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Gurshad Shaheman travaille au corps nos cinq sens

Avec “Pourama Pourama”, Gurshad Shaheman donne le corps d’un récit à sa vie et porte aux nues l’autofiction scénique dans un geste théâtral d’une bravoure et d’une générosité confondantes où le sexe et l’exil ont un rôle essentiel à jouer.
Comment parler de ce spectacle sans trop le dévoiler ? Comment ne pas déflorer l’expérience particulière à laquelle le public est convié ? Ecrire pour donner envie, attiser la curiosité d’aller voir, écrire pour témoigner d’un geste artistique, laisser une trace sur ce qui par essence est éphémère et ne se grave jamais dans le marbre mais habite en secret la mémoire des uns et des autres. Non pas que la pièce joue sur la surprise absolument mais elle est suffisamment étonnante formellement, à la croisée des genres et des registres, pour bousculer les codes de représentation ordinaires, l’assise confortable du spectateur. Elle invite à ne pas se planquer. Car le public y est partie prenante de son fonctionnement. On n’en dit pas plus.

On vous dira seulement que la première partie, “Touch me”, ne s’effectue pas sans contact physique, que le cocktail vodka fraise qui l’accompagne est une caresse intérieure, que la voix off parfois cisaille les tripes, qu’un masque n’est pas seulement fait pour masquer, qu’il y est question du père et de la guerre, celle entre l’Irak et l’Iran, que les photos d’enfance rendent toujours un peu triste, c’est comme ça. Que Gurshad est bel et bien là mais qu’il disparaît un peu, vous verrez pourquoi. On vous dira aussi que la deuxième partie, “Taste me”, se savoure avec la bouche, la langue, le palais, autant que les oreilles et le cœur, que Gurshad est fin cuisinier, serveur hors pair, et qu’il sait marcher sur des talons de 10 sans trébucher. Qu’il y est question de l’adolescence et de sa mère, de la France et de Jean-Louis. Qu’une boule à facettes rend tout plus beau. Que Patricia Kaas joue malgré les apparences un grand rôle dans le spectacle. Que parler avec ses voisins de table devrait être une obligation morale mais qu’il n’y a pas de morale qui tienne la route. Que partager un repas avec des inconnus est une grâce. On vous dira que la troisième partie, “Trade me”, se regarde sans voir vraiment. Que cette partie a des airs de loterie. Qu’il y est question de sexe beaucoup, d’amour beaucoup, d’hommes surtout. Qu’une relation tarifée est toujours une relation. Qu’on n’imaginait pas réécouter François Feldman avec autant de plaisir, si si. Qu’on peut vendre son corps et être un grand romantique. Que Gurshad joue à cache-cache avec nous. Que l’ombre est parfois lumineuse. Qu’un cube n’est pas forcément une boîte. Que les robes ne sont pas l’apanage des femmes et que Gurshad les porte avec panache. Qu’on peut toujours tout dire mais qu’il ne faut pas forcément tout montrer. 

On vous dira aussi et on va bientôt s’arrêter là, que ce théâtre-là n’est pas affaire de représentation au sens classique du terme bien qu’il tienne sur les tréteaux solides d’une dramaturgie lumineuse dans tous les sens du terme et d’une technologie visuelle et sonore utilisée avec doigté. Car dans ce dispositif rien ne pèse, tout étreint, comme la voix de Googoosh. Et nos cinq sens sont mobilisés avec une pertinence renversante. Avec son titre énigmatique que le récit dévoile en son centre, “Pourama Pourama” est une traversée de l’intime, une plongée en trois parties (qui étaient à l’origine des pièces séparées et individuelles se révélant indissociables) dans l’histoire personnelle de Gurshad Shaheman, comédien et metteur en scène formé à l’ERACM qui se révèle ici auteur également. Acteur de sa vie, auteur du récit de son vécu, Gurshad nous raconte en somme un chemin d’émancipation. L’histoire d’un homme qui, en la verbalisant, en lui donnant une direction, prend sa vie entre ses mains et nous l’offre en partage.

Ce qui est véritablement surprenant dans ce spectacle, c’est la tendresse qui s’en dégage malgré un récit qui n’omet rien, ni d’être cru quand il le faut, ni la violence qui le sous-tend. On attribue ce miracle à la présence magnétique et sensuelle de Gurshad Shaheman qui a l’art de se montrer autant que de se mettre en retrait et sait autant attirer la lumière que la renvoyer.

Par Marie Plantin

Pourama Pourama
Du 8 au 17 mars 2019
Au Nouveau Théâtre de Montreuil
10 Place Jean Jaurès
93100 Montreuil
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