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Edmond, le premier film d’Alexis Michalik, est un coup de maître

Cela ressemble à un conte de fées. Il en rêvait, il l’a fait. Et c’est un coup de maître, disons le tout de go. Alexis Michalik, qu’on ne présente plus tant son talent se répand comme une traînée de poudre, de spectacle en spectacle, de succès en succès, vient de passer à la réalisation en adaptant sa dernière pièce, “Edmond”, au cinéma, et le résultat est magistral.
Depuis “Le Porteur d’Histoire” on ne l’arrête plus. Il y a eu entre temps “Le Cercle des Illusionnistes” puis “Intra Muros” et “Edmond” et chacune de ses créations se joue à guichet fermé, enchaîne les tournées, rebondit chaque été au Festival d’Avignon où son nom en tête d’affiche draine un public acquis depuis longtemps, conquis et heureux, toujours plus nombreux. Car le bouche à oreille est le meilleur ami du sieur Alexis. Les spectacles parlent d’eux mêmes, ils touchent et galvanisent le grand public comme on l’appelle parfois avec une touche de snobisme dans la voix, mais que nenni ici car l’auteur, metteur en scène, acteur et désormais réalisateur s’adresse à tous, c’est son credo, son ambition assumée, la source vive de son inspiration. Personne n’est laissé sur le carreau. Avec lui, le théâtre emporte et transporte, la fiction est sa raison d’être, la vitesse son rythme de croisière et le caméléonisme des comédiens son péché mignon. Alexis Michalik pratique le théâtre comme un art populaire, en remontant à sa source, aux tréteaux et à l’enfance, à l’oralité des histoires que l’on se raconte d’une génération à une autre, que l’on se transmet de mémoire et qui sont le cœur du vivre ensemble. Rien de plus mais tout est là et c’est un monde. Une malle au grenier, quelques costumes, et l’imaginaire s’envole. Alexis Michalik n’a jamais oublié ses émotions d’antan, de celles qui remontent à l’enfance. Les étoiles qu’il avait dans les yeux en regardant pour la première fois des comédies musicales, il les ré-injecte dans son “Edmond”, projet faramineux et virtuose, d’une ambition phénoménale. 

Si le film n’arrive qu’en seconde position, tourné après la pièce, il était pourtant là, à l’état de désir, avant l’aventure scénique que l’on connaît, couché sur le papier mais sans producteurs prêts à prendre le risque et mettre la main au portefeuille. Comme il ne se démonte pas, Alexis Michalik en a fait ce qu’il sait faire de mieux, un spectacle, qui a trouvé un écrin de rêve au Théâtre du Palais Royal et le succès escompté, propre à décider les financeurs frileux. Et voilà “Edmond” sur nos écrans, le récit de l’écriture de “Cyrano de Bergerac” par Edmond Rostand, où comment la vie de celui-ci s’est mêlée jusqu’à se confondre avec la pièce qu’il avait sur le feu, pondue dans l’urgence d’une commande et l’urgence tout court des dettes quotidiennes qui s’accumulent. Les affres de l’inspiration, les doutes, les eurekas et les rebondissements à la pelle, dis comme cela, on pourrait s’attendre à un film introspectif et réflexif sur les aléas de la création mais non, “Edmond” est un marathon. Une course de vitesse. Un tourbillon. La caméra, tout en fluidité, mouvement permanent et proximité, suit le sprint dans lequel Edmond se retrouve pris presque malgré lui, les à-coups, les trébuchements, les désarrois, les écarts impromptus, les fulgurances, l’enthousiasme et l’apothéose finale.

La distribution, différente de celle du spectacle, est excellente, à commencer par Thomas Solivérès dans le rôle titre, flanqué d’Olivier Gourmet et de Mathilde Seigner, bons comme du bon pain. Clémentine Célarié dans le rôle de Sarah Bernardt est idéale, Jean-Michel Martial est un cafetier de rêve, Alice de Lencquesaing est la femme de l’ombre, l’épouse de l’auteur et la délicatesse de son jeu ne se dément pas, Lucie Boujenah est gracieuse et profonde comme il se doit tandis que Tom Leeb se glisse avec bagout dans la peau du beau gosse peu instruit. Micha Lescot en Tchekhov n’apparaît que peu mais il est parfait. Quant à Alexis Michalik, il s’octroie le rôle de la concurrence, l’auteur à succès Feydeau, teigneux à souhait, intelligence aiguisée, au final, fair-play. Pour ceux qui connaissent bien les spectacles et les comédiens récurrents dans les mises en scène d’Alexis Michalik, il est amusant de voir sa garde rapprochée se glisser dans des petits rôles (Jeanne Arènes, toujours géniale, Adrien Cauchetier en cocher, Guillaume Riant en serveur, Arnaud Dupont en Mélies) ou de simples présences de figurants (comme Régis Vallée, fidèle comédien de la première heure). Et last but not least, le cinéaste en herbe fait jouer son propre attaché de presse, Pascal Zelcer, au catalogue de spectacles impressionnants. Et celui-ci excelle en chef costumier, petit doigt en l’air et mèche au vent, une révélation et un régal.

Car l’esprit de troupe qui fait tout le sel de la démarche scénique d’Alexis Michalik infuse aussi le film et lui donne son identité chorale et ce mouvement permanent qui l’habite. La caméra glisse, s’élève, suit les acteurs de près, tourne au milieu d’eux dans les scènes de répétition au plateau, véritable œil du cyclone qui vient insuffler sa dynamique à l’ensemble et rompre radicalement avec le plan fixe et large qui a été longtemps le b-a ba des captations théâtrales officielles. Les détails sont soignés, les costumes superbes, les décors et la reconstitution de l’époque, splendides. On se pourlèche les babines à les regarder et on s’y croit, plus que jamais. Ils plantent une atmosphère feutrée, de papier peint à motif, d’éclairages tamisés (scènes d’intérieur chez Edmond), de velours rouge et de dorures (au théâtre), de brasserie parisienne dans son jus (chez Honoré, le café du quartier). L’époque est là, dès les premiers plans sur la ville, le Paris de la fin du XIXème siècle (période déjà présente dans “Le Cercle des Illusionnistes”), qu’Alexis Michalik semble chérir tout particulièrement, celle de l’invention du cinématographe, des frères Lumière et des premières projections publiques au Grand Café du Boulevard des Capucines.

Ce film est le rêve réalisé d’Alexis Michalik, son scénario un conte de fée, et nous, spectateurs ankylosés du trop de réalité, on fond devant cet Edmond vaillant, cœur tendre et bienveillant, qui se révèle aux autres et à lui-même dans l’avènement de son chef-d’œuvre, “Cyrano de Bergerac”, qui innerve de son histoire sublime ce film au panache certain. Chapeau bas !

Par Marie Plantin

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