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Kiki Smith imprègne les salons de la Monnaie de Paris de son œuvre protéiforme

Une fois encore, la Monnaie de Paris frappe fort. A raison de deux expositions temporaires par an, les artistes présentés ont ceci en commun qu’ils impactent durablement la rétine autant que l’esprit de qui côtoie leurs œuvres toujours judicieusement mises en espace dans les salons boisés du premier étage, au rez-de-chaussée et dans la cour du Musée. 
Le 11 Conti alias la Monnaie de Paris poursuit son exploration monographique d’œuvres contemporaines majeures permettant, depuis quelques années, la (re)découverte d’artistes phares comme Maurizio Cattelan, Jannis Kounellis, Subodh Gupta ou plus récemment Grayson Perry et dernièrement Thomas Schütte. Mais malgré une exposition d’ensemble consacrée aux femmes artistes (“Women House”), leur absence commençait à se faire cruellement sentir dans la programmation. Le mal est réparé avec cette ouverture de saison puissante consacrée à l’américaine Kiki Smith, artiste tout terrain n’aimant rien tant que varier les supports et matériaux pour exprimer une créativité fertile au rayonnement universel et intemporel.

Découvrir l’oeuvre protéiforme de Kiki Smith est un enchantement teinté d’effroi, un mélange de sensations contraires provoquant en nous une palette de sentiments allant de la répulsion à l’émerveillement. Face à elle, le mouvement qui s’opère en nous est double, à la fois tourné vers l’intérieur et vers l’extérieur. Certaines pièces nous renvoient à notre condition de corps, aux êtres de chair que nous sommes, agrégat d’organes, de tissus veineux carapacés d’un épiderme qui fait office d’armure autant qu’il est un papier buvard poreux au monde. D’autres nous rappellent notre appartenance au grand tout, notre connexion intrinsèque à la nature en particulier et au cosmos en général.

Chez Kiki Smith, la matière s’exprime autant que la forme. Bronze, porcelaine, plâtre, aluminium, verre, papier mâché, coton, cire, encre sur papier népalais… L’utilisation et l’expressivité de chaque support est saisissante et participe de la radiation de chaque œuvre. Les représentations crues, provocantes, organiques ou symboliques, du corps féminin, allongé comme au réveil d’un long sommeil, recroquevillé ou courbé en deux, à genoux sur un bûcher ou debout, Vierge écorchée vive, Marie Madeleine chaîne au pied ou sortant du ventre d’un loup à terre, dégagent solidité et vulnérabilité, souffrance, abnégation, sauvagerie primitive. Ses sculptures d’enfant tête baissée, ses animaux  parcourant l’épaisseur de ses tapisseries gigantesques dans leur verticalité ou la fragilité de ses dessins sur des feuilles proches de la transparence, presque aussi fines que du papier de cigarette, ses constellations étoilées et ses nébuleuses mystérieuses, tout, dans la centaine d’œuvres présentées, respire l'insoutenable légèreté de l'être, nous imprègne d’un imaginaire à la fois organique et cosmique, nourris de contes et légendes d’antan, d’iconographie religieuse, d’éléments empruntés à la nature.  

L’œuvre de Kiki Smith combine le microscopique et la macroscopique, le dedans et le dehors, le charnel et le spirituel, dans une harmonie non feinte. Epidermique et cosmique, organique et symbolique, elle marie les antagonismes dans une liberté d’expression qui nous parvient intensément.

Par Marie Plantin

Kiki Smith
Du 18 octobre 2019 au 9 février 2020
Au 11 Conti - Monnaie de Paris
11 Quai de Conti
75006 Paris
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