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L’amour se chante et se raconte dans le sublime Heptaméron signé Benjamin Lazar

C’est un patrimoine musical et littéraire de toute beauté qu’exhume Benjamin Lazar, metteur en scène comblé par les fées, familier du répertoire baroque, qui réalise ici un spectacle magique, à l’orée du théâtre et de l’opéra, transcendé par des interprètes au talent inouï.
N’y allons pas par quatre chemins, ce spectacle est porté par la grâce. Par la grâce de ses interprètes, comédiens, chanteurs, musiciens, de haute volée, aussi doués dans le registre musical que théâtral et dotés d’une présence, d’un charisme scénique hors pair. Par la grâce de son répertoire musical, baroque, d’une beauté bouleversante, et de sa partition littéraire, les écrits de Marguerite de Navarre. Par la grâce de son metteur en scène, Benjamin Lazar, aguerri à tresser musique et théâtre avec un tact rare (sa version de la “Traviata” avec Judith Chemla nous a laissé un souvenir impérissable) et de son directeur musical, Geoffroy Jourdain, qui fait des merveilles, tant sur le détail que sur l’harmonie d’ensemble. En bref, on est conquis jusqu’à la moelle par cette création hybride, envoûtante de bout en bout, qui nous a cueilli les oreilles et le cœur avec la même ardeur et hardiesse. Le sujet et la forme y irradient leur simplicité et leur évidence, leur légèreté et leur profondeur.

Dans un décor assez épuré, constitué d’un plancher de bois en pente douce d’où les interprètes ouvrent des trappes comme des chemins secrets, des fenêtres ouvertes sur chaque nouvelle histoire contée, le spectacle déroule un enchaînement de récits issus pour la plupart de “L’Heptaméron” de Marguerite de Navarre, œuvre inachevée publiée à titre posthume en 1559, inspirée à son auteur, sœur de François Ier, suite à la lecture du “Décaméron” de Boccace dont une des histoires figure également dans le corpus rassemblé par Benjamin Lazar. S’ajoutent à ces textes anciens, d’une langue délectable, précieuse et mélodieuse, des anecdotes d’aujourd’hui, des récits de vie ou de rêve confiés par les comédiens au metteur en scène qui s’est plu à les intégrer dans ce florilège littéraire d’un autre temps, d’un autre siècle, orchestrant ainsi le télescopage d’une époque lointaine avec l’ici et maintenant de la représentation. Et dans ce hiatus, signifier autant la distance que la pérennité de la thématique centrale et commune à chacun des récits, l’amour.

L’amour, source d’inspiration intemporelle inépuisable et universelle, indéfiniment plurielle. Sentiment qui touche à l’absolu, à la foi, au don de soi, à la folie, qui aspire tout dans son tourbillon et brave la mort. Les histoires, comiques ou tragiques, triviales ou lyriques, non exemptes de violence et de désespoir, se succèdent, les fables s’égrènent au grès des prises de parole, simplement, comme un relais que l’on se passe, l’oralité étant ici le vecteur primordial et primitif du théâtre, sa condition première d’existence, le support de ses premiers pas, tandis que les madrigaux, ces poèmes chantés empruntés à Monteverdi, Benedetto Pallavicino, Luca Marenzio, Carlo Gesualdo, Michelangelo Rossi, ou encore Biagio Marini évoquent les prémices de l’opéra quand la mélodie se met au service du texte pour mieux exprimer les passions de l’âme. Différentes langues s’invitent dans le spectacle (l’anglais, l’allemand, le japonais, le brésilien, l’italien) par le biais d’une distribution cosmopolite et l’on se délecte de ces sonorités d’ailleurs, des mélodies variées de la langue autant que du timbre des instruments employés (guitare, basson, violoncelle, violon....). Par la grâce d’une mise en scène funambule et fédératrice, rien n’est dissonant ou malvenu, le rêve et le réel se mêlent, les époques, les écritures, les partitions et les disciplines. Chacun est à sa place, l’ensemble fait sens, tout communie.

Avec très peu visuellement (la présence de la vidéo est d’ailleurs superflue), un mobilier succinct (quelques modules géométriques), une poignée d’accessoires expressifs (une plante, un crâne, des lampes torches) mais surtout des costumes splendides (félicitation à Adeline Caron et Julia Brochier) jouant sur l’hybridation des époques et des références, cultivant un sens aigu dans le mariage des couleurs et leurs résonances entre elles, les amours des uns et des autres prennent vie dans nos têtes, amours entravées ou contrariées le plus souvent. Les chants dialoguent avec les contes en une alternance pertinente et fluide. Fanny Blondeau, oratrice principale est le socle autour duquel gravite le chœur des Cris de Paris en une harmonie miraculeuse. Belle diction, chevelure botticellienne, la comédienne irradie de sa présence souple, solide, lumineuse. Et quand elle aussi se met à chanter, c’est un ravissement. 

Tout ce spectacle est un émerveillement de chaque instant, un rêve éveillé.

Par Marie Plantin

Heptaméron
Récits de la chambre obscure
Du 1er au 23 février 2019
Au Théâtre des Bouffes du Nord
37 (bis) Boulevard de la Chapelle
75010 Paris

A noter, le 25 février, à 20h30, concert des Cris de Paris : dix chanteurs accompagnés d'une viole de gambe sur un programme de motets et madrigaux anglais et italiens du tournant des XVIe et XVIIe siècle.
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