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Le Musée d’Orsay fait le point sur l'extraordinaire production de Degas à l’opéra

Voici venue l’une des expositions les plus attendue de la rentrée, “Degas à l’opéra” au musée d’Orsay, une immersion, via quantité de documents et toiles du maître, dans l’univers clos et fantasmatique de l’opéra. Musiciens et surtout danseuses sont les sujets centraux qui animent la ferveur créatrice du peintre, mondialement connu pour cette obsession devenue sa marque de fabrique picturale. 
L’évocation de son nom amène dans son sillon un florilège de danseuses en tutu à l’exercice que l’on visualise aisément en diverses positions, de repos ou d’entraînement. Degas est à l’honneur à Orsay et c’est son rapport à l’Opéra qui est ici décortiqué dans le cadre d’une exposition d’envergure qui prend sa vitesse de croisière au fur et à mesure et révèle ses chefs-d’oeuvre dans sa dernière salle en forme d’apothéose.

Avant, tout du long, le parcours est thématique, jalonné de nombreux cartels aidant à la contextualisation de l’oeuvre dans l’époque et le milieu de l’opéra, apportant repères biographiques et historiques. Ce sont donc, contre tout attente, ses croquis préparatoire qui ouvrent l’exposition, esquisses discrètes en graphite sur papier velin, études de mouvements féminins et masculins dévoilant l’envers du décor, le travail en amont du peintre avant l’épreuve de la toile et reflétant somme toute ce que Degas aura le plus représenté, les coulisses, les répétitions plutôt que le résultat scénique final. Puis on entre dans le cercle musical et l’exposition opère un effet de retardement intéressant, révélant les œuvres maîtresses constitutives de l’imaginaire collectif lié à Degas (à savoir ses fameuses classes et leçons de danse) de manière différée. Comme pour mieux nous tenir en haleine et nous enjoindre d’embrasser toutes les facettes du rapport de l’artiste à ces maisons de musique et de danse qu’étaient l’Opéra Le Peletier et le Palais Garnier. Car si Degas a peint à foison les ballerines sous tous leurs angles, il fut aussi le peintre des musiciens de l’orchestre, proposant des cadrages d’une modernité époustouflante, évoquant une vision photographique. Degas n’hésite pas à couper des figures qui entrent ou sortent du plan, tronquées par le bord du tableau. Il peint les musiciens de dos au premier plan et évoque seulement ce qui se joue sur scène dans le flou du fond ou bien leur dédie les trois quarts de la toile en une marée de visages faisant corps avec leur instrument tandis que les petits rats n’offrent au regard que leurs jambes et leurs tutus, reléguant le reste hors champ.

A ce niveau-là d’expérimentation, ses compositions relèvent de la subversion. Degas est révolutionnaire tout en témoignant d’une maîtrise académique parfaite. Ses danseuses viennent pousser jusqu’à son plus haut point l’accomplissement de cet équilibre entre classicisme et avant-garde. La répartition des silhouettes dans l’espace, la gestion des plans, l’équilibre des masses, les poses de chaque danseuse, et ce contexte de répétition qui reste l’approche favorite du peintre, préférant le travail en amont des corps fourbus de fatigue et de douleur aux sunlights de la scène. Là, s’exprime à pleine puissance son talent fracassant qui varie les techniques avec dextérité et dont cette exposition rend compte pleinement : ses huiles sur toile et pastels sont de toute beauté, ils côtoient quelques monotypes à l’encre noir, quelques fusains, une série d’aquarelles sur éventails… et sa fameuse statue de  la petite danseuse de 14 ans, en quatrième position, le nez en l’air avec son vrai petit ruban rose noué dans ses cheveux. Petit ruban touchant qui revient sans cesse dans les tableaux du peintre, rare touche de couleur nichée dans les cheveux ou soulignant la taille, dans des tableaux presque monochromes. Car l’exposition ménage ses effets et si la palette de Degas est restreinte dans la majorité des œuvres présentées (“Répétition de ballet sur la scène”, datant de 1874, fait écho aux teintes sépia des photographies de l’époque), la couleur n’apparaissant que de ci de là par pointes éparses, dans les rubans mais également les châles dont s’enveloppent les danseuses en pause pour éviter de se refroidrir musculairement, celle-ci explose littéralement dans la dernière salle en une “orgie” chromatique exaltante. Les toiles présentées, des pastels essentiellement, sont le clou de l’exposition. Des bleus, des roses, des rouges, pour finir par cette majestueuse “Danseuse aux bouquets” en jupon violet, c'est une délectation. 

Ce tourbillon de danseuses nous donnerait presque le tournis s’il ne nous ravissait pas autant de la diversité des postures traitées. Mains sur les hanches, saluant le public, se massant les pieds, le dos courbé, ajustant leur costume, s’étirant, s’éventant, attendant leur tour en coulisse, assises tête dans la main, pensives ou discutant, muscles tendus ou relâchés, se grattant le dos, remontant leurs collants, regardées ou regardant, Degas place sa focale sur le labeur de ces petites fourmis si jeunes, le corps endolori par la rigueur, contraintes et indisciplinées à la fois. Un microcosme qui fascina le peintre et nous fascine à notre tour aujourd'hui encore. 

Par Marie Plantin

Degas à l’opéra
Du 24 septembre 2019 au 19 janvier 2020
Au Musée d’Orsay
1 Rue de la Légion d’Honneur
75007 Paris
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