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Les Portraits de Corot s'exposent au Musée Marmottan

Plus de vingt ans après la rétrospective consacrée au peintre par le Grand Palais, le Musée Marmottan met l’accent sur l’un des aspects de sa production, plus intime et méconnue, ses peintures de figures, évincées par les paysages qui ont fait sa renommée.
Le nom de Corot, Jean-Baptiste Camille Corot de son patronyme complet, est directement associé à ses toiles de paysages annonçant la recherche des Impressionnistes sur le point d’éclore. Chemins de terre bordés d’arbres, sous-bois obscurs troués d’éclaircies, branchages vaporeux rivalisant avec des ciels nuageux… la nature est au centre de sa peinture et sa capacité à embrasser dans sa palette la subtilité des variations de lumière a fait de lui un maître en la matière. Mais la production picturale de Corot ne s’en tenait pas là. On le découvre avec stupéfaction au cours de cette exposition qui s’attache à rendre compte d’un versant caché du travail de l’artiste, ses portraits. A peine diffusés de son vivant, auprès de quelques amis, marchands ou collectionneurs, ces toiles plus intimes méritent pourtant qu’on s’y plonge. Tant par leur maîtrise technique, leurs vertus classiques, la sensibilité de leurs chromatismes, et  l’aura des modèles qui les habitent. 

Le Musée Marmottan réunit une soixantaine de tableaux, en provenance de prestigieuses collections publiques et privées, d’Europe et des Etats-Unis, pour nourrir un parcours dense et cohérent, où les motifs se recoupent, se répondent, reviennent sans cesse, en une exploration concomitante des techniques picturales autant que du sujet, toujours le même et toujours renouvelé, l’être humain. Portraits d’enfants ou de famille, en petits formats, ouvrent l’exposition, des petites effigies destinées avant tout à servir de cadeaux pour ses proches et à perfectionner sa représentation de la figure humaine. Le fond est uniforme pour la plupart, le contexte domestique ou neutre, le visage, la carnation de la peau, la pose, sont au coeur du cadre, l’accessoire éventuel et le vêtement apportent leur connotation sociale et un ancrage dans l’époque. En revanche, certaines toiles inscrivent le modèle dans la nature, travaillées par la recherche d’un équilibre et d’une harmonie entre la figure, bien souvent féminine, et le paysage en arrière-plan. Une recherche que poursuivra Corot, notamment dans ses Bacchantes alanguies dans l’herbe ou ses figures de liseuses.

Inspiré par ses voyages en Italie, par les paysages toscans, les personnalités pittoresques qu’il y croise, et la peinture de la Renaissance, riche de portraits, Corot renouvelle ses motifs. Jeune italien, moine, vieillard, paysanne, femme à la fontaine, captent son attention et son pinceau. L’exposition met en lumière ce retour du motif, cette récurrence thématique qui en est le fil rouge. On est amusé de voir la scénographie faire se côtoyer dans le même espace nus féminins, moines et hommes en armure. Réalisé peu de temps avant la mort du peintre, "Le Moine au violoncelle", toile superbe qui organise une splendide déclinaison de tons ocres et marrons, d’ombre et de lumière, synthétise la présence d’un modèle familier et ce goût visible de Corot pour la musique, dans la présence de l’instrument, point de convergence du regard. De même que le motif de la lecture revient, chez les moines et les femmes, l’instrument se déplace, de la main du petit enfant dans la première partie de l’exposition à ces toiles consacrées à l’atelier du peintre où le modèle tient nonchalamment et sans faire mine d’en jouer une mandoline. La représentation de l’instrument devient alors l’évocation de la musique dans son essence. L’objet appelle le sujet. Par la place concrète qu’il donne à la mandoline dans "L’Atelier de l’artiste", Corot affirme l’importance de la musique dans sa vie et même son oeuvre.

Car un tableau est toujours une partie de cache-cache qui révèle toujours plus que ce qu’il semble offrir de prime abord au regard. En s’attachant à ce tourbillon de modèles qui parsèment l’oeuvre de Corot, l’exposition du Musée Marmottan ouvre une boîte de pandore, celle de la relation entre l’artiste et son modèle, ce territoire mystérieux et trouble que le tableau presque malgré lui ausculte, ce lien invisible entre la vision de l’artiste et la présence humaine qui lui fait face. Une grande douceur émane de ses peintures féminines, le grain de la peau, la blancheur d’un décolleté, la main qui soutient la tête, la courbe du poignet, une main qui repose… L’artiste est sensible à la présence dans l’espace, il peint souvent sur le souvenir, autorise ses modèles à bouger pour ne pas faire de la pose un carcan sans respiration.

De toile en toile, on est saisi par le regard souvent mélancolique et perdu de ces femmes, une forme d’absence à elles-mêmes et à la situation, parfois défiantes, leur ennui ou une certaine lassitude s’invite dans le cadre, comme si, tout en se prêtant à la pose, elles se refusaient à donner l’essentiel. Car on a beau voir Emma Dobigny sur plusieurs toiles, jeune modèle très appréciée qui posait également pour Degas et Puvis de Chavannes, la jeune fille reste énigmatique et insaisissable. La rondeur et la délicatesse de ses traits habitent chaque peinture et pourtant elle échappe. Très émouvante en jeune grecque, le corps de profil, Corot laisse tomber le pittoresque et l'exotisme du costume traditionnel qui fut un temps sa marotte, et la sublime dans la dernière toile exposée, "La Dame en bleu", où le peintre se concentre sur le rendu de la robe, d’époque cette fois, l’intensité de la couleur, la densité de l’étoffe, le volume du tissu. Le bleu est somptueux et résume à lui seul le talent de coloriste de Corot mais on est happé par le visage d’Emma, songeur, et son regard  loin, très loin à l’intérieur, qui disparaît dans l’ombre de la paupière.

A quoi pense le modèle quand il pose ? Et le peintre quand il la regarde...

Par Marie Plantin

Corot
Le Peintre et ses modèles
Du 8 février au 8 juillet 2018
Au Musée Marmottan Monet
2 Rue Louis Boilly
75016 Paris
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