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Les Frasques d’Ubu font se gondoler les Bouffes du Nord

Olivier Martin-Salvan et ses talentueux acolytes transforment la scène des Bouffes du Nord en ring déjanté où Père et Mère Ubu et leurs rivaux s’affrontent à coup de compétition sportive.
Comédien et chanteur lyrique, Olivier Martin-Salvan roule sa bosse depuis un bail déjà, sous la direction de metteurs en scène aux univers aussi différents que Benjamin Lazar, Pierre Guillois, Claude Buchvald… Familier de l’écriture de Valère Novarina sous la direction duquel il a joué à plusieurs reprises, il semble capable de tout, jouer et chanter tous les rôles d’un opéra dans un seul en scène mémorable ("Ô Carmen, opéra clownesque"), s’essayer à la danse dans un duo gourmand avec Kaori Ito ("Religieuse à la fraise"), se glisser dans les scénographies mouvantes du chorégraphe Aurélien Bory ("Espaece"). Bref, Olivier Martin-Salvan est tout terrain. Il accumule les rôles, talentueux qu’il est, imposant une présence forte, un physique impressionnant, une virtuosité vocale à faire pâlir plus d’un chanteur d’opérette.

Avec "Ubu", crée dans le cadre du Festival d’Avignon 2015, il s’empare de deux pièces d’Alfred Jarry, le méconnu "Ubu sur la butte" et le fameux "Ubu Roi", pour une réécriture au plus près du mordant corrosif et de la cruauté comique de l’auteur, considéré comme le précurseur du théâtre de l’absurde. Fort de ce matériau de base condensé en une pièce extrêmement courte, comme un à-plat sans gras, un théâtre de marionnettes bête et méchant, qui va droit au but sans s’embarrasser de détours, il imagine une forme ludique inspirée par l’univers du sport, une forme légère, peu contraignante, permettant de jouer un peu partout, en intérieur comme en extérieur, dans n’importe quelles conditions.

Des tapis de gymnastique, des modules amovibles en mousse, des accessoires (gants de boxe, casques de catch, peignoirs, short, rubans et cerceau de GRS…) constituent non seulement le décor mais l’humeur du show. Ici, on se bat, mais c’est pour de faux. On crie victoire ou défaite comme dans un jeu d’enfants, très sales gosses sur les bords. On bombe le torse mais on n’a pas un physique de compétition, on tombe, on s’explose au sol mais on ne se fait pas mal. On se tue mais on n’est pas mort.

Ce sont les plasticiens Clédat & Petitpierre qui ont été invités à inventer l’espace scénographique et les costumes du spectacle et l’effet est immédiat. Couleurs franches, tranchées, coupes radicales, les costumes sont dans le ton de l’ensemble. Les tenues moulantes mettent en avant le corps des acteurs puisque l’heure est à la loi du plus fort, l’intelligence n’ayant pas sa place ici. Elles sont imprimées des drapeaux des pays en présence et accentuent le penchant guignolesque de l’ensemble. Et quand nos cinq compères  en académiques se lancent dans une chorégraphie d’aérobic pour illustrer le défilé militaire des troupes, l’hilarité de la salle est au rendez-vous.

Cet "Ubu" ressemble à un jeu d’échec mais sans tactique, un jeu de quille plutôt, un jeu de massacre où l’on matraque à tout va, où l’on dégomme sans vergogne, pour se gargariser d’un pouvoir imaginaire, creux comme une coquille d’œuf vide. Shakespeare n’est pas loin, "Macbeth" et "Hamlet" résonnent au lointain, la culpabilité et la mauvaise conscience en moins. Jarry a dépouillé ses personnages de toute humanité pour n’en garder que les plus viles mobiles et cette avidité vide pour le pouvoir et l’argent dans une parodie potache qui fustige sans prendre de gants la cupidité bornée des élites.

Le dispositif quadri-frontal place les spectateurs au plus près du ring, au plus près de la folie ubuesque et les comédiens s’en donnent à cœur joie, jouant à fond la carte de la bouffonnerie. Tous, ils sont désopilants et tellement doués. Thomas Blanchard, Robin Causse, Gilles Ostrowsky, Mathilde Hennegrave et Olivier Martin-Salvan himself, ils ne reculent devant rien, surtout pas le ridicule et font éclater le rire par tous ses pores, y compris en allant se vautrer allégrement en dessous de la ceinture. Catharsis assurée, rarement on a vu le public des Bouffes du Nord s’esclaffer avec une telle joie enfantine.

Père Ubu arbore son historique bedaine et l’on se bidonne sans retenue, on se gondole à la vue de ces grossiers hurluberlus aussi féroces que drôles.

Par Marie Plantin

UBU

Du 5 au 23 avril 2017
Au Théâtre des Bouffes du Nord
37 (bis) Boulevard de la Chapelle
75010 Paris

Du 25 avril au 6 mai 2017
A la Maison des Arts de Créteil
1 Place Salvador Allende
94000 Créteil
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