Actualités
lundi 10 décembre 2018
Transe amoureuse sous la plume de Faulkner
 
Actualités
lundi 10 décembre 2018
Les Aventuriers, le dernier festival musique avant la fin de l’année
 
Diaporama
vendredi 07 décembre 2018
Ground Control a un nouveau lieu… sur les Champs-Elysées
 
base

La Bohème de Puccini revisitée pour tous

Participant de cette volonté généralisée de démocratiser l’art lyrique via des manifestations grands publics et des productions adaptées, “Bohème, notre jeunesse” invite à découvrir le fameux opéra de Giacomo Puccini dans une version réduite, l’adaptation ne lésinant pas néanmoins sur la qualité de la création. Cette "Bohème" fait des merveilles.
"La Bohème" de Puccini en français et en 1h30 seulement, un scandale ? Non, pas le moins du monde vu la qualité du résultat, la démarche ne visant nullement à niveler par le bas l’un des plus beaux opéras du XIXème siècle, mais bien à en ouvrir l’accès au plus grand nombre, habitués ou non des maisons lyriques, à sensibiliser la jeune génération à cet art total qui fait parfois peur et pâtit d’une image malheureusement encore poussiéreuse et datée. C’est ainsi que l’Opéra Comique, dont l’histoire est étroitement liée à celle de cet opéra romantique, parisien jusqu’au bout des ongles, en présente une version épurée, en français s’il vous plaît (le livret étant inspiré d’un roman français signé Henry Murger, le choix de ré-écriture reste cohérent), resserrée sur le duo de personnages féminins (Mimi et Musette, comme deux facettes opposées et complémentaires), accompagnée d’une orchestration réduite à treize musiciens des Frivolités Parisiennes.

Une version allégée et dynamisée, qui va droit au but dans la narration, se concentre sur le destin des personnages principaux, échantillon de la jeunesse bohème du XIXème siècle, aux prises avec ses désirs artistiques et ses désirs tout court, dans un Paris en pleine mutation en train de prendre les traits de la modernité avec les grands chantiers haussmanniens et la Tour Eiffel en pleine construction. La scénographie va d’ailleurs dans ce sens, usant de la vidéo pour habiller la structure métallique unique qui sert de décor. Mobile, évolutive, elle se fond dans ce mouvement permanent, cet élan généralisé qui pousse les jeunes hors de chez eux pour jouir de la nuit dans les rues animées de la capitale, et transforme en profondeur et pour les siècles à venir le paysage urbain.

La mise en scène est prise en charge par Pauline Bureau qui s’essaie pour la première fois au genre lyrique et s’en sort haut la main. On reconnaît sa patte, son univers, sa manière de dessiner les personnages en traits caractérisés pour en faire des figures phares autant que des anonymes pris dans les rouages de l’histoire, ce goût pour le conte et l’enfance et cette appétence pour le réel, cette façon d’unir la fiction et la réalité via une plongée documentaire dans les eaux troubles du réel. La rencontre entre l’opéra de Puccini et la metteure en scène semble alors une évidence, l’œuvre contenant déjà intrinsèquement cette dualité qui lui est chère. “Bohème, notre jeunesse” se savoure comme un livre d’images enchanteresses, égrainant son récit en étapes, ses atmosphères, ses saisons, le temps qui passe, son drame de clôture. On traverse l’innocence des premières fois, la grâce et l’euphorie qui les enrobe, la force du collectif et l’enthousiasme des sentiments naissants, et l’on navigue fatalement vers la perte des illusions, l’éclatement du groupe, la cruauté de la réalité. Tout cela en musique évidemment, et quelle musique. L’orchestration est revue et corrigée à minima si l’on peut dire, par Marc Olivier Dupin, qui en livre une version instrumentale épurée, plus intime, mais dense et équilibrée avec doigtée. La direction musicale revient à la chef Alexandra Cravero. Quant aux chanteurs, issus de la nouvelle troupe Favart, ils sont tous remarquables, aussi jeunes que leurs rôles, savoureux dans leur texture vocale, impeccables dans le jeu. Ce spectacle est une épopée musicale bouleversante.

Par Marie Plantin

Bohème, notre jeunesse
Du 9 au 17 juillet 2018
A l’Opéra Comique
1 Place Boieldieu
75002 Paris

Les 16 et 17 avril 2019
Au Théâtre Jean Vilar (Suresnes)

Les 16 et 17 mai 2019
Au Théâtre Montansier (Versailles)
Réserver cet évènement