Diaporama
vendredi 19 janvier 2018
Ground Control ''Gare de Lyon'' revient en version augmentée avec la Halle Charolais
 
Actualités
vendredi 19 janvier 2018
La comédienne Céline Milliat Baumgartner, en état de grâce, sur le fil de l'enfance et du deuil
 
Actualités
mercredi 17 janvier 2018
Quatorzième édition du festival musical Mo’Fo, debout contre vents et marées
 
base

Folie créatrice à la Maison de Victor Hugo

Dans son adorable écrin de la Place des Vosges, la Maison de Victor Hugo explore actuellement, à travers une exposition troublante, le lien entre folie et création artistique, en partant de la vie de l’écrivain, frappée de plein fouet par la maladie mentale de son frère et de sa fille.
Nichée dans un charmant hôtel particulier sis sous les arcades de la place des Vosges, la Maison de Victor Hugo se consacre à l’écrivain majeur du XIXème siècle qui y vécut une partie de sa vie et perpétue la mémoire de cet homme de lettres multi-talents, poète, auteur dramatique et romancier, pratiquant le dessin avec la même aisance que la prose et les vers. Dans cette nouvelle exposition démarrée le mois dernier, c’est un nouveau motif, la folie, qui est ici exploré, prenant comme point de départ le prétexte biographique du lien intime et familial entretenu par Victor Hugo avec la maladie mentale puisque son frère Eugène ainsi que sa fille Adèle en furent victimes et que ce double drame affecta profondément l’écrivain. D’autant plus qu’en pleine époque romantique, le regard sur l’aliénation mentale évolue énormément et l’on fait grand cas de la folie, objet d’études et de recherches accrues. Une considération nouvelle naît avec une génération de psychiatres aux méthodes plus humanistes, contrastant avec la "manière forte" répandue jusqu'alors. Désormais, il est monnaie courante d’occuper les malades par le travail mais également par la pratique d’une activité artistique en fonction des penchants du patient. Gravure, sculpture, dessin, broderie, collage, écriture… une approche qui pourrait être l’ancêtre de l’art-thérapie en quelque sorte. Les disciplines sont de natures diverses et certains patients se les approprient avec une intensité et une productivité telle que leurs thérapeutes se sont mis à collectionner ces œuvres marginales, souvent obsessionnelles ou dérangeantes, fruits d’une étonnante maîtrise parfois ou d’une imagination puissante. Si l’attention des médecins aux productions de leurs malades se vouaient au départ à des fins thérapeutiques, leur intérêt s’est peu à peu déplacé au contact de certaines œuvres apparaissant comme véritablement "artistiques", redéfinissant les contours ordinaires de l’art, ouvrant de nouveaux territoires, une nouvelle géographie, certes à la marge, mais belle et bien palpable.

L’exposition "La Folie en tête, aux racines de l’art brut", choisit un accrochage lié à la figure des psychiatres-collectionneurs. Divisée en quatre sections délimitant quatre grandes collections européennes, la scénographie crée des enclos, des îlots dans lesquels les œuvres, encadrées pour bien affirmer leur statut d’œuvre d’art, révèlent des personnalités s’exprimant par des techniques extrêmement variées (pastel, fusain, aquarelle, crayon, craie grasse, encre, mine de plomb…) et des supports divers (papier le plus souvent, toile, carton, papier d’emballage, feutre…). Prises dans leur individualité, toutes les œuvres ne présentent pas un intérêt spécifique, mais c’est dans la profusion, dans la mise en regard, les échos, les résonances, le retour de certains motifs, que l’exposition prend corps et fait sens. C’est un panorama européen de ce que Dubuffet nommera au début du XXème siècle Art Brut, un paysage mental des populations internées qui se dévoile, un voyage imagé dans une pluralité de cerveaux aliénés. C’est aussi, dans le même geste, un hommage au travail remarquable de ces médecins avant-gardistes qui ont patiemment recueillis et conservés les travaux de leurs patients, leur apportant un crédit qui est le signe d’une ouverture d’esprit et d’une attention à l’autre, non plus basée sur la domination mais l’égalité et le respect. 

C’est ainsi que cette exposition, aux œuvres tantôt âpres, tantôt flamboyantes, tantôt discrètes, tantôt exubérantes, nous éclaire sur un pan d’Histoire passionnant qui est aussi un pan de notre humanité.

Par Marie Plantin

La Folie en tête – Aux Racines de l’Art Brut
Du 16 novembre 2017 au 18 mars 2018 
A la Maison de Victor Hugo
6 Place des Vosges
75004 Paris
Réserver cet évènement