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Women House

La Maison domestiquée par des artistes femmes

Rebaptisée 11 Conti, la Monnaie de Paris accueille actuellement une exposition entièrement féminine autour de la maison. L’occasion de découvrir la vivacité de la créativité des artistes femmes du XXème siècle, leur capacité à s’emparer du symbole même de leur aliénation et de le retourner comme un gant. Humour et coup de pied dans la mare au rendez-vous !
La Monnaie de paris a fait peau neuve récemment, devenant pour l’occasion le 11 Conti, après rénovation de ses espaces publics pour un accueil amélioré et renouvelé. Son ambition de se positionner comme un lieu culturel incontournable de la capitale s’axe autour de deux critères forts de programmation : le travail du métal d’une part, en lien avec l’activité historique de la Monnaie et l’affirmation dans le paysage des arts plastiques de la place des artistes femmes.

L’exposition proposée actuellement répond au second critère puisque "Women House" réunit les œuvres de 39 artistes femmes autour d’un double motif, le genre féminin et l’espace domestique. L’occasion de découvrir sur près d’un siècle comment des artistes femmes se sont emparées du foyer, sphère féminine par excellence, à la fois prison et refuge, lieu d’inspiration créatrice autant que d’asservissement ménager, pour en faire le point de départ de leur démarche artistique, et l’appliquer à des supports variés (photographie, installation, sculpture, vidéo…), dans une dimension réflexive intime, poétique ou politique, non dénuée d’humour, d’émotion, et surtout, d’une liberté rafraîchissante.

Pour en explorer les variables, les commissaires Camille Morinot et Lucia Pesapane qui ont travaillé en un binôme fructueux, ont opté pour un séquençage thématique de l’exposition, plus cohérent dans les résonances transversales induites qu’un simple déroulé chronologique. L’idée a germé il y a sept ans au cours de l’exposition collective, "elles@centrepompidou", du constat que deux grandes artistes femmes du XXème siècle, Niki de Saint Phalle et Louise Bourgeois, avaient sondé, chacune à leur manière, le motif de la femme-maison. A partir de là, Camille Morinot et Lucia Pesapane se sont lancées dans une enquête, explorant les œuvres féminines dans leur rapport au foyer, à partir de 1929, date de la parution de l’essai fondamental de Virginia Woolf, "Une Chambre à soi", véritable manifeste prônant la nécessité pour chaque femme d’avoir son espace individuel au sein de la sphère domestique et la possibilité de ne pas être dérangée dans son travail et ses pensées. Une révolution en soi. Une charnière. 

Le parcours distille, au début surtout, dans les premières salles, une sensation feutrée d’intimité, de cavité, de huis clos. Les pièces sont petites, fermées, et s’ouvrent au fur et à mesure que l’on retrouve les espaces historiques de la Monnaie à l’étage, jusqu’à la dernière salle, somptueuse, vaste, avec sa majestueuse hauteur sous plafond, son carrelage en damier, ses colonnes et ses dorures, ses fenêtres immenses donnant sur la cour et les quais de Seine, au contact de l’animation fébrile de la ville Lumière. En soi, le chemin de l’exposition est un mouvement d’ouverture et les "desperate houswives" du début, fer à repasser et serpillières en mains, ce grand filet organique évoquant le sexe féminin, la yourte en peaux de mouton et autres maisons closes, sédentaires ou nomades, armoires, murs étouffants, envahissant le corps même de la femme, laissent la place à la femme-maison de Louise Bourgeois ou à son araignée maternelle et nourricière, protectrice mais ouverte, à la maison qui marche de Laurie Simmons, à la théière géante et ajourée de Joana Vasconcelos dans l’une des cours. 

Les œuvres semblent prendre de l’ampleur et de l’envergure au fur et à mesure que l’on avance dans ce cheminement qui défie la chronologie et joue habilement des résonances et palimpsestes. Les artistes exposées sont plus ou moins renommées, menées par des têtes de gondoles incontournables, Louise Bourgeois bien sûr, Niki de Saint-Phalle, mais aussi Cindy Sherman, Joana Vasconcelos, Mona Hatoum ou encore la photographe Francesca Woodman (exposée l’année dernière à la Fondation Henri Cartier-Bresson). Parmi les pièces réunies, on adore l’installation d’Ana Vieira, "Ambiente", qui invente un espace intérieur, une salle à manger avec environnement sonore en adéquation, au centre de plusieurs cubes-boites en tissu transparent allant se rétrécissant. L’épure du dispositif, l’absence de figures humaines, fonctionnent parfaitement pour évoquer la banalité d’un repas, le caractère étriqué des conversations et du contexte, la sphère bourgeoise confinée, sans âme et sans individualités. Les parois sont transparentes et pénètrent l’intimité sociale où tout respire la convention et le conformisme. Hormis la table centrale, le mobilier est peint à même la toile, en un bleu puissant qui vient habiller les murs, comme si les meubles venaient s’encastrer dans le décor au même titre que les voix, les bruits de couverts, au même niveau que tout le reste, dans un amalgame signifiant.

Le titre de l’exposition "Women House" est un hommage à la performance-exposition de 1972, "Woman House", dont il existe un film, visible en début de parcours, dans lequel des artistes femmes prennent possession d’une maison pour en faire le laboratoire de leurs échanges, de leur recherche artistique, de leur création in situ. De les voir s’emparer du lieu autant que de leur liberté d’expression est littéralement galvanisant.
 

Par Marie Plantin

Women House
Du 20 octobre 2017 au 28 janvier 2018
A la Monnaie de Paris
11 Quai de Conti
75006 Paris
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