Diaporama
vendredi 14 décembre 2018
La plus grande collection privée d’Europe sur Star Wars s’expose à Paris
 
Actualités
vendredi 14 décembre 2018
Rencontre solaire avec Catastrophe
 
Actualités
jeudi 13 décembre 2018
Le DOC Ciné Club programme La Commune de Peter Watkins, film rare et brillant
 
base

Doully passe en revue ses addictions et en tire un one woman show désopilant

Après le Théâtre du Marais la saison passée, Doully revient exposer ses addictions sur la scène flottante de la Nouvelle Seine, parfaite pour les confidences et les humoristes le vent en poupe.
Un one woman show sur l’addiction, ce n’est pas banal, suffisamment singulier pour avoir titillé notre curiosité. Alors, on y était, l'hiver dernier, dans le froid, tapant du pied sur le pavé de la rue Volta pour nous réchauffer, épaules crispées, mains dans les poches, attendant impatiemment que s’ouvre la porte du Théâtre du Marais, cette salle mouchoir de poche à Arts et Métiers. Enfin, on y  pénétrait, transis, se réchauffant comme on pouvait contre la parka de son voisin et la doudoune de sa voisine, se disant un moment qu’on aurait peut-être mieux fait de rester chez soi sous la couette mais trop tard, le rideau rouge s’ouvrait et Doully apparaissait. Si chaleureuse qu’à la seconde on oubliait le froid emmagasiné. Boucles blondes, yeux bleus délavés, bouche interminable, tatouages, jupe de gitane, voix éraillée de clopeuse invétérée, il ne manque à Doully que la boule de cristal et les boucles d’oreilles créoles pour nous dire la bonne aventure. Et pourtant ce n’est pas l’avenir qu'elle nous révèle mais son passé, un passif aussi lourd que festif, porté sur la picole, la drogue, la clope et même la bouffe. Doully est un gouffre. 

C’est avec un bagout désarçonnant, une sincérité et une générosité évidente, que cette femme fluette et punchy nous raconte ses mésaventures de working girl accro à la cocaïne, droguée à l’adrénaline du boulot, fumant ses cigarettes par les deux bouts, brûlant sa santé au passage, ivre du goût de tout et de vivre par dessus tout. Jusqu’à ce que. Le couperet. Retour à la réalité, en passant par la case décès, celle dont on ne revient pas. Normalement. Trois crises cardiaques n’auront pas suffi à venir à bout de la force de vie effrénée de Doully, miraculeusement revenue parmi nous. Mais à bout de ses déboires, oui. Depuis, Doullly ne boit plus. Rien, nada, nothing. Elle carbure à l’eau et au thé mais elle a gardé en souvenir, comme un petit trésor qu’on chérit, sa voix de dinosaure enroué, à la Renaud ou Arno, comme vous préférez. Résultat des courses, tout le monde continue de la prendre pour une alcoolo. C’est bien sa veine, elle qui s’endort au max avec une verveine.

Le show de Doully, s’il aborde l’addiction au pluriel, avec un humour salvateur, pose aussi la question des préjugés, et nous renvoie tout en nous faisant rire aux éclats, à cette façon que l’on a tous de cataloguer les autres dès la première impression. Si Doully est clean désormais, son physique et sa voix continuent de la trahir, comme des casseroles bien bruyantes et bien visibles que l’on traîne toujours derrière soi en dépit des bifurcations prises, des revirements radicaux de comportement, des mea culpa, de l’abstinence comme un chemin de croix. Ce qui est très beau dans ce spectacle, c’est qu’au-delà de la drôlerie de Doully qui assure le show avec entrain, sens du rythme et de la réplique qui tombe à pic, elle nous touche loin, dans nos failles, dans nos faillites, dans nos déroutes à nous. Son spectacle est un aveu mais ne verse jamais dans l’impudeur. Doully a su transformer son vécu et en rire avec les autres plutôt que de se morfondre sur son sort. De son expérience, elle tire un one woman show original et hilarant. 

Rarement on a vu quelqu’un nous montrer la bonne voie, celle de la sagesse et de la santé, sans avoir l’impression de se prendre une leçon de morale ni un coup au moral. Merci qui ? Merci Doully ! Sur ce, on va se faire un thé au jasmin, c’est bon pour le teint !

Par Marie Plantin

Doully
L'Addiction c’est pour moi
Du 6 octobre au 29 décembre 2018
A la Nouvelle Seine
3 Quai de Montebello
75005 Paris
Réserver cet évènement