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Les Architectures textiles de Simone Pheulpin

Une merveille que cette exposition de sculptures textiles visible dans l’écrin de la Chapelle Expiatoire. Simone Pheulpin y expose l’œuvre de sa vie, des réalisations uniques, d’une infinie poésie, d’une évidence renversante malgré la complexité interne de chaque pièce.
Elle utilise du coton des Vosges, d’où elle est originaire. Et le résultat est saisissant. Matière pauvre, laissée en son état brut, dans sa couleur de base, écrue, sans teinture, sans fioriture, pour mieux laisser l’imaginaire flotter et déferler les sensations. Faire naître de ses mains des architectures textiles épurées, d’une densité puissante, dont les formes font écho tantôt aux coraux des fonds marins ou aux coquillages, tantôt aux coupes transversales des troncs d’arbres, aux nids d’oiseaux, aux roches fossilisées, dans un mélange mystérieux de figuration et d’abstraction qui emprunte au monde végétal ou à la géologie. 

Pour se faire, pour que tienne chaque pan de tissu autant que la structure d’ensemble, elle se sert de milliers d’épingles qui tiennent lieu d’ossature interne pour chacune de ses pièces. Squelette métallique qui prend des airs de constellation cosmique comme on peut le voir sur les deux radiographies présentées au sous-sol de la chapelle et qui permettent de révéler l’invisible et surtout ce contraste impressionnant entre la douceur feutrée de la surface et l’enchevêtrement perforant des entrailles. A l’extérieur, les formes distillent leurs rondeurs, leurs spirales, leurs galbes, leur aspect mousseux ou graniteux, de rocaille ou de dentelle, leur rugosité ou leur velouté, leurs creux ou leurs protubérances, leurs failles où s’engouffre le regard comme un accès secret au mystère du minéral et du végétal.

Tout, contours et volumes, concourt à définir des œuvres complexes et épurées à la fois, en lien direct avec la part primitive du monde, avec l’éclosion de la vie, la fertilité, la croissance, l’épanouissement dans l’espace et le temps. En cela, la scénographie, notamment ce plateau central installé dans la nef, en forme de disque évidé au milieu, réfléchissant les œuvres elles-mêmes et la coupole de la chapelle en un jeu de miroir superbe aux échos d’éternité, est idéale. Elle appelle en son sein et le ciel et la terre, elle renverse la vision ordinaire pour mieux nous inspirer un vertige métaphysique.  Devant l’autel, trône une œuvre majestueuse de grande taille spécialement conçue pour l’exposition de la chapelle expiatoire. Intitulée "Eclosion XXL", elle a requis neuf mois de travail et impose sa morphologie de coupe, corolle ou bénitier, posée à même le sol. La visite se prolonge dans la crypte, avec des radiographies qui sont comme l’envers du décor, deux œuvres murales qui sont comme des vues aériennes et cette pièce radicale et magistrale en dix panneaux verticaux, "Décade", côtoyant une sorte de cabinet de curiosités où sont rangées tels des bibelots, des petits formats, notamment quelques-uns laissant les aiguilles apparentes comme un aveu, l’envie de révéler les outils de fabrication.

On découvre une artiste discrète au talent rare dont l’œuvre est à la fois terrienne et spirituelle, d’une virtuosité qui force le respect, d’une délicatesse exquise.

Par Marie Plantin

Simone Pheulpin
Un Monde de plis
Du 10 novembre au 16 décembre 2017
A la Chapelle Expiatoire
29 rue Pasquier
75008 Paris
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