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L’Irrévérence délectable d’Helena de Laurens et Marion Siéfert

Après “2 ou 3 choses que je sais de vous” nourri à la source de Facebook, Marion Siéfert explore le territoire de l’enfance sans sacrifier aux clichés qui y sont liés. Helena de Laurens incarne cette "enfant grande” avec un aplomb foudroyant, en déployant une palette physique surprenante et un registre de jeu jamais convenu. Définitivement jubilatoire.
“Le Grand Sommeil” est un solo. Un solo amputé. Car il porte en lui la trace d’un duo. Le souvenir de ce qui aurait dû être, ce qui avait été imaginé, mais n’a pas été. L’enfant qui devait être au plateau n’y étant plus pour raisons administratives, psychologiques, parentales etc. Parce que la peur des adultes en fait. Helena de Laurens assume donc seule la rencontre, la friction entre l’enfance et l’âge adulte, le fossé entre les générations, l’incompréhension, la méprise. Elle parle au nom de l’absente, de la petite, pas si petite que ça, elle ne lui prend pas la parole, elle nous la tend (via l’écriture de Marion Siéfert, au plus juste). Et lui rend justice. Car qui écoute encore les enfants ? Qui tient compte de leurs envies, leurs révoltes rentrées, leurs contrariétés, leur mot à dire ? Qui accepte leurs peurs, leur cruauté, leur irréductible étrangeté, leur mauvaise grâce ? Rares sont les représentations de l’enfance qui vont voir de ce côté-là, ce côté de la grimace, de ce qui rebute, de l’inconnu au fond.

Helena de Laurens parle depuis son corps de femme, formé, construit, graphique et chorégraphique, mais elle ne parle pas d’en haut, elle ne juge pas, elle se diffracte en direct, elle s’écartèle sous nos yeux, elle s’entremêle. Elle fabrique à l’envie ce corps impossible, sens dessus-dessous, ce corps anti-social, ce corps anarchique mais maîtrisé, ce corps qui plie mais ne ploie pas, ce corps chargé d’un humour irrésistible et d’une puissance subversive phénoménale. Car la comédienne-danseuse déplace les lignes, s’hybride véritablement en une double partition, verbale et gestuelle, qui ne s’encombre pas de réalisme mais au contraire creuse le hiatus, ouvrant le texte - tentative d’approche d’une conscience enfantine à nue-, à nos contradictions d’adultes, à nos absurdités, à nos ridicules autant qu’à la naïveté, au bon sens, aux extrémités de l’enfance. C’est cru, tendu, ténu, mais tellement riche, jamais convenu et la folie performative d’Helena de Laurens toujours contenue dans le cadre du système de représentation dans lequel elle évolue. On est scié par sa faramineuse présence scénique, son étrangeté troublante, la multiplicité de ses visages et postures, par la souplesse élastique qui traverse autant son corps que son jeu, par son irréductible singularité. La regarder est une jubilation de chaque instant. Et l’écriture de Marion Siéfert une fois de plus nous conquiert. 

Après avoir été créé à la Commune, CDN d’Aubervilliers, où Marion Siéfert est artiste associée, “Le Grand Sommeil” trouve sa place à merveille dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, et aux Inaccoutumés.

Par Marie Plantin

Le Grand Sommeil

Du 7 au 17 novembre 2018
Au Théâtre de la Commune

Du 20 au 22 novembre 2018
A la Ménagerie de Verre
12 Rue Lechevin
75011 Paris
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