique latine, en Inde, au Maroc, qui ont vraisemblablement nourri sa façon d’agencer entre elles les couleurs, les teintes, chaudes ou froides, en contrastes ou en dégradés. La rétrospective organisée par Beaubourg sous le commissariat de Michel Gauthier présente un panorama de la production de Sheila Hicks allant de 1957 à 2018, soit plus de soixante ans de carrière.

Intitulée "Lignes de vie", l’exposition met en lumière le souci de Sheila Hicks d’envisager l’art et la vie dans un même mouvement, en contact l’un et l’autre, dans un rapport fluide et mobile. Chez elle, le support et la matière ne font qu’un, la couleur aussi. Alors quand une coulée de cordes tombe, vertigineusement verticale, du plafond jusqu’au sol où elle se répand, c’est un véritable déploiement de la couleur dans l’espace qui s’opère, un jaillissement inversé, une cascade chromatique qui vient s’imposer au regard dans son architecture simplissime évoquant l’élément liquide. En utilisant une matière première aussi brute, quotidienne, utilitaire, que le textile (aussi varié que la laine, la soie, le coton, le lin...), Sheila Hicks s’aligne sur la vie, elle s’inscrit du côté du vivant, elle tisse sa toile sans s’extraire du monde, de plain pied avec.


Allergique aux formes fixes, chaque accrochage est l’occasion de disposer ses pièces différemment, renouvelant ainsi la forme de ses empilements par exemple, la hauteur de suspension de ses lianes et leur point de chute. On pense à certaines oeuvres d’Annette Messager à la vue de ce filet accroché au dessus de nos têtes où pèsent ces petites pelotes colorées dont elle seule a le secret. Car l’oeuvre de Sheila Hicks joue en permanence sur les antagonismes, les contradictions, les tensions, entre suspension et gravité, rondeur et ligne, volume et surface, vertical et horizontal, haut et bas, lisse et noueux. Coiffées comme des cheveux soignés ou emmêlées comme une chevelure indomptée, ses lianes sont récurrentes dans son travail et la partie la plus frappante. Ces colonnes souples et denses en même temps, accrochent le regard dans leurs faisceaux, leurs mailles, comme une forêt d’arbres serrés, un rideau de couleurs dialoguant entre elles, le tronc d’un arbre plongeant ses racines dans le sol. L’imaginaire s’éveille et s’active, un état de rêverie s’abreuve à la source de ces oeuvres tactiles, chargées de douceur et des couleurs du monde. Les tons sont tantôt chaleureux, teintes gorgées de soleil, ocres, orange et jaune, - comme cette "Sentinelle de Safran" et ses relents visuels d’épices en vrac -, soufflent parfois le chaud et le froid en même temps ou viennent stimuler la rétine à forte dose de couleurs franches et vives.


Contrastant avec la monumentalité de certaines oeuvres, la série des "Minimes", ces miniatures encadrées dont plus d’une centaine sont accrochées, rivalisent de délicatesse, de finesse, d’enchevêtrements poétiques et fantaisistes, nous évoquent l’enfance, ses associations mentales incongrues, ses jeux mystérieux. Les fils sont tressés avec une diversité de matériaux bruts, empruntés pour la plupart à la nature (coquillage, brindilles, tiges, plumes, papier journal aussi…), chaque petite composition est une mignardise et l’ensemble semble composer un journal intime d’un genre particulier, entre le carnet de bord et le carnet de route.

Pour garder intact cette sensation de rêverie et préserver la possibilité d’une immersion personnelle du visiteur, la scénographie de l’exposition n’impose pas de parcours à suivre. Chacun emprunte le chemin qui l’appelle et avance au grès de ses élans pour vivre une expérience sensorielle et sensible où la couleur se fait matière et le contraire, où prédomine une pénétrante sensation de douceur.

Par Marie Plantin

Sheila Hicks
Lignes de vie
Du 7 février au 30 avril 2018
Au Centre Georges Pompidou
Place Georges Pompidou
75004 Paris
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