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Vous présentez actuellement aux Ateliers Berthier "Songes et Métamorphoses", un spectacle somptueux qui combine "Les Métamorphoses" d’Ovide et "Le Songe d’une Nuit d’été" de Shakespeare.
Comment vous est venue l’idée de réunir ces deux pièces ?

J'avais travaillé sur "Le Songe d'une nuit d'été" avec des élèves acteurs à la Comédie de Reims et quand on travaille sur une matière aussi riche que "Le Songe", on se met à lire tout ce qu'il y a autour. Or il se trouve que "Les Métamorphoses" sont une référence centrale dans "Le Songe" mais également dans toute l'œuvre de Shakespeare. Et puis bien sûr, les artisans répètent une pièce, "Pyrame et Thisbé", issue des "Métamorphoses". En fait, quand on creuse, l'œuvre entière de Shakespeare est imprégnée, infusée, truffée de références à Ovide.

Donc Shakespeare vous a conduit à Ovide…


Oui, même si l’élan s’est fait dans un même mouvement. Je me suis replongé dans Ovide et j'ai été saisi par la force des "Métamorphoses", par la poésie d'Ovide, son écriture, sa théâtralité, son rapport à la transgression, son côté sulfureux, son lien avec l’inconscient. Très vite, j’ai eu envie de monter les deux pièces ensemble et l’idée de ce spectacle est vraiment née d’une seule traite, de cette envie de réunir ces deux auteurs et leurs motifs, notamment la violence des rapports amoureux qui est flagrante et interpelle.

Il y a aussi un rapport évident avec le théâtre en tant que représentation, fil rouge que vous déroulez sur la totalité du spectacle…


Encore une fois, c’est dans Shakespeare, notamment avec la scène des artisans, le prologue (dont Shakespeare usait souvent), les adresses au public… J’ai voulu faire un spectacle qui embrasse, dans ses successives mises en abyme, un rapport au théâtre sur la durée, depuis la première rencontre lors du spectacle de fin d’année en milieu scolaire, puis à l’adolescence, enfin, le cours de théâtre plus officiel, à l’âge adulte, qui implique un jeu avec la notion de rôle. Tout un parcours.

En un sens, vous redonnez ses lettres de noblesse au théâtre amateur en le plaçant au cœur de votre spectacle et vous interrogez le théâtre depuis l’endroit même où on le pratique, le plateau…

Je suis moi-même, dans mon parcours, très en contact avec le théâtre amateur que j’ai pratiqué au lycée et j’interviens maintenant en tant que professionnel en milieu scolaire, carcéral et en école de théâtre. Donc je sais de quoi je parle, je peux me situer à la fois du côté du professeur et de l’élève puisque je connais les deux places. Et c’est là, dans ce premier contact avec le plateau, bien souvent, que nait le désir de théâtre, la première étincelle, la révélation si révélation il y a.

Dans cette multiplicité de mises en abyme, vous interrogez aussi la notion de jeu même…

Oui il y a un côté poupées russes. Poser la question du comédien, de son propre rapport au jeu, la question du moi fantasmé. Qu’est-ce qu’un emploi ? Est-ce qu’on est condamné à toujours jouer le même rôle ? Est-ce qu’on peut dépasser ces clivages-là ? D’où les scènes de répétition dans la première partie, qui font ensuite partie intégrante de la pièce de Shakespeare avec les artisans dans la deuxième partie.

Tout ça ne parle que de théâtre finalement…

J'essaie surtout de parler du monde à travers les questions du théâtre, j'espère que ce théâtre est un prétexte pour parler du monde et pas l'inverse. Pour moi les questions que soulève le théâtre sur la représentation, soulèvent aussi la question de la représentation des minorités en dehors des plateaux de théâtre par exemple. Echapper à l’entre-soi c’est primordial.

Dans son rapport intime au chant et à la musique, la présence forte des corps des comédiens, dans son mélange des genres, "Songes et Métamorphoses" s’apparente à une œuvre totale, qui englobe tous les styles, brasse tous les domaines…


Oui, ce spectacle a l’ambition d'être un spectacle-monde dans lequel il y a plusieurs mondes justement, enchâssés les uns dans les autres ou agglomérés les uns avec les autres. Il y a un petit côté "Alice au pays des merveilles", la traversée du miroir, mais aussi en écho "Les Mille et une Nuit", c'est à dire qu'un récit donne lieu à plusieurs récits et ceci indéfiniment. On est dans une sorte d'étourdissement de fiction et de réel à la fois, l’idée étant de provoquer un trop plein, une ivresse, quelque chose qui fonctionne dans un baroque assumé. Et puis l’envie de montrer des comédiens capables de jouer dans tous les registres : réaliste, comique, bouffon, lyrique, dramatique, physique… Exalter toutes les possibilités que nous donnent le théâtre ou plutôt les théâtres au pluriel.

Oui parce qu’il y a dans un même spectacle une sacrée dose de genres qui se télescopent…

Une hybridation propre à Shakespeare puisque rien que dans "Le Songe", on a affaire à trois niveaux de langage : familier et potache avec les artisans, versifié avec Titania et Obéron, et le discours du quatuor amoureux qui est encore différent, du côté du langage imagé de l’amour. Déjà dans le passé, je me suis amusé à me confronter à des styles divers, que ce soit le théâtre documentaire avec "Rendez-Vous Gare de L’Est" ou des formes plus opératiques avec "The Second Woman". Chez Shakespeare, le registre dramatique côtoie sans complexe le registre bouffon qui s’invite même dans ses pièces les plus noires, la profondeur et le comique font bon ménage, contrairement à la tradition française qui ne pratique pas ce mélange "impur", cette hybridation intrinsèque. Avec Racine par exemple, on est dans la tragédie à 100%. Pas d’écart. Le genre fait bloc. Avec Shakespeare, c’est autre chose.

On voit que le spectacle est perclus de résonances à l’intérieur des deux parties et entre les deux parties, une façon de mixer à tous les niveaux la matière dramatique que vous avez entre les mains, de tout faire dialoguer ensemble…

Il y a effectivement une foule de détails qui s'est enrichie et affinée au cours des représentations. Mais ces détails ne sont pas faits pour être tous vus, de même que pour les références, ils travaillent le spectacle dans ses multiples couches et le spectateur peut aussi promener ses yeux comme dans un grand tableau où il y a toujours une chose qu'on voit et qu'on ne voit pas, où il y a toujours des détails qui échappent. C’est le jeu. L’œuvre garde son mystère aussi.


Propos recueillis par Marie Plantin


Songes et Métamorphoses
Du 21 avril au 20 mai 2017
Aux Ateliers Berthier
1 Rue André Suares
75017 Paris

Guillaume Vincent met également en scène "Le Timbre d'Argent" de Camille Saint-Saens

à l'Opéra Comique du 9 au 19 juin 2017

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