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INTERVIEW - Cécile Coulon, la poésie qui griffe et apaise...

Huit romans à son actif, un livre de nouvelles et voilà que s’ajoute désormais à la liste de ses œuvres littéraires un recueil de poésie, “Les Ronces”, tout juste sorti aux éditions du Castor Astral. A 28 ans, Cécile Coulon peut se targuer d’avoir creusé un sillon profond dans la littérature, un tracé sur la durée, mu par une belle endurance. L’écrivain sera à la Maison de la Poésie le 12 juin prochain pour une lecture musicale de sa dernière parution. En attendant, nous l’avons rencontrée pour qu’elle nous en dise plus sur ce projet et pour mieux la connaître par la même occasion.
Comment est né ce projet de lecture musicale et qui sont les artistes qui vous accompagnent ?

Comme toutes les jolies choses qui se font un peu par hasard, ça s’est fait de manière assez naturelle. Il se trouve qu’actuellement, un bon nombre de festivals de littérature fait appel à des comédiens pour participer à des lectures de textes. Le concept marche très bien, il faut croire que les adultes aiment autant que les enfants qu’on leur lise des livres. A Toulouse, il y a un énorme festival, le Marathon des Mots, qui travaille avec la comédienne Marie Bunel depuis plusieurs années. Marie Bunel, c’est une actrice tout terrain en quelque sorte, elle fait à la fois du cinéma, de la télévision et du théâtre. Et là, le Festival lui demande de lire “Trois Saisons d’Orage”, mon dernier roman [publié chez Viviane Hamy, ndlr]. Marie m’appelle et me dit qu’elle aime bien quand l’auteur lit avec elle, en duo. J’adore lire à haute voix moi-même et la rencontre a très bien marché. Ensuite, on a refait cette lecture dans un autre festival, Tandem, à Nevers, où se trouvait Arnaud Cathrine qui en gère la programmation et il se trouve qu’il collabore aussi à la programmation de la Maison de la Poésie. A cette période, je venais tout juste de rencontrer le futur éditeur de mes poèmes et de fil en aiguille, on en est venu à cette idée de lecture poétique et musicale. Une amie, Pauline Vigey, au départ chargée de diffusion pour le théâtre, s’est occupée de la mise en espace en intégrant le musicien, Yannick Chambre, qui vient de Clermont-Ferrand comme moi, pianiste et accordéoniste. Quand on m’a parlé d’un accordéoniste au début, j’avais l’image du bal musette et j’ai dit non merci très peu pour moi. Mais il s’avère qu’il vient du jazz et qu’on est à mille lieues des flonflons du bal.

Comment se passe la répartition des poèmes et de la musique ?

La musique est présente en continu, l’accordéon joue quasiment tout le temps. On voulait éviter l’alternance trop scolaire, un poème, un morceau, un poème, un morceau. Donc c’est plutôt un environnement sonore permanent. Idem pour la répartition de lecture entre Marie et moi, si le temps de parole de chacune est respecté dans un équilibre d’ensemble, on n’est pas dans une alternance binaire systématique, pour créer du rythme, de l’imprévu, et rompre une éventuelle monotonie. Et puis, on se déplace, on n’est pas statique, on bouge l’une vers l’autre, on se réunit puis on se sépare, on est tantôt debout tantôt assise. Bref, on a essayé d’éviter à tout prix le risque du scolaire. 

Comment avez-vous choisi les poèmes ?

Il a fallu faire un tri pour que la lecture tienne en une heure maximum. J’en ai choisi une vingtaine et pour qu’il y ait une continuité, une ligne directrice, j’ai suivi un thème général qui parcourt le recueil et qui est l’amour dans toutes ses formes, l’amour familial, filial, le désir, la rencontre, la rupture… Tous les poèmes sont donc liés par ce motif global qui donne un sens, une direction à la proposition scénique. 

L’amour parlons-en justement, à la lecture des poèmes, vous semblez vous en faire une haute idée non ?

Oui, c’est mon petit côté littéraire romantique. J’ai une vision assez à l’ancienne. Pour moi tomber amoureux de quelqu’un c’est d’abord tomber amoureux du cerveau de quelqu’un. La première zone érogène du corps c’est le cerveau. J’aime l’idée de découvrir quelqu’un, l’idée du coup de foudre aussi. J’ai du mal à considérer que l’amour est une marchandise périssable. Pour moi, toute relation, amoureuse ou amicale, engage quelque chose. Je pense qu’on est tous remplaçable, qu’on ne fait que passer, et j’aime cette idée, mais je ne pense pas qu’il faille consommer les gens. Se savoir remplaçable rend humble. Dans cette optique-là, rien n’est vraiment grave, ce qui n’empêche pas la douleur mais ça l’apaise. On fait ce qu’on a à faire et du mieux qu’on peut, c’est déjà ça. 

Après avoir creusé une veine romanesque, comment en êtes-vous venu à l’écriture de poèmes ?

Ce recueil est en réalité la fin d’un processus de dix ans d’écriture en gros. Je croyais qu’en France la poésie comme celle que je pratique, narrative, sans rimes, n’intéressait personne. Alors j’ai fait un test. Je me suis mise sur Facebook pour mettre des poèmes en ligne. En fait, je me suis servie des réseaux sociaux comme d’un laboratoire parce que lire de la poésie c’est particulier, ça oblige les gens à prendre le temps, le contraire du zapping et de la consommation rapide. Et contre toute attente, ça a pris. Une communauté de lecteurs grandissante s’est formée autour de ces poèmes, ce qui a infirmé ce que je pensais de l’indifférence généralisée à l’égard de la poésie. Et puis certaines personnes m’ont dit qu’il fallait faire une version papier. J’ai été mise en relation par Pascal Didier, un représentant passionné de poésie, avec le Castor Astral et c’est parti comme ça.

Contrairement à vos romans qui racontent des histoires extérieures à vous, ces poèmes sont extrêmement intimes, ils gardent une forme narrative mais s’ancrent dans votre vie, d’une certaine manière...

Oui, ce recueil est comme un journal d’écriture. Chaque poème est un conte, une micro nouvelle, une petite histoire car c’est ce que je préfère faire, raconter des histoires. Mais ce sont effectivement les seuls textes autobiographiques que je transmets donc j’ai eu une petite appréhension mais je me suis dit que si ces textes étaient bons, les gens oublieraient que ça parle de moi. Evidemment, le principe de la poésie c’est l’universalité. Le principe d’un poème c’est que tu te retrouves dans ce que quelqu’un va te raconter en l’espace de trente secondes, soit tu rentres tout de suite dedans, soit tu laisses tomber. Soit ça te percute soit ça te contourne mais pas les deux. Un poème, quand tu es lecteur ou lectrice, te met face à quelque chose que tu vis mais que tu n’étais pas capable de nommer. Je trouve ça magnifique. Il y a d’ailleurs pas mal de poèmes qui parlent de poèmes.

Qui sont vos “mentors” en poésie ?

J’adore la poésie américaine, qui raconte justement, celle de Bukowski par exemple ou de Charles Reznikoff qui a écrit des choses incroyables, et puis Carver bien sûr. En poésie française, ce serait plutôt Prévert et René Guy Cadou.

Pourquoi ce titre “Les Ronces” qui est le titre d’un poème du recueil ?

Ce n’est pas mon poème préféré. En réalité, c’était compliqué pour moi de donner un titre au recueil. L’idée n’était pas de trouver un titre vendeur mais qui représente les poèmes. “Les Ronces” c’était parfait parce qu’on en a peur et en même temps ça protège, c’est quelque chose de très naturel, de piquant mais on fait aussi du miel de ronces. C’est à double tranchant, comme la face méliorative et péjorative d’un poème. Et je trouve que le mot est magnifique. Et puis il y avait ce rappel évident d’une nature assez libre. 

D’ailleurs chez vous nature libre va de paire avec l’enfance, et peut-être une certaine forme de nostalgie ?

Je ne sais pas si j’ai une nostalgie de l’enfance mais plutôt une nostalgie du regard de l’enfance. Le regard de l’enfance c’est quand même un regard qui est extrêmement vif. Quand tu es gamin, tu n’as pas du tout la même notion de l’espace par exemple, tout est beaucoup plus grand. Ce sont des sensations que l’on perd quand on grandit. Peut-être que si je suis autant attirée par les espaces vastes, c’est pour retrouver ces impressions, se dire qu’on n’est pas grand chose finalement. Et puis j’ai été marquée par les espaces ruraux depuis toujours. C’est mon terreau et c’est aussi un bon terreau pour faire pousser des poèmes. Donc j’ai un vrai tropisme pour l’espace et la liberté que ça donne. Et qui dit grands espaces dit aussi solitude des grands espaces, celle qui fait sortir la distance, la réflexion et la création surtout. Tout auteur protège sa solitude car c’est son espace de travail. La visualisation demande de faire le vide autour de soi. La pratique de la course à pied est également très importante pour moi, autant qu’écrire. Les deux vont de paire. Le sport solitaire fait réfléchir énormément et c’est un mécanisme qui, comme l’écriture, existe chez moi depuis l’enfance et l’adolescence.

Justement, vous avez publié votre premier roman à 16 ans, qu’est-ce qui vous a amenée à entrer aussi jeune en littérature ?

Le fait de raconter des histoires. J’adorais le cinéma. Quand j’étais gamine et adolescente j’y allais tout le temps, c’était une passion, j’y vais toujours énormément d’ailleurs. J’adorais aussi la musique et lire bien sûr. Passer par le livre, c’était, à 16 ans, quand on n’a pas de moyens, pas de caméra, la façon la plus simple et économe de raconter des histoires. J’aimerais bien que mes livres soient adaptés au cinéma, en particulier “Le Roi n’a pas sommeil” et “Trois Saisons d’orage” qui s’y prêtent bien je pense. Finalement mes livres sont très classiques. Ce qui me plaît c’est de raconter des histoires le plus intemporelles et le plus transmissibles possibles. Il y a très rarement de dates, de lieux, de pays, je débarrasse la fiction de ce genre de détails. 

Quelles sont vos influences en littérature ?

Le romancier d’enfance qui pour moi a été capital c’est Stephen King comme pour beaucoup de gens de ma génération je pense. Je lisais ça le soir limite à la lampe de poche, j’étais captivée, et pas forcément pour l’aspect fantastique. Je trouve qu’aujourd’hui on retient trop ça de lui alors qu’il a fait de très grands romans qui sont des romans sociaux, des fresques sur l’Amérique J’étais très touchée par la façon qu’il avait de parler des hommes, des femmes aussi et surtout car à mon sens il est très féministe. Ses personnages principaux sont souvent des femmes et puis il n’a aucun tabou sur aucun sujet. Pour moi c’est vraiment le grand romancier d’enfance qui m’a beaucoup marqué. Mais il y a eu Steinbeck aussi et pas forcément ses romans les plus connus mais “Rue de la Sardine” par exemple, “La Perle” ou “A l’Est d’Eden”. Je suis fascinée par ce mélange d’humour et de noirceur qu’il y a chez lui, l’élan vital et l’espoir même dans les situations les plus noires. Mes romans s’inscrivent dans ce genre de “veine traditionnelle”, ils sont somme toute assez classiques.

Propos recueillis par Marie Plantin

Cécile Coulon, "Les Ronces"
Lecture Musicale
Le mardi 12 juin 2018, à 20h
A la Maison de la Poésie
Passage Molière
157 Rue Saint-Martin
75003 Paris
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