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Le Photographe Ren Hang à l’honneur à la MEP

La Maison Européenne de la Photographie, alias la MEP, se renouvelle de l’intérieur depuis la nomination de son nouveau directeur, Simon Baker, co-commissaire, avec Jean-Luc Soret, de l’exposition “LOVE, Ren Hang” qui se consacre à l’œuvre éphémère saisissante du photographe chinois, décédé prématurément.
Ren Hang sera toujours jeune, éternellement. A l’image de la jeunesse des corps qui habitent ses photographies. A l’image de la jeunesse de son pays qui trouvait dans ses clichés une source de respiration bienvenue. Ren Hang n’aura pas dépassé les 29 ans. Il s’est donné la mort en 2017, laissant une œuvre photographique unique, intime, mélancolique et lumineuse, ainsi que des écrits, des poèmes, dans lesquels il consignait ses réflexions, ses flottements, ses angoisses, ses trébuchements existentiels. La MEP organise la première rétrospective institutionnelle parisienne et présente 150 tirages répartis par contextes sur tout le deuxième étage du bâtiment, augmentés d’un diaporama inédit déroulant plus de mille clichés. 

Graphique, érotique, obsessionnelle dans la récurrence de ses motifs, d’une extrême précision dans ses compositions et ses cadrages, l’œuvre photographique de Ren Hang est stupéfiante d’audace, de liberté, de paradoxes intrinsèques. Le caractère iconique de ses images dispute son aura intemporelle à la spontanéité de ses prises de vue effectuées chez lui, dans des jardins publics ou sur les toits, les références à la photographie de mode sont contrées par l’anonymat des modèles, tous non professionnels, recrutés via internet ou parmi les amis de l’artiste, le caractère très soigné des clichés est un pied de nez à la modestie des moyens techniques déployés, car, on le voit dans le petit film documentaire qui lui est consacré, Ren Hang travaillait avec un appareil photo basique, un Minolta sans prétention. Et pourtant. Le résultat brille de raffinement et émerveille par la grâce visionnaire de ses mises en scène, élaborées sans préméditation, dans l’inspiration de l’instant. Ses photos sont crues, splendides, lumineuses, inventives. Elles renouvellent le regard sur le corps et la sexualité en plaçant la nudité et l’érotisme au cœur de ses sujets. Nulle volonté de transgresser les tabous culturels de son pays, la Chine, ni de provoquer pour attirer l’attention sur lui, Ren Hang ne jouait pas avec la censure, elle lui tombait dessus au détour d’un shooting, il la subissait mais obstinément continuait. La pulsion photographique était chez lui plus forte que les contingences dans lesquelles il exerçait passionnément son art et son envie, toujours renouvelée, de témoigner d’une sexualité d’aujourd’hui, libre et décomplexée, légère et instinctive, jeune et joueuse, sans normes ni codes, l’emportait sur un environnement fait de jugements de valeur puritains et rétrogrades.

L’humour est d’ailleurs souvent inhérent à ses compositions, ses agencements de corps improbables, dans des poses abracadabrantes, sens dessus dessous, privilégiant le jeu fantaisiste des formes et le vertige des architectures corporelles qu’il construisait sous l’œil de son objectif, au gré de ses idées et de ses intuitions visuelles aiguisées. A la nudité qui revient comme un leitmotiv intrinsèque à son œuvre, s’ajoutent des réitérations ornementales, comme la présence souveraine d’un bestiaire exotique et coloré (paon, papillons, caméléon, oiseaux, chats, serpent, cygnes, poissons…), le retour d’une végétation luxuriante ou des occurrences chromatiques répétitives (le fond blanc neutre, l’obscurité de la nuit, la couleur rouge). Le modèle est toujours au centre, jamais de nature morte chez Ren Hang, mais il fait corps avec l’animal ou le végétal dans un enchevêtrement à la fois esthétique et symbolique troublant qui dépasse toujours le simple aspect plastique de l’image. La beauté des photos saute aux yeux immédiatement et diffuse ensuite plus lentement son vertige, son émotion, son hommage permanent à la nudité, à la sexualité, à la liberté. Cette exposition est une expérience de fascination.

Par Marie Plantin

LOVE, Ren Hang
Du 6 mars au 26 mai 2019
A la Maison Européenne de la Photographie
5/7 Rue de Fourcy
75004 Paris
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