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Le solo multiple de Philippe Decouflé

En cette fin de saison théâtrale, le chorégraphe Philippe Decouflé se démultiplie sur la grande scène du Théâtre National de Chaillot en reprenant son mythique “Solo” dans lequel le chorégraphe danse seul en compagnie de ses doubles.
Philippe Decouflé se met en scène dans l’exercice périlleux du solo. Périlleux parce que rôde le danger du narcissisme mégalo et de l’épanchement autobiographique. Parce qu’à l’approche de la soixantaine on ne danse pas comme à 20 ou 30 ans. Parce que, comme il le dit lui-même au début, le solo est la forme qui réduit au maximum la distance entre le créateur et l’interprète puisque les deux ne font plus qu’un. Une cohabitation scénique délicate où les exigences du chorégraphe ne s’accordent pas toujours avec les compétences du danseur. Mais Philippe Decouflé est habité par le doute, comme il l’énonce également, et ce doute, entendre aussi son humilité, associé à son sens du spectacle et à son goût presque enfantin pour les expérimentations visuelles, font de ce “Solo” un enchantement pour l’imaginaire et une porte d’entrée supplémentaire vers les chemins intérieurs de l’artiste. Car malgré les moyens techniques mis en œuvre pour le spectacle et notamment la présence de plusieurs écrans vidéo, il émane de la présence humaine du chorégraphe une simplicité vraie, une authentique envie de faire de cette proposition artistique un temps de partage avec le public dans le temps duquel l’interprète en scène n’est pas cet être inaccessible et lointain qui se donne à voir, protégé par les artefacts de la  “représentation”. En jogging, maillot de bain ou peignoir, Philippe Decouflé joue avec ses nombreux doubles sur écran (la création vidéo est signée Olivier Simola & Laurent Radanovic). L’artiste se clone à l’infini non par égo surdimensionné mais au contraire comme pour mieux se fondre dans l’image globale qui en résulte, se transformant en particule graphique proche de l’abstraction. Corps diffracté, membres comme déconnectés du corps. Mains, pieds, bras, jambes, deviennent ici des entités dansantes presque à part entière pour une expérience visuelle à la fois fantaisiste et troublante.

Philippe Decouflé nous offre un solo rempli de pluriels, émouvant et drôle malgré quelques saynètes répétitives, accompagné en live par le musicien touche-à-tout Joachim Latarjet. Il y égrène ses “dadas” artistiques et se livre par touches impressionnistes, avec délicatesse et pudeur, faisant de ce “Solo” un autoportrait patchwork. Celui d’un homme facétieux qui regorge d’envies et de talents, s’amuse de nous amuser et prend un plaisir fou à nous faire rêver et à rêver avec nous.

Par Marie Plantin

Philippe Decouflé - Solo
Du 29 mai au 8 juin 2019
Au Théâtre National de Chaillot
1, Place du Trocadéro
75016 Paris
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