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Le Musée du Luxembourg zoome sur l’art décoratif des Nabis

Le Musée du Luxembourg lève le voile sur les Nabis avec une exposition riche et instructive qui permet de comprendre les enjeux de cette peinture décorative, ses influences aussi, et d'en goûter les beautés formelles et chromatiques. Une sélection qui brasse des toiles de Bonnard, Vuillard, Maurice Denis, Paul Sérusier, Paul Ranson, entre autres représentants de ce mouvement né à la fin du XIXème siècle.
Tandis que l’exposition consacrée au “Talisman” de Paul Sérusier est toujours en cours au Musée d’Orsay, le Musée du Luxembourg lui fait un écho stylistique et temporel en organisant la première exposition française dédiée aux Nabis, ces peintres pourfendeurs de l’impressionnisme et partisans d’un art décoratif, souvent fruit d’une commande visant à embellir un intérieur, habiller un décor. Panneaux muraux, paravents ornementaux, frises décoratives, éventails peints ou porcelaine peinte, papiers peints, tapisseries, vitraux, abats-jour, mobilier “customisé”, les supports des Nabis sont variés et s’adaptent aux demandes extérieures, participant de leur volonté intrinsèque d’abolir la frontière entre beaux-arts et arts appliqués.

L’exposition parvient à reconstituer certains de ces ensembles décoratifs que le cours du temps avait disséminés parfois sur plusieurs continents. Pouvoir apprécier ces tableaux dans leur continuité est chose rare et leur aura décorative infiltre les salles du musée. Les quatre panneaux verticaux signés Bonnard et accrochés à l’entrée de l’exposition annoncent la couleur et les motifs récurrents qui parsèment les œuvres des Nabis, en l’occurrence la femme et la nature et plus particulièrement la femme au jardin. Un soin particulier est accordé aux imprimés des robes, l’expressivité chromatique contrastée des tissus entrant en relation avec les tonalités de la végétation alentours. La deuxième salle poursuit avec un ensemble saisissant de six immenses panneaux de Vuillard représentant des scènes de jardin public, comme un livre d’images à la verticale déplié sur la largeur murale, thématique d’autant plus moderne dans une époque familière des représentations historiques que ces panneaux étaient destinés à habiller les murs du salon d’un hôtel particulier.

La série bucolique continue encore dans la salle suivante avec quatre toiles verdoyantes de Bonnard réunies autour du motif de la cueillette des pommes. Femmes et enfants sont les sujets de prédilection de ces œuvres qui réinterprètent la réalité des personnages et paysages en faisant du décor contextuel non seulement l’espace de la narration mais également la représentation symbolique d’une temporalité de la vie et de la vision intérieure de l’artiste. La reproduction du réel n’est nullement l’enjeu de ces toiles mais au contraire sa déformation est la clef de voûte pour le transformer en espace mental. A l’ambition décorative s’ajoute une approche de la peinture comme vue de l’esprit. Les quatre femmes du tableau “Arabesque poétique” de Maurice Denis flirtent avec le monde céleste des fées tout en gardant un lien avec le monde terrestre via l’échelle sur laquelle elles se tiennent. Aucun naturalisme dans cette composition mais un déploiement de la figure de l’arabesque à travers le mouvement des robes, les chevelures et les ondoiements du ciel dans le feuillage.

L’exposition avance selon un principe thématique qui nous fait passer des scènes d’extérieur aux intérieurs avec quatre panneaux de Vuillard (utilisant à nouveau la peinture à la colle sur toile) qui nous font pénétrer dans l’intimité de personnages, pris dans un contexte familier, tout à leur activité paisible (broderie, lecture, musique). Les figures y sont littéralement absorbées par le décor, par la saturation de motifs et de couleurs. Les bouquets semblent s’y dilater dans un espace presque en à-plat et envahir la toile qui prend des airs de tapisserie à l’ancienne. L’inspiration japonaise est très présente chez les Nabis qui privilégient les lignes courbes et les espaces bidimensionnels et l’exposition met en lumière cette source d’inspiration essentielle chez ces peintres. Bonnard et Denis par exemple collectionnaient les estampes dont on peut voir quelques délicats spécimens. 

L’importance que joua le marchand d’art, collectionneur et critique d’art, Siegfried Bing, dans l’essor des Nabis et de l’Art nouveau n’est pas omise par l’exposition qui rend à César ce que les Nabis doivent à César. Et si les Nabis mettaient un point d’honneur à faire le pont entre art et artisanat, s’ils pratiquaient une peinture dite décorative, le symbolisme n’était pas absent de leurs compositions, mêlé à une conscience sacrée nous rappelant l’origine du terme, “Nabis” en hébreu signifiant “prophète”. En témoignent les panneaux monumentaux de Maurice Denis qui clôturent l’exposition, des huiles sur toile représentant la légende de Saint-Hubert avec une expressivité des lignes et des couleurs qui fait son effet. La verticalité des arbres, les arabesques des branches, se retrouvent également dans une petite toile verticale de Paul Sérusier accrochée non loin de là, “Femmes à la source”, qui est pure splendeur, la quintessence de l’art des Nabis. La ligne des arbres dans la partie supérieure de la toile se reflète à l’envers dans le cercle rond de l’eau tandis que le chemin qu’emprunte la procession de femmes prolonge l’arrondis des cercles concentriques de l’eau. Le jaune flamboyant du soleil couchant contraste avec l’ombre du sous-bois, rehaussé de l’éclat rouge des cruches en un jeu de clair-obscur qui vient raviver le mystère du sacré. Merveilleux.

Par Marie Plantin

Les Nabis et le décor
Du 13 mars au 30 juin
Au Musée du Luxembourg
19 Rue de Vaugirard
75006 Paris
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