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La Seine s’invite à la Conciergerie

C’est une installation serpentine, aquatique et boisée, d’une ambition et d’une audace folle que signe Stéphane Thidet pour la Conciergerie, un “détournement” de la Seine par les sous-sols. 
Stéphane Thidet aime l’eau, les matériaux bruts, le bois entre autres, la pierre et la terre. Il a le don pour réaliser des installations oxymoriques, à la fois spectaculaires et épurées. Comme si l’oeuvre était réduite à l’essentiel. Et que sa puissance naissait de ce minima. Stéphane Thidet, dans son art, va droit au but. Il ne cherche pas à faire le show. Son travail opère toujours une sorte de réduction de la forme qui paradoxalement ouvre un champ infini à l’imaginaire et à la pensée, et permet à la poésie d’advenir.

Avec “Détournement”, il frappe très fort, mais toujours en douceur d’une certaine manière. S’inspirant du passé, de l’Histoire de ce lieu qui fut longtemps une prison, - et pas n’importe laquelle, le temple des cachots puisque Marie-Antoinette en personne séjourna sous ses voûtes sombres et séculaires -, l’artiste prend à rebours sa vocation historique carcérale et imagine une voie de circulation entre l’intérieur et l’extérieur, une double brèche où vient s’engouffrer la Seine, entrant par les cuisines, sortant par la grande baie centrale, entre les deux tours jumelles, nommées César et Argent. Il opère donc au sens propre du terme un détournement du fleuve qu’il dompte et canalise en une installation en bois ondulant entre les majestueuses colonnes de la fameuse Salle des Gens d’Armes du Palais de la Cité. La puissance de l’élément premier est ici apprivoisée, contenue, dirigée en un cours d’eau sans menace qui s’écoule sagement dans l’écrin de pierre a priori infranchissable, jusqu’à son évacuation que l’on peut apprécier du quai, dehors, une cascade tonitruante qui vient libérer toute la force du fleuve, enfin relâché, rendu à sa sauvagerie primitive. L’exposition se vit par conséquent entre et hors les murs. Et le visiteur peut suivre le trajet effectué, faire la jonction entre les deux états de la Seine. D’une part, le fleuve qui tranche la capitale en deux, séparant le Nord et le Sud, sa rive droite et sa rive gauche. Fleuve étalé dans son lit large, épanoui entre ses quais. D’autre part, le fleuve confiné, réduit à un mince cours d’eau prêt à redevenir torrent dès que les dénivelés du terrain le lui en offrent la possibilité. Rien à voir avec son irruption sans invitation un jour de janvier 1910, conséquence d’une forte crue, dans la forteresse minérale. Un pilier en porte encore la trace. Le signe visible de son effraction. La Seine est sortie de son lit ce jour-là, elle est entrée dans la Conciergerie et c’était la première fois. 

Stéphane Thidet convoque l’Histoire, la détourne à sa façon, autant que la direction de notre Seine si familière, il fait bifurquer le tracé de notre repère et dans cette déviation interpelle notre perception, réveille notre lien à la géographie de la capitale. Produite par le Centre des Monuments Nationaux, cette installation tout à la fois simplissime et hyper complexe, nous rappelle combien Stéphane Thidet est un artiste qui compte, un poète de la matière au talent certain qui sait créer, entre architecture et éléments naturels un dialogue bouleversant. 

Par Marie Plantin

Stéphane Thidet
Détournement
Du 30 mars au 31 août 2018
A la Conciergerie
2 Boulevard du Palais
75001 Paris
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