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La production figurative de Mondrian est à découvrir au Musée Marmottan

Le Musée Marmottan s’attache, en son exposition de rentrée, à faire redécouvrir la peinture de Mondrian dans un versant moins connu du grand public que ses abstractions célèbres : ses toiles figuratives. Et révèle en même temps l’incroyable collection de Salomon Slijper, l’homme qui changea la vie du peintre.
Certes un peu excentré dans les contrées de l’extrême Ouest du XVIème arrondissement, niché entre deux espaces vert notoires, le Bois de Boulogne et les Jardins du Ranelagh, le Musée Marmottan vaut assurément le trajet tant sa programmation cohérente et exigeante nous offre de revisiter certains pans de l’Histoire de la peinture sous un éclairage neuf. Avec “Mondrian figuratif”, le musée s’attache à révéler un aspect méconnu de la production du peintre : son attachement à la figuration. Une approche qui rompt avec l’imaginaire collectif lié à cet artiste que l’on associe indubitablement à ses toiles abstraites, ses damiers tracés de lignes noires délimitant des carrés et rectangles de couleurs en alternance avec des cases blanches et dont le créateur Yves Saint-Laurent a fait le motif de sa fameuse robe Mondrian. Et pourtant. Contrairement à ce que l’on pourrait injustement croire, le rapport à la figuration traverse toute l’œuvre de Mondrian et c’est ce dont nous témoigne cette exposition qui puise dans la collection Slijper léguée au Kunstmuseum de La Haye.

Près de soixante-dix tableaux présentés en un parcours chronologique permettent ainsi au visiteur d’entrer dans la peinture de Mondrian, dans son cheminement, sa constante dynamique et sa perpétuelle évolution, découvrant alors l’extrême fluidité de cet artiste passant sans cesse de la figuration à l’abstraction sans que les deux genres jamais ne s’opposent. Car ce que Mondrian traque en profondeur, et peu importe le moyen utilisé, n’est autre que l’essence des choses, la substantifique moelle du réel. Et ses moulins, qui reviennent comme un motif inspirant récurrent, nous offrent leur solide verticalité, perpendiculaire à l’horizon, et leurs lignes géométriques en croix tout en nous rappelant que l’artiste vient d’une formation classique que le début de l’exposition met en avant. Les paysages crépusculaires, sous-bois à la tombée de la nuit, fermes sous la lune et autres maisons solitaires au milieu des champs, ouvrent la visite sur une tonalité atmosphérique baignée de brume. Mondrian y peint dans la tradition et tout son talent s’exprime déjà dans ces paysages intérieurs nappés de mélancolie que ces toiles suivantes, irradiant littéralement de couleurs lumineuses, viendront contrebalancer en un contrepoint vertigineux dans lequel la spiritualité de l’artiste s’exprime à pleine intensité. La souplesse artistique de Mondrian n’a pas de limite et cette exposition l’illustre parfaitement. La phase dite de “luminisme” qui exalte la couleur dans ses portraits et paysages embrasés par des chromatismes clairs et contrastés  laisse la place aux recherches cubistes du peintre au fait  de la modernité. Les teintes se font plus sombres, la forme se simplifie et se fragmente, garde le sujet (arbre, paysage, portrait de dame…) toujours apparent, avant que Mondrian ne plonge plus radicalement dans l’abstraction avec ses célèbres damiers colorés dont sa “Composition avec large plan rouge, jaune, noir, gris et bleu” de 1921 passée à la postérité et qui clôt l'exposition.

Mais juste avant ce tableau final, l’accrochage judicieux aligne quelques fleurs remarquablement exécutées, chrysanthèmes, arums et roses, et nous révèle que sa vie durant, chaque matin, Mondrian peint un motif floral, comme un musicien qui ferait ses gammes. Aquarelles, fusains, encre et crayon sur papier, ces dernières oeuvres présentées arrivent comme la cerise délicate sur le gâteau de ce parcours pictural hétéroclite et hautement instructif quant à la capacité d’invention permanente de Mondrian, jamais confortablement cantonné à un style donné, toujours là où on ne l’attend pas.

Par Marie Plantin

Mondrian figuratif
Du 12 septembre 2019 au 26 janvier 2020
Au Musée Marmottan
2 Rue Louis Boilly
75016 Paris
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