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Les Chatouilles, ration double, de nouveau sur scène et sur les écrans actuellement

Tandis que le film d’Andréa Bescond et Eric Métayer décharge sa bombe sur les écrans de Paname et de province, “Les Chatouilles”, le seule en scène dont il est l’adaptation cinématographique, s’annonce au Théâtre Antoine pour une reprise tous les dimanches et lundis à partir du 3 février. Avis à la population !
Il fallait bien une double dose pour enfoncer le clou sur un sujet de société aussi urgent à empoigner que celui-ci, les sévices sexuels sur mineurs. Andréa Bescond, après avoir fait de son histoire personnelle un seul en scène où la danse prenait le relais de la parole et vice versa, passe à la visibilité supérieure, et à la durabilité par la même occasion, le propre des films étant de s’inscrire dans le temps, tandis que le spectacle vivant est éphémère par définition. Et elle a bien fait. Car il fallait que ça reste, il fallait le crier dans le marbre, le graver dans la pellicule, l’incruster dans les consciences, ce témoignage poignant, courageux, salvateur. Pour que l’on cesse de se voiler la face sur ces chiffres désastreux qui viennent clore le film et nous laissent pantois de rage et d’effarement. 

Il y avait eu “Polisse”, le film coup de poing de Maïwenn sur la brigade des mineurs qui abordait, parmi tant d’autres problématiques, celle, épineuse, des violences sexuelles sur enfants, il y a eu récemment la parution chez Grasset du livre d’Adélaïde Bon, “La Petite Fille sur la banquise”, d’une sidérante acuité, entremêlant la souffrance la plus insupportable à une phénoménale puissance de vie et de résilience. Là encore, “Les Chatouilles” (produit par les Films du Kiosque), plus qu’un film sur la rédemption, raconte le chemin de croix pour l’atteindre, le calvaire et l’envie d’en découdre avec la douleur incrustée dans l’âme et le corps. Car violer un enfant c’est violer une vie. Et l’intervention de la sœur du pédophile au procès (interprétée par la brûlante Bénédicte Cerutti) témoigne des indescriptibles dégâts, de leur prolongation à long terme.

Il y a eu le phénomène #metoo qui appelait à la libération de la parole des femmes victimes de harcèlement et préjudices sexuels. Ce film pourrait en être une émanation, une autre facette, sauf que là, le nœud de l’affaire, est justement d’ouvrir les yeux sur ceux qui n’ont pas la possibilité de dire, ceux qui n’ont pas les mots pour exprimer, ceux qui se taisent faute d’être écoutés, les enfants. Et la justesse psychologique de ces “Chatouilles” est un étendard magnifique pour nous mettre la puce à l’oreille, pour une prise de conscience nécessaire et urgente. Car il ne s’agit pas, malheureusement, de quelques cas isolés, il ne s’agit pas du reflet de quelques faits divers rarissimes. Il s’agit d’une réalité inadmissible.

Le film n’est pas une captation du spectacle, il use des potentiels infinis du cinéma pour nous emmener dans cette histoire bouleversante, dopée par une rage de vivre impressionnante, dans ce chemin de vie qui trouve sa résilience par la psychanalyse et la danse, sans jamais plomber le propos, osant les envolées lyriques, les rêves inventés, les fantasmes à oxygène, et tout bousculer, la chronologie, les souvenirs, parce qu’exister c’est ça, en somme, le contraire d’une ligne droite et claire mais un maelstrom intérieur, un mélange de présent, avec des saillies de passé dedans, qui surgissent sans qu’on s’y attende. Andréa Bescond s’y donne à corps perdu, elle joue son histoire, elle joue sa vie. Elle tend la main à toutes les autres. Elle prouve que s’en sortir est possible. Et que la justice a un rôle prioritaire à jouer pour la reconnaissance des victimes et la protection des futures. Tout autant que l’amour, sincère et sain, pour se reconstruire, après et pour toujours.

Andréa Bescond sera sur la scène du Théâtre Antoine à partir du 3 février tous les dimanches et lundis soirs pour rejouer ce spectacle mis en scène par Eric Métayer qui lui a valu le Molière du Seul en Scène en 2016 entre autres nombreuses récompenses. On lui souhaite des salles pleines à craquer pour que la prise de conscience sur le sujet se généralise comme une traînée de poudre et fasse exploser les tabous, les non-dits, les dénis qui nous pourrissent la vie. Et à Andréa Bescond on dit merci. Et chapeau bas.

Par Marie Plantin

Les Chatouilles
Du 3 au 25 février 2018
Au Théâtre Antoine
14 Boulevard de Strasbourg
75010 Paris
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