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Les sculptures animées de Gilbert Peyre sont à la Halle Saint Pierre

En ce moment et jusqu’au 26 février 2017, la Halle Saint-Pierre est peuplée de créatures mécaniques hybrides, toutes plus originales les unes que les autres, qui composent une vaste machinerie poétique, drolatique et nostalgique. A l’origine de ces inventions d’un autre temps, un artiste discret et authentique, bricoleur de haut niveau : Gilbert Peyre.
Ce n’est pas la première fois que Gilbert Peyre investit la Halle Saint Pierre de ses créations fascinantes. On avait découvert une œuvre puissante ("J’ai froid") lors du deuxième volet de l’exposition "Hey ! Modern Art", puis deux pièces pleines de grâce, d’humour et de noirceur ("Le Coq" et "La Petite Fille") lors du troisième volet, noyées, malgré leur forte personnalité, au milieu d’une myriade d’artistes tous plus extravagants et habités les uns que les autres. On est donc ravi que la Halle Saint Pierre lui consacre une exposition individuelle, étant donné la richesse et la profusion de l’œuvre de ce savant fou génial, virtuose de ses mains, artiste jusqu’à la moelle.

Quand on pénètre la pénombre de la première salle d’exposition, au rez-de-chaussée de la Halle Saint-Pierre, on se frotte les yeux, on se pince la peau, rêve-t-on ou ces étranges installations convoquant à la fois l’enfance et l’effroi sont-elles bien réelles ? Elles le sont, et non seulement elles le sont mais en plus elles s’animent, bougent, dansent, chantent, virevoltent, quand on les active via leur interrupteur attenant. A partir de matériaux de récupération, d’objets cassés, démembrés, jetés, Gilbert Peyre recycle, réanime, insuffle une vie nouvelle aux carcasses d’objets ou mobiliers du passé. En démiurge éclairé, voire allumé, il crée des êtres composites, invente des personnages, des scènes, aux résidus de folklore, d’enfance, renvoyant à notre terreau d’imaginaire commun autant qu’à des contrées insoupçonnées. En plastique, en porcelaine, en tissu, en ferraille, en tôle, composées, telles des Frankenstein d’un genre particulier, d’un assemblage de matières brutes, d’objets et meubles (miroirs, guéridon, lit, tables, chaises, abat-jour, ampoules, sachets de thé, assiettes, jouets, cages, boîtes de conserve, armoires, valises, tuyaux, poubelles…) les machines magiques de Gilbert Peyre, marionnettes de bric et de broc, constructions à mi-chemin entre l’inerte et le vivant, entre la chose, l’animal et l’homme, viennent nous surprendre là où l’on ne s’y attendait pas. Elles jouent sur le connu, l’inconnu, le familier, l’étrange, le drôle, le bizarre, le mystère, l’enfance, la vie et la mort. Elles racontent chacune une histoire, voire même plusieurs car leur pouvoir expressif infuse fortement. 

Une peau de tableau suspendue fait penser à une charogne sanguinolente accrochée à un croc de boucher, un miroir devient la tête d’un cavalier ici, des sachets de thé se font abat-jour tandis qu’un abat-jour sert de robe à une danseuse tournoyante… Les objets sont détournés non sans humour de leur utilité première. Un couple pantalon, nuisette, entame une danse hautement sensuelle, un autre couple de vêtements homme/femme se lance dans un duo endiablé sur "Johnny B. Goode". C’est un paysage de petits théâtres mécaniques, un concert de cliquetis, breloques, percussions et chansons d’époque, un ballet de sculptures abracadabrantes, qui culmine avec l’installation issue du spectacle "Cupidon", conçu par Gilbert Peyre au Cirque Electrique, véritable tableau vivant onirique et fantasmatique. 

Tantôt innocentes et inoffensives, tantôt inquiétantes et dérangeantes, gracieuses, délicates ou monstrueuses, les installations animées imaginées par Gilbert Peyre semblent tout droit sorties d’un cerveau directement connecté à nos cauchemars d’enfants, à nos songes enfouis, à nos rêves sans âge, à notre inconscient écartelé, à nos zones d’ombre bien cachées. Elles témoignent toutes de la propension de l’artiste à toucher aux cordes les plus sensibles de l’imaginaire collectif.

Par Marie Plantin

Exposition Gilbert Peyre, L’Electromécanomaniaque
Du 16 septembre 2016 au 26 février 2017
A la Halle Saint-Pierre
2 Rue Ronsard
75018 Paris
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