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Les Inaccoutumés, contre vents et marées, ou le goût du non formaté

Presque un mois durant, la Ménagerie de Verre fait la part belle à la création contemporaine en se faisant le carrefour d’expressions artistiques libres et audacieuses, via son Festival de l’automne, Les Inaccoutumés.
Chaque année, peu après la rentrée, qu’il pleuve ou qu’il vente, que le climat culturel soit frileux ou bien portant, Le Festival Les Inaccoutumés fleurit à l’automne. Ami des artistes de la marge, des inclassables et des bords cadres, il rythme la vie artistique de la Ménagerie de Verre où il s’épanouit depuis plus de trente ans sans avoir perdu une seule dent.

"La ménagerie de verre appartient aux artistes pour qui le corps est à la fois l’objet et le sujet de l’expérience, des artistes pour qui le corps est lieu de parole et lieu d’écoute, en lien direct et intense avec son contexte, son environnement " Qui parle mieux de la Ménagerie de Verre que Marie-Thérèse Allier, son discret et charismatique capitaine, celle qui avance masquée mais sûre de ses choix, cachée derrière ses éternelles lunettes noires, comme pour mieux laisser la place à ceux qu’elle met dans la lumière ? Marie-Thérèse, l’alliée des artistes, on ne parle pas assez souvent d’elle et pourtant, sans elle, la Ménagerie de Verre ne serait pas ce qu’elle est, ce qu’elle est devenue et ce qu’elle continue d’être, ce vivier unique d’artistes pour qui le corps est central dans la démarche scénique. Pas des artistes "bankables", fédérateurs et consensuels, non, mais de ceux qu’on voit peu ou pas assez, qui émergent à peine ou qu’on aime à retrouver, qui déplacent les lignes, qui remuent les cadres, qui nous choquent, nous agacent, nous énervent, nous émerveillent, nous interpellent, nous touchent, nous fascinent, bref, nous font réagir, par le corps en premier, s’il vous plaît.

La Ménagerie de Verre n’a rien perdu de sa superbe au fil du temps, au contraire elle s’épaissit, conforte son assise dans le paysage du spectacle vivant, son rôle essentiel pour les artistes de la scène porteurs de projets atypiques. Enclave de résistance artistique dans le 11e arrondissement, elle combine goût pour le décloisonnement des disciplines (théâtre, danse, performance…), la marge et l’avant-garde. Discrète dans son impasse au calme loin des bars qui font la vie nocturne du quartier, cette ménagerie sans animaux (quoique, ça dépend), place son exotisme dans une programmation radicale et audacieuse, culminant lors de deux Festivals annuels : "Les Inaccoutumés" et "Etrange Cargo", qui reflètent la personnalité de sa directrice artistique, Marie-Thérèse Allier, figure phare en matière de découverte de nouvelles personnalités de la scène chorégraphique. Elle est l’âme de ce bâtiment en béton, tient la barre depuis le début, fonctionne aux coups de cœur et aux fidélités et a fait de cet espace unique un laboratoire d’expression bouillonnant, presque un label, un gage d’anticonformisme et de recherche en matière de nouvelles théâtralités du corps.

Cet automne, place donc aux Inaccoutumés, le premier festival de la saison, qui invite une poignée d’artistes (issus de la danse, du théâtre, des arts plastiques ou d’ailleurs) à investir le plateau atypique, plus profond que large, sans coulisses ni cintres, de cet ancien parking. Y sont programmés des habitués comme Théo Mercier et Steven Michel, respectivement plasticien et chorégraphe, qui viendront proposer la transposition d’un système commercial en objet chorégraphique questionnant le corps standardisé, des artistes associées comme Clara Le Picard - qui s’entoure à la musique et au plateau (entre autres interprètes) des musiciens  Frank Williams et Jeanne La Fonta, et Antonija Livingstone, des nouveaux venus comme Vincent Dupont et puis Marion Siefert avec sa deuxième création “Le Grand Sommeil” (actuellement à la Commune d’Aubervilliers dans le cadre du Festival d’Automne). Au programme également, un trio composite qui réunit au plateau la danseuse Anna Chirescu, le plasticien Grégoire Schaller et l’auteur, metteur en scène et comédien multi-talents Florian Pautasso. Quant à Jérôme Bel qui est en ce lieu comme un poisson dans l’eau, il nous gratifiera d’une conférence sur rien, on n’en attendait pas moins, ou plutôt pas plus de l’apôtre de la non-danse, qui, notre petit doigt nous le prédit, ne risque pas de nous ennuyer. Il s’agit de la lecture par Jérôme Bel lui-même du texte de John Cage, “Lecture on nothing”, entreprise fascinante entre la philosophie, la musicologie, la poésie, l’autobiographie, le récit, la méditation, l’utopie... Bref, une somme archi pleine de la richesse intérieure du bonhomme. 

Une mine les Inaccoutumés on vous dit !

Par Marie Plantin

Les Inaccoutumés
Du 13 novembre au 8 décembre 2018
A la Ménagerie de Verre
12 Rue Lechevin
75011 Paris