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Humour et mélancolie font bon ménage dans Songs

Samuel Achache croise des chansons baroques anglaises languissantes avec un duo comique porté par deux comédiennes réjouissantes. Si l’on reste un peu sur sa fin concernant l’alliance du théâtre et de la musique, l’univers déployé nous enchante, et cette façon unique de jouer sur le fil, entre différentes tonalités. 
Près de deux mois après “Demi-Véronique”, mis en scène par Jeanne Candel, son binôme habituel au sein du collectif La Vie Brève, Samuel Achache présente de son côté “Songs”, exploration théâtrale d’un répertoire musical issu du XVIIème siècle anglais. Autant “Demi-Véronique” s’habillait de noir et d’obscurité, exhalant une atmosphère boueuse, humide et marécageuse, autant “Songs” se drape de blanc, de reliques pétrifiées dans la cire, sèche et friable. Autant l’un se confrontait à une partition fougueuse et torturée du compositeur autrichien Mahler, autant l’autre s’acoquine avec la mélancolie dissonante de chansons anglaises du XVIIème. D’un côté les cuivres en rafale, de l’autre les cordes à tout prix. Mais chaque spectacle s’aventure, à sa façon, dans une entreprise similaire, ambitieuse et généreuse, donner à la musique une place centrale, une présence scénique physique. Une matérialité visible. Presque tactile. Il ne s’agit pas ici de jouer les comparaisons hâtives mais force est de constater qu’à l’image de ces deux sœurs au plateau, merveilleusement interprétées par les comédiennes Margot Alexandre et Sarah le Picard, qui sont comme les deux faces opposées d’un même masque carnavalesque, le comique et le tragique, le soleil et la lune, - bref, deux allégories incarnées dans la fraîcheur d’un rapport forcené à l’enfance qui est ici source d’inspiration ludique et labyrinthique - “Songs” semble le revers de “Demi-Véronique”, son complément et son opposé. Quand bien même chacun se suffit à lui-même, bien entendu. Mais des deux côtés, le rapport à la matière, à son organicité, est primordial.

La scénographie est d’ailleurs assurée pour les deux créations par Lisa Navarro qui sait à chaque fois proposer des écrins d’une puissance expressive sidérante, des décors mille-feuilles, comme déployés sur plusieurs couches, pleins de poésie, de mystère et de fantômes, des espaces propres à être entamés, malmenés, creusés, où les objets se fondent dans le mobilier. Des émanations du quotidien plongées dans un bain onirique décapant pour mieux faire advenir un univers mental et métaphorique. Quant aux costumes, ils sont aussi le fruit d’une seule et même personne, Pauline Kieffer, qui déjà dans “Demi-Véronique” créait des robes intemporelles chargées de l’humeur sombre et tonitruante de l’environnement musical. Pour “Songs”, elle s’essaie à l’exercice difficile et jouissif de la robe de mariée et du costume clownesque surdimensionné, et c’est un succès. Les silhouettes qu’elle dessine, rehaussées d’accessoires bien trouvés, campent des figures romantiques et grotesques, des héroïnes de conte, deux rêveuses à l’imagination fertile. Et c’est peu de le dire que Margot Alexandre et Sarah le Picard forment un tandem savoureux qui nous entraîne dans ce récit rocambolesque, ce mariage avorté qui nous transporte directement dans le cerveau de la mariée, au fin fond de son âme sentimentale, de son cœur lourd et gros de chagrins indélébiles.

Contrairement à “Demi-Véronique”, la musique est ici en live, portée par un bouquet de musiciens de haute volée, entourés d’instruments boisés d’époque (violes, guitare, théorbe, clavecin, harpe, luth, flûte…). Le choix de “songs”, que l’on doit à Sébastien Daucé à la direction musicale, est éclectique et pointu. Malheureusement, le spectacle peine à tresser intimement musique et théâtre. La rencontre des deux n’a pas totalement lieu, le mariage n’est pas complètement consommé. L’effort est là, il se voit, l’ambition est belle et louable, mais on reste un peu sur sa fin à regret. Sensé exprimer la mélancolie tenace de la mariée, le grenier de ses souvenirs de jeune fille, les élucubrations de son esprit propice à l’imagination, ses états d’âme fluctuants, l’orchestre prend le relais des scènes comico-tragiques et la chanteuse Lucile Richardot, carrure robuste et visage pâle, est le trait d’union fragile entre la forte théâtralité incarnée par ses filles et l’univers éthéré de la musique.

Reste que “Songs” déploie un monde original et percutant, dans un décor splendide, purgatoire de la mémoire, vaste vanité où les objets, trempés dans la cire blanche, en sortent fossilisés et dotés d’une aura poétique et macabre incomparable. Dans les décombres de ces souvenirs qui s’entassent, où les histoires inventées et les films que l’on se fait se confondent avec le vécu et le vrai, dans cet édifice mental au bord de l’effondrement, Sarah le Picard, délicieusement lunaire et romanesque, semble perdue dans sa propre demeure intérieure que sa sœur tente de sauvegarder autant qu’elle le peut. Avec panache et humour, Margot Alexandre mène le jeu, irrésistible de drôlerie et de fantaisie, gracieuse et audacieuse. Elle est la clef de voûte du spectacle, incontestablement. 

Par Marie Plantin

Songs

Du 5 au 20 janvier 2019
Au Théâtre des Bouffes du Nord
37 (bis) Boulevard de la Chapelle
75018 Paris

Le 12 octobre 2019
A Points Communs
Scène Nationale de Cergy-Pontoise
Théâtre des Louvrais
Place de la Paix
95300 Pontoise

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