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Ecrire envers et contre tout, témoignages palpitants à la BnF

L’exposition actuelle de la BnF consacrée aux manuscrits rédigés dans des conditions extrêmes est tout à la fois passionnante et bouleversante. Un ensemble de témoignages de la plume d’anonymes ou de célébrités qui en disent beaucoup sur le lien étroit entre l’écrit et notre humanité.
Ecrire au péril de sa vie, coûte que coûte coucher sur le papier ses dernières pensées, laisser une trace de soi, une preuve de son passage sur terre. Ecrire pour rendre compte, de la réalité de la guerre, de ses sentiments, de sa santé, écrire pour témoigner ou rassurer. Ecrire dans un état de conscience altérée, écrire pour supporter ses chaînes, continuer la lutte, contrer sa solitude, exprimer sa douleur, écrire comme on lance un SOS, une bouteille à la mer, écrire en dernier recours. Ecrire pour se relier au monde. Ecrire pour ne pas mourir. L’actuelle exposition de la BnF François Mitterrand est bouleversante, profondément, et stupéfiante, humainement et historiquement parlant. Elle imbrique destins individuels et Grande Histoire, confidences intimes et contexte collectif via des documents sans valeur esthétique propre, sans relief visuel en apparence, mais d’une portée inestimable. Ces carnets, bouts de papier, feuilles volantes, sont des trésors revenus de loin, de l’enfer(mement), d’un autre temps, d’un autre continent, de l’impensable, la mémoire tangible et poignante de vécus douloureux. Abîmés, froissés, marqués d’une écriture à la limite du lisible parfois, ces documents portent en eux la marque des conditions extrêmes dans lesquelles ils ont été annotés et la fragilité des supports est un facteur émotionnel supplémentaire à leur réception. En cela, “Manuscrits de l’extrême” ne laisse pas de marbre, au contraire, l’exposition atteint le visiteur dans sa chair, ses souvenirs, sa propre histoire et son propre rapport à l’Histoire. Car aucun des documents présentés ne relève de l’anecdote. Tous convergent vers une même idée qui sous-tend la cohérence de l’exposition, à savoir cette détermination par l’écrit, à vivre envers et contre tout. L’écriture comme garant de notre humanité qui plus est dans des situations de l’ordre de l’inhumain. Là où il y a de l’écrit il y a de la vie semble nous dire de bout en bout cette sélection confondante.

Découpée en quatre sections intitulées “Prison”, “Passion”, “Péril”, “Possession”, l’exposition se visite librement, sans ordre pré-établi, ce qu’implique une scénographie judicieuse, en étoile depuis son centre, chaque salle étant accessible depuis son cœur. Les manuscrits de la section “Péril” ont été produits dans des situations qui confrontent l’être humain à ses propres limites ou qui menacent directement sa vie. Lettres de poilus au front, derniers mots de Marie-Antoinette adressés à ses enfants avant l’échafaud, testaments… la mort est imminente, au bout de la plume. Dans la section qui la jouxte, “Prison”, les manuscrits sont issus de situations d’enfermement. On y trouve la chemise de Latude, emprisonné à la Bastille, qui utilisa le tissu de son habit, faute de mieux, et son propre sang, pour s’exprimer. L’imagination et la débrouille étaient sans borne, on le réalise avec stupeur. Ecrire avec une pointe d’épingle ou sous l’assise d’une chaise (retrouvée au siège de la Gestapo), jeter une lettre griffonnée en vitesse au crayon à papier et jetée d’un train en partance pour un camp de déportation… Ou dessiner pour oublier l’absence parentale et la guerre alentours dans la colonie d’Izieu où 44 enfants âgés de 4 à 17 ans furent recueillis avant d’être raflés en 1944. Auguste Blanqui quant à lui, avait développé une écriture microscopique sur des feuillets extrêmement fins, lui permettant, depuis sa cellule, de continuer la lutte révolutionnaire. Ecrire et dessiner aussi pour ne pas devenir fou, sauvegarder ses capacités mentales, comme le fit Alfred Dreyfus, écroué sur l’île du Diable (en Guyane). On aborde d’ailleurs aux rives de la folie et d’une conscience altérée dans la section nommée “Possession” qui regroupe des écrits liés à des états de conscience différents, que ce soit sous hypnose comme le pratiquaient les surréalistes, en sevrage d’opium pour Cocteau, en désintoxication pour Artaud, sous emprise de la mescaline, ou dictés dans le cadre de séances spirites comme ce fut le cas de Victor Hugo et de sa famille, en exil à Jersey. La dernière section, “Passion’, quant à elle, regroupe des écrits liés à un état passionnel que ce soit de nature amoureuse ou érotique, ou bien dans la douleur du deuil ou du manque. L’agenda de Nathalie Sarraute ouvert à la date du décès de son époux, sur lequel figure cette inscription unique qui dit tout “2h du matin” suivi du raturage de tous les rendez-vous prévus dans la semaine côtoie le journal logorrhéique de Marie Curie qui éprouve le besoin de fixer ses souvenirs de peur qu’ils ne s’effacent. Lettre d’amour de Georges Bataille ou de Paul Celan à leur femme, poème d’Henri Michaux adressé à sa femme défunte ou de Mallarmé, en deuil de son fils Anatole… chaque texte témoigne non seulement d’un rapport à l’amour, à la perte, mais également d’un rapport au langage et à l’écrit qui vient soutenir l’être dans sa traversée intérieure et lui permettre de garder le cap.

Ils ont été écrits dans l’urgence de la situation, avec les moyens du bord, au bord de la mort, de la folie ou du désespoir. L’état matériel de ces documents témoigne du contexte de leur écriture. Chacun d’entre eux est un morceau palpitant de vie et d’Histoire qui nous rappelle, au détour de chaque lettre ou texte, la puissance et la nécessité de l’écrit.

Par Marie Plantin

Manuscrits de l’extrême
Du 9 avril au 7 juillet 2019
A la BnF / François Mitterrand
Quai François Mauriac
75013 Paris
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