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Les Petites Reines à la conquête d’elles-mêmes

Alors que le Festival d’Avignon, royaume du théâtre en juillet, bât son plein, Paris garde sous son aile quelques pépites, en l’occurrence celle-ci, tout public, intitulée “Les Petites Reines”. Un spectacle bon enfant en forme de pied de nez au cynisme ambiant, à la mauvaise humeur de bon ton, un conte de fées revigorant porté par une équipe qui s’en donne à cœur joie.
Mais quel délice que ce spectacle plein de bons sentiments mais pas mièvre pour autant, fondant et sucré comme un bonbon sous la langue, parfait pour les enfants dès 8 ans, drôle à souhait et émouvant par dessus le marché. “Les Petites Reines” est un conte de fées contemporain. Mais ici ni marraines ni lutins ni ogres au lointain. On est à Bourg-en-Bresse, dans le creux de la vague, au fin fond de cette France invisible dont personne ne parle, et nos trois héroïnes, adolescentes boulottes, n’ont pas les atouts de la popularité qui gonfle l’égo mais gonflées, elles le sont. Gagnantes du concours annuel des boudins, leurs formes généreuses leur ont valu ce titre qui affiche et humilie, doublé des sarcasmes de leurs congénères. La cruauté des jeunes est sans limite, à l’image de la violence sociale qui régit le monde adulte. Le corps est le terrain des insultes et des jugements, du mal être qui s’inscrit en profondeur et gangrène la tête. Ce spectacle est un remède acidulé à la dépréciation de soi, un coup de pied dans les diktats, un pied de nez aux mauvaises langues, aux discriminations de tous genres, au bashing facile sur les réseaux sociaux, une incitation à la joie d’être soi, à empoigner son destin en se moquant bien des qu’en dira-t-on du voisin. Voilà donc nos trois boudins enfourchant leurs vélos aussi colorés que leurs idées, pédalant vers la capitale, bien intentionnées à semer le désordre à la garden party de l’Elysée le 14 juillet. Mais c’est sans compter sur les médias qui s'en mêlent, la célébrité qui leur tombe sur le coin du guidon, les retournements de situations.

Justine Heynemann et Rachel Arditi ont adapté à bon escient et avec allant le roman de Clémentine Beauvais qui trouve sur scène son plein épanouissement par la grâce de sa distribution, pleine de talent, au capital sympathie maximal. Trois comédiennes endossent les rôles hyper attachants du trio féminin quand un seul comédien jongle avec grâce entre tous les personnages masculins et une comédienne supplémentaire interprète, avec un sens du caméléonisme de haute volée, tous ceux qui gravitent autour. Signée Justine Heynemann, la mise en scène est idéale, fluide, rythmée, ingénieuse, équilibrée. Une énergie à toute épreuve, des répliques qui font mouche, du rire à la louche et on l’avoue, le cœur qui se serre au détour de scènes plus émotionnelles. Grâce à une esthétique très dessinée, très BD, des figures très caractérisées, des costumes pop, une scénographie minimaliste mais chaleureuse, on ne tombe jamais dans le sentimentalisme sirupeux mais on nage à pleine brasse dans des valeurs qui font du bien. Car rien de tel que l’amitié pour se remettre à croire en soi, rien de tel que le collectif pour y puiser force et élan, rien de tel qu’un défi fou pour se dépasser et se redorer un égo en berne. Et rien de tel que l’action plutôt que n’importe quel beau discours. "Les Petites Reines" nous ouvrent une jolie voie, celle de l’initiative et de la reconquête de soi.

Ah oui, et on a oublié de le préciser, ces boudins-là sont belles à croquer !


Par Marie Plantin

Les Petites Reines
Du 23 mai au 11 août 2018
Au Théâtre Tristan Bernard
64 Rue du Rocher
75008 Paris
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