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La comédienne Céline Milliat Baumgartner, en état de grâce, sur le fil de l'enfance et du deuil

Après avoir écrit son histoire dans un roman poignant mais jamais pesant, la comédienne Céline Milliat Baumgartner, en complicité avec la metteur en scène Pauline Bureau, le porte à la scène en un monologue ondoyant, d'une exquise délicatesse.
"Les Bijoux de pacotille". Derrière ce titre léger comme une bulle de savon se cache d'abord un roman signé Céline Milliat Baumgartner, un récit court, paru en février 2015 aux éditions Arléa, dans lequel la comédienne faisait acte de résilience en mettant des mots sur son histoire, l'histoire d'une enfant qui, à l'âge de 8 ans, perd ses parents brutalement dans un accident de voiture. Le roman, déjà, évitait le piège du pathos propre aux expériences insoutenables. La plume était alerte, fluide, et si le livre faisait office pour son auteur de catharsis, un biais littéraire pour se réapproprier sa propre histoire, celle-ci était menée de la manière la plus juste qui soit, sensible et vive, jamais morbide, et s'ouvrait à nous dans toute son universalité.

Céline Milliat Baumgartner n'y faisait pas étalage de la souffrance inhérente à ce drame, au contraire, elle en dégageait cette incroyable capacité de chaque enfant à surmonter ce qui nous semble à nous, adultes, insurmontables. Car à l'opposé de ce que l'on pourrait croire, la disparition soudaine de ses parents ne lui a pas volé son enfance. Et la comédienne de plonger dans ses souvenirs, fantasmés ou intacts, imaginaires ou tangibles, amplifiés ou édulcorés par son inconscient, son admiration pour sa mère actrice, son amour de petite fille pour son père, ce héros indétrônable, ces vacances enchanteresses en camping-car... Par petites touches impressionnistes, elle y transformait l'exercice de deuil en une évocation tout à la fois personnelle et universelle de l'enfance. Et celle qui nous avait déjà conquis sur scène dans maints spectacles, notamment sous la direction de Jean-Michel Rabeux, mais aussi et surtout dans cet inoubliable "Strip-tease" mis en scène par Cédric Orain, se mettait à nu d'une toute autre façon, pudique et fine, via l'écriture romanesque.

Et voilà que le livre suit son cours aussi, sa petite vie de papier, tape dans l'oeil, l'oreille et le cœur de Pauline Bureau, metteur en scène dont le travail est irrigué par ce mystère infini de l'enfance, des origines, de ce qui nous constitue dans le temps et façonne notre identité d'adulte. Les deux femmes ayant déjà travaillé ensemble (Céline a joué plusieurs fois sous la direction de Pauline), la rencontre sur ce texte fut évidente et cette évidence saute aux yeux à la vue du spectacle qu'elles ont ensemble imaginé debout à partir de ces mots couchés sur une centaine de pages.

Car "Les Bijoux de pacotille" nous apparaît comme un spectacle debout, sur la verticalité d’une identité, d’une femme, sortie droite de cette enfance à-part, solide bien qu’un peu vacillante peut-être, comme la flamme d’une bougie, comme les petits pas sur pointes qu’elle esquisse joliment, une femme qui s’élève au-dessus de son expérience, au-dessus du traumatisme - pour employer un vocabulaire psychanalytique qui n’est ici ni la question ni l’enjeu. Ce qui compte, c’est ce travail de mémoire qui a été le moteur de l’écriture et qui est ici au cœur de la mise en scène. Ce carton qui ne quitte pas le plateau pourrait en être la métaphore. Et ce miroir (merveilleuse idée scénographique d’Emmanuelle Roy) qui dédouble l’image, décuple notre point de vue sur la scène, créé ce hiatus entre vision frontale et vision en plongée, qui est le principe même de la mémoire, une plongée vertigineuse dans des souvenirs déformés, une représentation de soi mouvante dans l’épaisseur du temps. Ce miroir-mémoire réfléchit l’enfance et le travail vidéo qui lui est associé est subtil à souhait, ni trop ni pas assez, pertinent et dosé.

On reconnaît là le tact de Pauline Bureau qui sait dessiner à traits fins et soignés des univers où l’on se glisse instantanément. Tout son travail semble avoir été d'épouser la ligne de ce livre léger autant que grave, suspendu en permanence entre des états contradictoires, l'innocence joueuse et joyeuse de l'enfance et la perte irrémédiable de ceux qu'à cet âge-là on aime le plus au monde. Et sublimer son actrice, lumineuse Céline Milliat Baumgartner, précise et gracieuse, à la fois ancrée et aérienne, incarnée et éthérée, présence de femme radieuse qui laisse transparaître, dans ses intonations, son espièglerie, sa gestuelle, la petite fille de ses souvenirs. On est conquis. Et sa beauté épanouie nous ravit.

Céline Milliat Baumgartner regarde la mort de ses parents dans les yeux, elle dévisage l'enfant qu'elle était, avec complicité, bienveillance et humour aussi. Rarement on a vu une histoire de deuil aussi lumineuse.

Par Marie Plantin

Les Bijoux de Pacotille
Du 16 au 20 janvier 2018
Au Théâtre Paris Villette
211 Avenue Jean Jaurès
75019 Paris

Du 6 au 31 mars 2018
Au Théâtre du Rond-Point
2 Bis avenue Franklin Roosevelt
75008 Paris

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