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Mathilde Monnier, Alan Pauls - El Baile

Le Bal version Mathilde Monnier

Le Bal de Mathilde Monnier en version argentine et contemporaine est à Chaillot jusqu’à samedi, puis à la MC 93 de Bobigny en janvier 2018.
Elle est super forte Mathilde Monnier. Parce qu’elle arrive toujours à faire des spectacles qui lui ressemblent d’une certaine façon, en termes d’énergie, de passion, de fantaisie, d’humour, de profondeur, de contact éperdu avec les multiples vibrations du monde d’aujourd’hui. Et pourtant. Rien de narcissique là-dedans, la grande dame de la danse contemporaine, directrice depuis 2014 du CND (Centre National de la Danse à Pantin), ne parle pas d’elle, ne tourne jamais autour de son nombril, mais va toujours chercher ailleurs si elle y est. Et elle trouve l’autre, les autres, la jeunesse, le proche et le lointain, et surtout des collaborateurs solides qu’elle renouvelle de création en création, issus de disciplines toujours différentes (écrivains, compositeurs, philosophes, chanteurs, performeurs, plasticiens…). C’est ainsi que sa route a croisé celle de Philippe Katerine, EriKm, La Ribot, Dominique Figarella, Jean-Luc Nancy, Tanguy Viel, Christine Angot, et pour "El Baile", l’auteur argentin Alan Pauls avec lequel elle "réécrit" en version contemporaine, de 1978 à nos jours, et en Argentine, la fameuse pièce "Le Bal", création collective du Théâtre du Campagnol datant de 1981, mise en scène par Jean-Claude Penchenat et qui donna lieu à la célèbre adaptation cinématographique d’Ettore Scola.

Elle est libre Mathilde. Et sur le plateau, les corps des danseurs sont aussi libres qu’elle, jeunes, toniques, contemporains, singuliers, pluriels, porteurs d’une histoire personnelle autant que collective. Aucun moule ici, pas de stéréotypes, mais la vie, la vraie, qui entre par effraction sur la scène, à travers la danse de chacun. Pour ce spectacle, elle n’a choisi que des danseurs argentins, travaillant au plus proche la matière historique, du côté de la mémoire de chacun, de son amnésie aussi, avec cette idée directrice que l’histoire traverse les corps, les modèle, les impacte, les transforme, tout autant que la géographie, le patrimoine chorégraphique n’étant pas le même à Buenos Aires qu’à Paris, bien sûr. Ainsi, "El Baile" brasse les différentes danses urbaines actuelles mais aussi les danses populaires et traditionnelles qui font le répertoire argentin (tango bien sûr, samba, cumbia, mais aussi d’autres encore, moins connues du grand public) sans pour autant s’y enfermer, les suivre à la lettre (ou plutôt au pas), dans une entreprise de déconstruction déconcertante autant que galvanisante. Car dans la liberté qu’elle s’accorde, en s’appuyant sur le folklore tout en le dénouant de ses codes et de son cadre, Mathilde Monnier offre un espace de création oxygénant à ses danseurs. Et c’est pourquoi "El Baile" irradie de ces fortes personnalités en présence, d’un rapport puissant à l’individualité autant qu’au collectif. La scène de tango-chenille ou tango-mille pattes en est une sorte de paroxysme. Chacun existe et la forme d’ensemble se dessine dans une unité magnifique.

Selon le même principe que la pièce inspiratrice, il n’y a pas de paroles ou du moins pas de dialogues, seulement les paroles des chansons en espagnol puisque les interprètes prennent en charge autant la musique que la danse. Mais là où "Le Bal" se situait côté théâtre, "El Baile" se situe côté danse. Là où "Le Bal" se situait dans la mi-temps du XXème siècle, en France, "El Baile" se situe à l’aube du XXIème siècle, et dans l’achèvement du XXème à Buenos Aires, ville dansante par excellence. Mathilde Monnier emprunte mais cherche autre chose. Elle prend et elle déplace, dans un autre contexte socio-politique. Elle éloigne du point de vue géographique et rapproche du point de vue temporel puisqu’elle situe l’action dans un passé proche et une actualité chaude. Elle garde le lieu unique, la salle de bal, salle commune, espace publique à la fois ouvert et fermé où circulent les danseurs, entrent, sortent, dans un mouvement permanent de va-et-vient qui vient s’ajouter à la gestuelle qui se libère sur la piste en elle-même. Les costumes sont évolutifs, afin de marquer les changements d’époque et de mode, colorés, urbains, ils laissent place à la peau dans leurs coupes. La sensualité est de mise, poussée dans certaines scènes surprenantes jusqu’à l’animalité et l’érotisme. Les filles troquent leur talons hauts contre des baskets et vice-versa ensuite. La chronologie n’est pas forcément respectée car l’Histoire fonctionne en cycle, en boucles répétitives et la linéarité n’est qu’un leurre.

On est là en territoire de familiarité et d’étrangeté à la fois, c’est le grand talent de Mathilde Monnier, installer sa patte tout en nous bousculant systématiquement. C’est le propre des grands, cette capacité à se renouveler tout en gardant son identité artistique, ce qui fait sa signature unique. Beaucoup d’originalité, de jamais vu, de fantaisie, une énergie communicative, le mouvement qui se propage dans l’espace autant que dans le corps… du Mathilde Monnier tout craché, on kiffe !



Par Marie Plantin

El Baile

Du 22 au 25 novembre 2017
Au Théâtre National de Chaillot
1 Place du Trocadero
75016 Paris

Du 26 au 28 janvier 2018
A la MC 93
9 Boulevard Lénine
93000 Bobigny
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