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Jeu de cache-cache avec Sophie Calle chez Perrotin

Merveilleuse Sophie Calle ! L’artiste qui a fait de sa vie une œuvre d’art en continu, présente actuellement une double exposition à la Galerie Perrotin et c’est un délice. On y retrouve sa patte joueuse et sa mélancolie douce, son esprit espiègle et sa façon bien à elle de se tenir entre la pudeur et l’impudeur avec grâce.
On avait eu la chance de la voir en guest inattendue sur la scène de la salle Pleyel lors du concert de Pierre Lapointe à Paris en octobre dernier. Elle y faisait une apparition discrète et touchante après les rappels, aux côtés d’Albin de la Simone et du chanteur québécois, pour un adorable trio au sujet de son défunt chat, Souris Calle. On retrouve la chanson en question dans la deuxième partie de l’exposition, dans l’espace accessible depuis l’impasse Saint-Claude, détaché du premier, transformé en salle de recueillement à la mémoire du petit animal poilu qui partagea des décennies durant la vie de l’artiste et plus spécifiquement l’espace du lit entre les deux oreillers, la meilleure place. Sa disparition laisse un trou béant dans les nuits de Sophie. Mais Sophie n’a jamais dit son dernier mot, elle qui a toujours comblé l’absence des êtres chers par des œuvres intimes venant défier le vide et inventer le deuil autrement. A la mort de sa mère, puis à la mort de son père, auparavant après une rupture, maintenant pour son chat, substitut de l’enfant qu’elle n’a pas eu. On peut donc écouter sur place le 33 tours né d’un appel à chansons, sur des grands coussins à même le sol ou dans des boxes plus solitaires, casque sur les oreilles. Juliette Armanet, Alex Beaupain, Benjamin Biolay, Brigitte, Camille, Arnaud Catherine et Florent Marchet, Christophe, Lou Doillon, Stephan Eicher, Feu ! Chatterton, Keren Ann, Miossec, The National… la crème de la crème de la chanson française et même la crème du rock indé anglophone a joué le jeu et écrit une chanson pour Souris et Sophie. Le résultat aurait pu être capillotracté mais non, les artistes ont été inspirés et les chansons s’écoutent plaisamment, d’autant plus que la discrète excentrique sait s’entourer depuis toujours des bonnes personnes au bon moment et ce n’est pas demain la veille que ça va changer.

Quant à la première partie de l’exposition, intitulée “Parce que”, c’est un pur régal de fantaisie, de poésie, d’humour et de délicatesse. Des cadres portant rideau brodé tapissent les murs. On y lit de courts textes ou juste une phrase, comme les affectionne l’artiste qui a toujours mêlé les mots à ses affaires et surtout, à ses photographies, ce qui est le cas encore ici. Mais là, la photographie ne s’expose pas en regard du texte, elle se cache sous le rideau qu’il faut soulever pour découvrir le pourquoi du parce que. On dirait presque des devinettes ou des énigmes, les mots s’immiscent aussi dans les photos et ce jeu de dévoilement est réjouissant pour le visiteur qui prend part, s’empare du tissu pour voir, comprendre et sourire de l’espièglerie mélancolique de l’artiste, toujours vive et subtile, pas essoufflée le moins du monde dans sa créativité.

A donner sa vie en partage sur le ton de la franchise et de l'humour, du détournement et de la rêverie, Sophie Calle s'inscrit dans le paysage accessible de l'art contemporain et nous touche de près. A force de la côtoyer depuis de nombreuses années (que ce soit à Beaubourg, chez Perrotin, à Avignon à l'Eglise des Célestins, ou dans les petits bouquins publiés chez Acte Sud), on aurait presque l'impression de la connaître. Sophie Calle est une amie même si on ne s'est jamais rencontrées.

Par Marie Plantin

Sophie Calle
Du 13 octobre au 22 décembre 2018
A la Galerie Emmanuel Perrotin
76 rue de Turenne
75003 Paris
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