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Jonglage aux accents primitifs et futuristes à la Pop

Vendredi, samedi et dimanche, la Pop, nouvellement amarrée au 61 Quai de Seine, accueille une petite forme, le premier acte d’un projet enthousiasmant mêlant jonglage et musique live, une expérience cosmique envoûtante.
C’est un solo mais c’est un trio. “Futuro”, que présente la Pop dès vendredi, met en jeu ou plutôt en jongle Martin Palisse au centre d’un dispositif à trois faces où jonglage, musique live et création lumière interagissent, fonctionnent d’une commune harmonie, dans un geste scénique simultané et symbiotique. Le plateau, une piste géométrique quadrillée en neuf carrés identiques et lumineux, accueille une figure mystérieuse, en combinaison d’élasthanne, d’une blancheur nacrée, aquatique et futuriste, rehaussée d’un masque intégral. En ligne de mire, au-delà de la scène, à vue, une niche musicale où officie en direct Cosmic Neman, multi-instrumentiste (membre fondateur du groupe Herman Dune et moitié du duo Zombie Zombie). Au premier rang, Alice Dussart à sa régie, orchestre la danse de la lumière. A eux trois, ils tissent cette forme épurée qu’est “Futuro”, premier acte d’un projet qui s’accomplira avec un second volet, encore à l’état d’idée. Le tout s’intitulera “Futuro Antico” et sera créé à la Passerelle (Scène Nationale de Saint-Brieuc) en juin prochain.

En attendant, “Futuro” est un émerveillement et ne présage que du bon pour la suite. Cela ressemble à un rituel primitif et futuriste, une danse minimaliste qui tourne à la transe physique et cosmique. Le jongleur Martin Palisse y déplie sa gestuelle épurée, son rapport personnel à cette discipline circassienne traditionnelle. Il ne cherche pas la démonstration de technique et de virtuosité mais l’économie du mouvement et le contact intime avec l’objet. Les balles ne quittent son corps que pour y revenir sans cesse, s’incruster dans ses creux, épouser la cartographie de ses membres ou s’insérer dans la géométrie de la scénographie. De l’organique aux mathématiques il n’y a qu’un pas, une chute, le poids des choses, la gravité terrestre. Entre les deux, le vertige, la métaphysique et la poésie. Sur le pied, le genoux, dans la pliure du coude, sur le poignet ou le poing, le front comme tremplin, rythmées par les percussions de la partition musicale, les balles rebondissent, tangibles et concrètes, noires comme des notes sur une portée tandis que le jongleur égrène un joli texte d’Halory Goerger qui ouvre une brèche de pensée, de rêverie infinie. La lumière bleue puis blanche vient dessiner des chemins sans but, une atmosphère nimbée d’atemporalité, les nappes sonores qui s’intensifient, s’épaississent et s’accélèrent, enveloppantes et pénétrantes, habillent la gestuelle aigüe et abstraite du jongleur, comme une danse vaudou venue de la nuit des temps nous hanter de sa présence hypnotique. 

On est subjugué par cette performance où la musique semble petit à petit pénétrer le corps du jongleur et l’acte de jongler lui-même. La composition de Cosmic Neman impose sa densité et son horizontalité immense comme une mer noueuse, ponctuée de percussions aux multiples textures, propageant leurs vibrations dans chaque recoin de cale de la Pop, de nos organes et nos os. L’expérience est profonde et durable, on pense à “2001 Odyssée de l’espace” dans cette sensation de dilatation du temps, dans ce trou noir entre passé et futur, comme si toute chronologie était abolie dans cette relation épidermique entre réminiscences antiques et présent technologique. L’échelle humaine ne dicte plus ses lois, à fond de cale, c’est l’univers tout entier qui s’en mêle. 

Par Marie Plantin

Futuro
Du 16 au 18 novembre 2018
A la Pop
Péniche amarrée face au 61 Quai de Seine
75019 Paris
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