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La peinture en clair-obscur du Caravage s’expose au Musée Jacquemart André

Le Musée Jacquemart André aborde la rentrée avec une exposition d’une ambition phénoménale consacrée au peintre Caravage dans sa période romaine, et offre une sélection somptueuse de dix chefs-d’oeuvre dialoguant avec des toiles magistrales de ses contemporains, pour mieux mettre en lumière complicités et rivalités artistiques.
L’attirance du public pour la peinture du Caravage n’est plus à démontrer et l’on s’attend à ce que cette exposition de l’artiste italien fasse un carton plein. Mais pourquoi Caravage exerce-t-il une telle fascination sur tant de gens ? Est-ce sa vie courte et sulfureuse qui lui donne l’aura d’un voyou indomptable rompant avec l’image sage du peintre ascète tout entier dévoué à son art ? Sa manière bien à lui d’attraper les sujets classiques de la peinture du XVIIème siècle pour les aborder sous un angle puissamment vivant, renouvelé par son œil et ses propres attractions ? Ou la beauté mystérieuse de ses clairs-obscurs, ses chairs dénudées, la sensualité qui émane de ses toiles doublée d’une sensibilité saisissante ?

L’exposition proposée par le Musée Jacquemart André en cet automne 2018 est remarquable et offre une concentration de chefs-d’oeuvre étourdissante, en provenance d’Italie pour la plupart, du Musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg pour le fameux “Joueur de Luth” qu’il est très émouvant de pouvoir contempler sans avoir à prendre la tangente vers l’Est. Dès la première salle on est subjugué face au tableau représentant la décapitation d’Holopherne par Judith dont la composition est admirable, dans le cadrage, l’expressivité des regards, la répartition de la lumière. La détermination de Judith empoignant, d’une main la chevelure du tyran, de l’autre un sabre tranchant, doublée du profil tout entier tendu vers l’action de la vieille servante, est un sommet du genre. Caravage s’attaque à un sujet biblique avec une maîtrise confondante et rend à la scène sa trivialité première tout autant que sa violence crue et frontale. Judith est une jeune femme ordinaire, dans la fleur de l’âge, chaperonnée par sa domestique dont l’âge avancé contraste avec la fraîcheur immaculée de la veuve vengeresse. Le peintre habille l’action d’un rideau rouge dont le drapé fonctionne en écho visuel avec les draps du lit et confère à la toile une théâtralité assumée que l’on retrouvera dans de nombreuses œuvres.

Après une première salle sous le signe du sang et du meurtre, on poursuit dans une ambiance tout autre, avec une série de peintures consacrées à la musique d’où ressort le délicat “Joueur de Luth”, dont le motif floral du bouquet agrémenté des quelques fruits et légumes épars se retrouve dans d’autres natures mortes de la pièce, résonances visuelles de motifs artistiques qui font le sel de toute l’exposition. On est conquis par le tableau d’Antiveduto Gramatica, “Sainte-Cécile et deux anges musiciens”, en vitrine, qui irradie sa douceur angélique. On en entendrait presque émaner la musique. L’émerveillement continue dans la salle suivante dédiée à la figure de Saint Jean-Baptiste avec bélier chez Caravage, mouton chez Bartolomeo Manfredi, dans deux interprétations différentes mais pleines d’échos. Caravage excellait dans la représentation d’après modèles et ses jeunes hommes, entre enfance et virilité, irradient leur outrageuse beauté. La nudité de Saint Jean-Baptiste, la torsion de son corps, l’offrande de son visage qui se tourne face à nous, la tension de la musculature et l’étreinte avec l’animal, renouvellent le sujet sacré avec une liberté stupéfiante.

Si la jeunesse fait partie des thèmes de prédilection de la peinture du Caravage, l’artiste s’est attaché avec tout autant de labeur à traduire les signes du vieillissement à l’œuvre sur le visage et le corps de l’être humain. La salle dédiée aux images de la méditation offre un “Saint Jérôme écrivant” qui laisse sans voix. Encore une fois, la composition est parfaite, l’équilibre entre la tête du Saint et le crâne posé sur un livre ouvert, les deux drapés en miroir, la posture du corps, Caravage évoque comme personne silence et concentration, le présent intense du recueillement et la mort en ligne de mire. Car malgré une vie dissolue, toute l’oeuvre de Caravage dégage une spiritualité sincère bien que tourmentée. Son “Ecce Homo”  dans la salle s’attachant à l’iconographie autour de la Passion du Christ vibre d’une émotion pure et se démarque des autres toiles de la salle par son épure. L’exposition se clôt avec des œuvres comme “Le Souper à Emmaüs” et deux versions de sa “Madeleine en extase” qui s’inscrivent dans la droite ligne de sa démarche picturale romaine tout en ouvrant déjà sur une autre période, plus sombre, annonçant le clair-obscur de sa période napolitaine, celle de la fuite et de l’exil, suite à l’assassinat qui fait basculer la vie de l’artiste dans une autre dimension.

Caravage savait, avec un génie confondant, faire entrer dans ses toiles tout ensemble le profane et le sacré, la jeunesse et la vieillesse, trivialité et théâtralité, sensualité et spiritualité, avec une virtuosité technique ahurissante. La réunion de tels chefs-d’œuvre au musée Jacquemart André est un éblouissement.

Par Marie Plantin

Caravage à Rome
Amis et ennemis
Du 21 septembre au 28 janvier 2018
Au Musée Jacquemart André
158 Boulevard Haussmann
75008 Paris
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