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Jerk, la bombe de Gisèle Vienne passe au CND

A peine 1h de représentation et l’on ressort essoré, retourné, rempli d’effroi et de stupeur. Le Centre National de la Danse programme de nouveau ce spectacle-performance qui a presque 10 ans au compteur maintenant. A ne pas mettre entre toutes les oreilles, "Jerk" est réservé aux plus de 18 ans. La couleur est annoncée. Dark.
La preuve que la puissance d’un spectacle n’est pas le fait des moyens et machineries engagés pour son élaboration, "Jerk" se contente d’un acteur, d’une chaise, d’un radio-cassette et de quelques marionnettes échouées là dans un sac de voyage usé par les années, comme récupérées d’un grenier et jetées en vrac de manière anecdotique. Et pourtant, ce spectacle minimal nous engloutit. De par la présence magnétisante de Jonathan Capdevielle avant tout, comédien hors norme qui hante chaque création de Gisèle Vienne. Il est ici seul en scène et anime, dans un mélange de nonchalance et d’émotion à fleur de peau, les marionnettes à gaine incarnant les personnages de la nouvelle de Dennis Cooper qui donne son titre à la performance. Dennis Cooper dont l’univers trash, explore les liens obscurs entre Eros et Thanatos, et se fond dans les obsessions de la metteur en scène qui cultive les atmosphères dérangeantes, les situations sur le fil et les états transgressifs.

Gisèle Vienne, Jonathan Capdevielle, Dennis Cooper : le trio réduit à son essence. Pour un spectacle incroyablement dense et perturbant. Un petit théâtre de la cruauté en quelque sorte. Une expérience en soi qui dépasse le théâtre. De par son sujet. De par son traitement. Car "Jerk" s’inspire d’un fait divers lugubre : Texas. Années 70. Dean Corll, tueur en série, assassine une vingtaine d’adolescents avec l’aide de deux jeunes garçons, David Brooks et Wayne Henley. Dans la pièce, David Brooks purge une peine à perpétuité et apprend l’art de la marionnette en prison. Pour faire face à sa responsabilité, il reconstitue, devant une classe d’étudiants en psychologie d’une université locale, le déroulement des meurtres dont il a été le complice et le témoin.

Et nous voici directement impliqués dans le dispositif. Et voilà Jonathan Capdevielle, face à nous, marionnettes sur les genoux, mimant et "ventriloquant" l’indicible, l’incompréhensible, l’horreur absolue. Pas de castelet (le paravent derrière lequel le marionnettiste se cache pour manipuler les marionnettes). Ici, le manipulateur est aussi visible, aussi à nu, que les poupées de chiffons ou marionnettes à têtes d’animaux qu'il anime nonchalamment. La violence et la sexualité en jeu prennent parfois un tour étonnement humoristique du fait de la distanciation qu’induisent les marionnettes, contrastant avec la confusion fiction/réalité que la représentation dépouillée s’amuse à créer, brouillant les pistes, les frontières, le quatrième mur, pour mieux nous atteindre en plein inconscient.

On est happé, suspendu comme au-dessus du gouffre de l'âme humaine, incroyablement mal à l’aise et séduit par la radicalité de l’ensemble, le récit et son traitement. "Jerk" est une pièce maîtresse dans l’œuvre de Gisèle Vienne. Jonathan Capdevielle est à couper le souffle.

Par Marie Plantin

Jerk
Du 19 au 23 juin 2017
Au Centre National de la Danse
1 Rue Victor Hugo
93500 Pantin