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La Fragilité contemporaine vue par le peintre Thomas Lévy-Lasne

C’est à la Galerie Backslash, à deux pas de République, que ça se passe : l’exposition des peintures ultra-contemporaines de Thomas Lévy-Lasne qui a le chic pour capter dans ses cadrages tous azimuts l’air du temps, le vent de l’époque, la jeunesse festive d’aujourd’hui, les dessous noctambules de notre société autant que son versant pignon sur rue.


Il n’a même pas 40 ans (36 exactement), a étudié aux Beaux-Arts de Paris et pratique assidument une peinture figurative ultra réaliste jouant avec les codes du classicisme autant qu’avec ceux de l’époque. Thomas Lévy-Lasne n’en est pas pour autant déconnecté de sa génération ni de son temps, utilisateur acharné qu’il est de smart phone, facebook, et toute la galaxie Apple. Il se coltine le réel à toutes les heures du jour et de la nuit, dépeçant la face cachée de notre intimité, le verso de nos vies autant que le recto, qu’il tire le portrait d’anonymes en costume de travail ou dans leur environnement personnel, trace un chemin de campagne au fusain, le corps nu d’une femme, de dos, embrasse la foule dispersée par les lacrymogènes, ou capte une fête qui bât son plein et sa dérive, son déclin…


Tout ce qui se donne à voir, Thomas Lévy-Lasne le renvoie dans sa peinture avec la même intensité et sans hierarchie dans ses sujets. Les objets qui jalonnent notre quotidien sont traités avec autant d’intérêt qu’un visage, un corps, un paysage. Ses tableaux, dans leur globalité signifiante, dressent un compte rendu sans fard, sans jugement non plus, de nos us et coutumes, de nos habitudes, de notre gestuelle aussi, de nos dégaines, que l’on s’attarde sur sa série des fêtes, la plus marquante, des petits formats peints d’après des montages de photos faites à l’arrache lors de soirées très arrosées. Il s’en dégage une étonnante promiscuité, l’impression d’y être ou de l’avoir vécu, d’avoir posé son regard au même endroit. Et pourtant tout est recomposé. Et si les cadrages revèlent l’état ethylique de l’artiste au moment des prises de vue, ce qui ajoute à l’aspect immersif général, chaque aquarelle fait l’objet d’un gros travail d’assemblage en amont, via photoshop. Jusqu’à trouver la bonne équation, le bon agencement. Le résultat est bluffant. Chaque scène est terriblement vivante, chaque angle terriblement percutant. On est saisi par la force des détails, cadavres de bouteilles ou de cigarettes, canettes éparses, restes alimentaires, cendriers saturés, verres vides ou renversés, gobelets plastique écrasés, imprimés des vêtements, postures des corps endiablés par la danse ou affalés sur un canapé, portables à tout va… tout y est. L’ambiance chaotique et décadente de la fête autant que la fin de soirée où les amoureux s’embrassent sur un rebord de caniveau, où quelqu’un s’est endormi, cuvette à portée de main, au milieu des vêtements des convives jetés à même le lit dans la chambre qui sert de vestiaire.


Le pinceau de Lévy-Lasne n’omet rien, il témoigne. Du décor et de l’envers du décor. Du réel à chaud, brut et frontal. Comme sa série des webcams inspirée par les vidéos d’un site de pornographie fait maison si l’on peut dire, où des quidams se filment en plein acte sexuel. La mauvaise qualité de l’image, l’amateurisme et l’exhibitionnisme, se retrouvent dans les petites vignettes dessinées au crayon, en noir et blanc, nous invitant à regarder par le trou de la serrure l’intimité érotique des gens lambda. C’est cru bien sûr, un peu glauque même, mais surtout grotesque et touchant en même temps.


C’est là tout l’art de Thomas Lévy-Lasne, ne pas enfermer le monde dans ses cadres, ne pas le contraindre pour qu’il y rentre, s’y serre et s’y enserre, mais au contraire, lui laisser sa part filante et mouvante, ses paradoxes, ses contradictions, sa fragmentation inhérente à notre point de vue d’humain partie prenante. Le réel sort du cadre, il déborde de partout, le hors champ existe pleinement dans sa série des fêtes, mais il disparaît dans ses portraits, petites filles déguisées en princesses et posant comme dans une toile de Velasquez, boucher, tatoueur, coiffeur, pris dans le costume et la pose de leur profession. Thomas Lévy-Lasne varie les techniques, il passe de l’aquarelle sur papier, à la peinture à l’huile ou au fusain sur des formats plus grands, troquant la précision de son trait au pinceau pour des noirs et blancs sombres et brumeux, où les contours s’estompent, où le sujet se dilue dans la texture de la toile, déplaçant le réel du côté d’une perception plus onirique.


Thomas Lévy-Lasne ne s’interdit rien, il peint ce qui lui chante en fait, ce qui lui plait, ce qui lui parle, et l’ensemble de sa peinture finit par composer de lui un portrait diffracté, en creux, un paysage éclectique, miroir de son regard et témoin de son époque.
 

Par Marie Plantin

Expo Thomas Lévy Lasne, "La Fragilité"
Du 26 novembre au 29 décembre 2016
Chez Backslash Gallery
29 rue Notre Dame de Nazareth
75003 Paris