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Le TG Stan de nouveau du côté de chez Bergman

Avec “Infidèles”, le TG Stan retrouve l’écriture sans concession du cinéaste Bergman et nous plonge dans les affres de l’adultère et de ses conséquences.
Le TG Stan est de retour au théâtre de la Bastille, son QG parisien depuis une quinzaine d’années maintenant, depuis la création française en décembre 2001 du spectacle "Les Antigones" d'après Cocteau et Anouilh. Un compagnonnage au long cours, une fidélité partagée, entre un lieu, une compagnie et un public, toujours au rendez-vous. Car les TG Stan sont devenus des stars à leur manière, bénéficiant d’un bouche à oreille maximal qui leur épargne désormais la peur de la salle clairsemée. Quelle que soit la pièce qu’ils proposent, la jauge affiche complet, les spectateurs se déplaçant, en confiance, à la vue de leur simple nom, STAN, pour "Stop Thinking about Names", porteur en lui-même de leur principe fondateur, de leur éthique en quelque sorte : pas d’étiquettes, pas de dogmatisme, pas d’idolâtrie du texte ni de sacralisation de la représentation. Dans cette perspective, les interprètes fonctionnent sans metteur en scène, collectivement, l’acteur étant créateur à part entière de son rôle et du spectacle dans sa globalité, au coeur de la création. Les égos sont relayés en coulisses, les rôles souvent interchangeables et ce n’est ni la technique ni la virtuosité de jeu qui les intéresse mais une présence ouverte, une perméabilité aux réactions du public (le quatrième mur est le cadet de leurs soucis), et surtout, la plus grande simplicité possible dans la manière d’aborder le texte. Ils aiment les auteurs de l’intime, de ceux qui fouillent l’intériorité, les sentiments, les relations humaines. On les a vu s’emparer de la prose de Tchekhov, Ibsen, Schnitzler, Gorki, Thomas Bernhard, Pinter, Marius Von Mayenburg, plus récemment de la pièce culte de Yasmina Reza (“Art”), sans se limiter au répertoire dramatique pur et dur. A chaque fois, le geste de mise en scène va droit au but, à l’essentiel, refusant chichis et dentelles. Pas de costumes à proprement parler. Pas ou peu de décor non plus. 

Ce n’est pas la première fois que le TG Stan aborde la filmographie du cinéaste suédois Ingmar Bergman pour l’adapter au plateau. Après “Scènes de la vie conjugale” et “Après la répétition”, le collectif prolonge son exploration de l’œuvre du maestro, expert en dialogues tendus et féroces, inépuisable sondeur de l’âme humaine et de l’amour, du couple et de la trahison, en s’emparant du scénario d’”Infidèles” (écrit en 1996) qui donne son titre à la pièce, et en puisant dans son récit autobiographique “Laterna Magica”, publié en 1987. L’idée neuve et singulière du scénario est de faire exister le réalisateur comme personnage à part entière, dans un dialogue pertinent qui vient enrichir la fiction jusqu’au vertige. Sur scène, on retrouve deux comédiens piliers du collectif, Frank Vercruyssen et Jolente de Keersmaeker, accompagnés d’une nouvelle venue, la formidable Ruth Becquart et d’un familier, Robby Cleiren (déjà présent sur “Trahisons” et “Les Estivants” entre autres) dont la compagnie de Roovers coproduit le spectacle.

Le résultat est une réussite. Les quatre comédiens sont au meilleur de leur forme, la distribution fonctionne à merveille. On est pris immédiatement par ce qui se joue sous nos yeux, médusé par la puissance de vérité du théâtre quand il est mené de la sorte, sans artifice, dénudé, offert dans sa moelle. Ruth Becquart mène le jeu dans le rôle central et nous subjugue de bout en bout. On retrouve la finesse et la lucidité sans pareille de Bergman dans son auscultation du couple et des rapports humains, cette façon qui lui est propre de dépecer la psychologie humaine, de mettre en balance sur le plateau sincérité et mauvaise foi, sans que l’on sache sur quel pied danser. On renoue avec le tragique bergmanien et la légèreté que le TG Stan apporte systématiquement, sans tomber dans le cabotinage et on leur en sait gré. “Infidèles” déploie donc avec une belle tenue sa charge dramatique et ses enjeux narratifs, son réalisme noir, tout en gardant toujours une soupape de secours via l’humour, cette espièglerie et cette connivence particulière avec le public que la compagnie a toujours su préserver et qui fait l’une de ses plus belles qualités. Comme quoi l’on peut être grave et profond sans se prendre forcément au sérieux. Belle leçon !

Par Marie Plantin

Infidèles
Du 10 au 28 septembre 2018
Au Théâtre de la Bastille
76 Rue de la Roquette
75011 Paris
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