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Garouste et Laurie Karp cohabitent au Musée de la Chasse et de la Nature

En exposant, en bas, des toiles de Gérard Garouste, et dans les méandres de ses salles à l’étage, les céramiques de Laurie Karp, le Musée de la Chasse et de la Nature explore par deux biais étonnamment différents et complémentaires une veine mythologique puissante imprégnée par la présence obsédante de la forêt et innervée par la cruauté ambiante dans le monde animal et au-delà.
A chacun sa mythologie. A chacun sa vérité comme titrait Pirandello l’une de ses pièces. Le peintre Gérard Garouste travaille la matière picturale et s’est vu confier une commande sur le thème ovidien de Diane et Actéon, tandis que la céramiste Laurie Karp s’est inspirée de la faune en forêt pour déployer dans les salles du musée son petit théâtre de la cruauté à l’œuvre dans le monde vivant.

Il faut préciser que Garouste est présent en trois lieux en ce (presque) printemps, au Musée de la Chasse et de la Nature donc, avec ces quelques toiles aux bleus puissants offrant une relecture toute personnelle du mythe de Diane et Actéon, tout à fait en phase avec l’identité de l’écrin qui l’abrite, mais également aux Beaux-Arts de Paris (“Zeugma, le grand œuvre drolatique”) et à la Galerie Daniel Templon. Les tableaux ici se révèlent dans un accrochage simple et réussi, sur un fond jaune qui met en valeur l’intensité des ciels et de l’eau où se baigne, nue, Diane, qui prend ici le visage d’Elisabeth, l’épouse de l’artiste, très souvent présente dans ses toiles, tandis qu’Actéon revêt, à y bien regarder, les traits du peintre lui-même, dans un apport autobiographique qu’affectionne l’artiste malgré des thématiques loin de tout narcissisme et de tout réalisme, empruntant le plus souvent aux mythologies, en particulier celle, religieuse, du Talmud et de la Kabbale. On retrouve le style pictural de Garouste, reconnaissable entre tous, la distorsion des formes, la réappropriation narrative extrêmement intime, le regard qui amplifie, déforme, transforme le réel, comme si paysages et personnages devenaient des images mentales modifiées par la perception exacerbée de l’artiste, gonflées et torturées par son regard. Et puis il y a ce mouvement impalpable et fascinant, toujours à l’œuvre dans sa peinture, ce raz de marée presque, qui vient comme de sous la toile bousculer les éléments du tableau, désaxer, apporter sa dose de chaos dans la composition. On le reçoit en pleine figure dans les peintures symbolisant la fuite d’Actéon dévoré par ses chiens alors même qu’il tente vainement de s’échapper.

La visite se poursuit dans les étages, à la découverte du travail de Laurie Karp, disséminé dans les collections permanentes du musée. Une série de pièces de céramique, de plus ou moins petite taille, vient infiltrer l’univers boisé et feutré des salles du musée, prolongeant l’atmosphère de fascination et d’effroi qui y règne. Si la beauté du royaume animal et de la forêt imprègne chaque pièce, son envers n’en est pas moins perceptible : la mort rôde ici, elle n’avance pas masquée, elle s’expose. Taxidermie, fusils de chasse, trophées, les yeux vitreux des bêtes empaillées nous regardent d’outre-tombe. L’ours blanc fameux du musée toujours debout trouve une résonance diffractée dans les morceaux épars de l’ours décapité qu’exhibe Laurie Karp en morceaux. Les sculptures-figures, les scènes qu’elle invente se fondent avec délice dans les lieux, en harmonie lumineuse avec le décor qui les accueille et les digère. Ses céramiques dépassent largement le caractère décoratif souvent associé au genre. En modèle réduit ou plus imposantes, elles relèvent d’un travail de modelage et d’émaillage remarquable, la matière suintant d’une organicité saisissante. Brillante et mate, chaque pièce témoigne d’une inspiration très concrète, en lien avec le vivant et la chair. L’imaginaire de l’artiste se déploie à cheval entre les contes de notre enfance, la forêt comme antre merveilleuse, corne d’abondance naturelle, et les légendes obscures qui l’habitent, espace de bestialité et de sauvagerie où le carnage n’est jamais loin. A mi-chemin parfois entre le minéral et le végétal comme cette soupière dégorgeant sa cascade ou cette autre abritant une forêt calcinée, mixant l’organique et le métal comme avec ces pistolets osseux, ses objets miniatures jouent sur plusieurs échelles pour mieux nous faire entrer dans un monde irréel nappé pourtant d’une réalité crasse. Une sorte de féérie nauséeuse qui vient nous chercher dans nos peurs et nos dégoûts.

Les œuvres du dernier étage ouvrent un nouveau territoire, très différent. Le travail de la matière s’y prolonge d’un superbe travail sur le verre. La brique s’invite de manière plus évidente, support récurrent à de petites céramiques rocheuses, suintant d’eau claire ou de sang vif, tombant en gouttelettes. D’une délicatesse exquise tâchée de drame. Car chez Laurie Karp, derrière la beauté, la barbarie n’est jamais loin.

Par Marie Plantin

Gérard Garouste
Zeugma : Diane et Actéon
Du 13 mars au 1er juillet 2018

Laurie Karp
Seven Lakes Drive
Du 13 mars au 2 septembre 2018

Au Musée de la Chasse et de la Nature
62 Rue des Archives
75004 Paris
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