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L’histoire croisée des musiques et des migrations à Paris et Londres se raconte dans une captivante exposition

Du ska qui s’empare des clubs londoniens dans les années 60 à IAM et Psy 4 de la Rime qui posent dans les rues parisiennes, la nouvelle exposition du Musée de l’Histoire de l’immigration met en miroir Londres et Paris et leur histoire croisée entre musique et migrations post-coloniales. Paris-Londres, music migrations, une riche et passionnante exposition à voir jusqu’à janvier 2020.
Le propos est assez vaste et intéressant, le Musée de l’Histoire de l’immigration s’en est habillement emparé avec une exposition des plus vivantes et richement documentée. Vidéos, coupures de presse, pochettes de disques, extraits musicaux, photographies, œuvres d’art, affiches rythment le long, dense mais captivant parcours de Paris-Londres, music migrations qui rembobine presque une trentaine d’années, de la chute du mur de Berlin à celle des empires coloniaux français et britanniques. Entre ces deux dates clés, Paris et Londres redessinent les contours de leur relation avec les ex-colonies et voient leur identité se redéfinir au contact de nouveaux arrivants et de leur héritage musical. 
 
De l’autre côté de la Manche, c’est sur fond de Beatlemania naissante et de l’indépendance de la Jamaïque, d’autres états des Caraïbes et de l’Inde que la bande-son d’un pays et le visage d’une ville se transforment. Le ska et le reggae s’immiscent sur les tourne-disques et dans les charts avec quelques figures comme Millie Small et son pétillant “My Boy Lollipop” ou Desmond Dekker, qui a popularisé le reggae bien avant un certain Bob Marley. Par chez nous, c’est une tout autre musique, celle du raï ou du chaâbi de la communauté maghrébine qui résonne dans les cafés et cabarets orientaux du nord-est parisien ou de certaines banlieues. Le photojournaliste Pierre Boulat est alors là pour immortaliser ces lieux de rassemblement au rôle essentiel dans le développement de ces scènes musicales et dans l’émergence de personnalités comme la chanteuse algérienne Cheikha Rimitti, voire même de porte-parole avec Rachid Taha. 
Parce que ce que souligne aussi cette exposition, c’est le mal-être généralisé, à Paris ou à Londres, de ces populations déracinées, mal-logées, précarisées, délaissées et que les politiques migratoires tout comme les mouvements d’extrême-droite n'épargnent pas à partir des années 70. Toute une partie du parcours revient en détails (avec des rappels historiques bienvenus et des archives) sur les rassemblements anti-racistes (marches, grands concerts, fêtes…) et les mouvements de lutte, qui mobilisent les musiciens de tous horizons. A Londres, la contestation passe notamment par le Carnaval de Notting Hill créé en 1966 ou par les concert Rock Against Racism à partir de 1976. A Paris, des voix se font entendre dans les foyers, les usines et sur scène avec, en 1976, le festival Africa Fête initié par Mamadou Konté qui réunit entre autres Claude Nougaro ou Bernard Lavilliers, sans oublier bien évidemment la Marche pour l'égalité et contre le racisme de 1983. 
L’exposition conclut ensuite sa traversée sur l’identité multiculturelle revendiquée, chacune à sa façon, par les deux capitales. Paris et Londres, deux villes-monde, deux lieux d’échanges, de rencontres musicales et culturelles voient de nouveaux artistes converger vers elles, de nouveaux courants musicaux se développer (comme le hip-hop, le zouk, l’asian underground music de Nitin Sawhney ou d’Asian Dub Foundation, la “world music”...) et de nouveaux lieux de fête essaimer. Au sortir des années 80, les deux villes sont métamorphosées.
Vous vous êtes d’ailleurs déjà demandé à quoi ressembleraient Paris et Londres sans cet incroyable héritage culturel ? La question est posée en filigrane de cette expo qui, même si elle dure jusqu’à janvier prochain, est à voir sans trop tarder, de peur de passer à côté !
 
Du 12/03/2019 au 05/01/2020
Au Musée national de l'histoire de l'immigration
Palais de la Porte Dorée
293, avenue Daumesnil
75012 Paris
 
Tarif : 6 € 
 

Par Rita Carvalho
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