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Jan Fabre chez Templon, splendeurs et décadence du folklore belge

Habitué des cimaises de la Galerie Daniel Templon depuis les années 2000, Jan Fabre a été invité à investir le premier le nouvel espace récemment ouvert par la galerie, à quelques centaines de mètres des deux autres écrins de la rue Beaubourg. Une carte blanche qui fait sens et nous rappelle une fois de plus le génie de ce plasticien multi casquettes.
La Galerie Daniel Templon s’agrandit. C’est bon signe et c’est une bonne nouvelle. Deux statues de madones auréolées de kitsch nous accueillent dans la première salle de ce nouveau lieu parisien tout juste inauguré, surplombant le visiteur du haut de leur piédestal. Nous voici dans le nouveau Temple de Templon et c’est Jan Fabre, artiste complet, plasticien hors pair, pratiquant à égale teneur la chorégraphie, l’écriture et la mise en scène, qui en baptise les cimaises, à juste titre, avec une exposition en forme de carnet d’un retour au pays natal autant qu’à l’élément premier côtoyant sa côte, la mer du Nord. L’eau et ses symboles, l’eau et ses fantasmes. L’eau et les rêves comme titrait Bachelard. Monde aquatique et liquide amniotique, bain marin originel. 

Ainsi l’exposition est une déclaration ambivalente faite d’amour et de dissidence, une sorte de paysage folklorique identitaire saupoudré de connotations sexuelles explicites, comme autant de grains de sable enrayant la machine à représentations que sont les traditions (carnaval, religion, fêtes et figures archétypales, en bref tout le folklore dans lequel le peuple belge baigne depuis l’enfance, Jan Fabre compris), comme un sale gosse dessinerait au stylo bic dans la marge de son cahier de classe un zizi ou une paire de fesses. La rébellion n’a pas d’âge et chez Jan Fabre l’iconoclasme ne renie jamais l’humour et l’enfance (de l’art). Les sexes sont chez lui les pieds de nez d’un clown facétieux et irrévérencieux autant que la quintessence de notre humanité, ce par quoi l’on naît et procrée. La cristallisation du désir, le préambule à la création. 

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos madones étincelantes, brillantes de mille feux, cousues de paillettes colorées. L’une porte une bible à l’envers intitulée “Je suis belge”  dans une main, serrée contre son cœur, et dans l’autre une marionnette à fils représentant le diable aux couleurs du drapeau de la Belgique, à moitié déchaussé. L’autre porte à deux bras un énorme poisson fraîchement pêché, lui aussi noir, jaune, rouge. Une pêche patriotique, la vierge des pêcheurs exhibant sa récolte en trophée.  Elles sont la clef de cette exposition, la porte d’entrée dans l’univers échafaudé par l’artiste belge qui revisite le folklore natal, ses fêtes, ses processions, ses traditions, à coups de sexes exhibés et d’accessoires de foire (masques, marionnette, instrument de musique de rue…). Les sculptures détournées, croix carnavalesque ou orgue de barbarie organique et hermaphrodite entre autres rayonnent de mille feux. La réalisation des oeuvres est somptueuse. Tissus, matières, détails, doublures, tout relève d’un travail minutieux et d’une attention à la beauté de chaque pièce. Grinçantes dans leurs symboliques, elles n’en sont pas moins des splendeurs. En regard des sculptures en trois dimensions, une large série de dessins miniatures, encadrés d’une marie-louise de velours rouge, vient décrypter en saynètes enfantines les usages et arts populaire du pays. 

Au sous-sol, les œuvres se font maritimes. Coquillages et crustacés, homards, étoiles de mer, on retrouve l’héritage entomologiste de l’artiste, son goût pour la représentation d’un bestiaire toujours plus large, ce souci du miroitement de l’écaille (se faisant ici par l’usage de sequins), les réminiscences de la carapace animale comme une armure de chevalier médiéval. On descend dans les bas-fonds, les entrailles de la mer du Nord, on s’acoquine avec ses habitants. Le sexe est toujours présent, masculin et féminin, il s’excave d’une coquille, fait corps avec son habitacle. La mer est un bain de jouissance.

Une double exposition donc, qui sème le trouble et le sexe partout et fait du détournement un manifeste identitaire et artistique. Décidément, Jan Fabre se réinvente sans cesse tout en remuant les mêmes obsessions, thématiques et formelles. Et c'est captivant.

Par Marie Plantin

Jan Fabre
Folklore Sexuel Belge
Mer du Nord Sexuelle Belge
Du 17 mai au 21 juillet 2018
A la Galerie Daniel Templon
28 Rue du Grenier Saint Lazare
75003 Paris
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