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Danse de mains et cinéma direct pour une poétique du sentiment amoureux

La Scala consacre un cycle de trois spectacles au binôme constitué de la chorégraphe Michèle Anne de Mey et du cinéaste Jaco Van Dormael. “Kiss & Cry” est le premier présenté et c’est un bijou.
Pure merveille que ce spectacle qu’on n’imaginait pas agir sur nous avec autant de résonance et de profondeur. “Kiss & Cry” n’est pas seulement d’une délicatesse et d’une sensibilité inouïe, c’est une expérience intime, d’une émotion rare qui vient réveiller souvenirs, sensations, ranimer nos amours lointaines, nos émois de jeunesse, convoquer la naissance du sentiment amoureux, l’émerveillement et la déception, la proximité physique de la vie de couple, les nuits partagées, l’imaginaire qui se mêle du réel, la loi du désir et le temps qui passe. A travers le recensement des amours de Giselle, cinq histoires singulières, ponctuant le cours d’une vie qui s’achève doucement, “Kiss & Cry” nous fait toucher du doigt la vertu de la mémoire, terreau de récits uniques, vivier de nos rêves et secrets, et nous plonge dans un état flottant de mélancolie douce amère. Miroir de nos étreintes, durables ou éphémères, c’est un spectacle à couches multiples qui se joue et se fabrique en direct sous nos yeux fascinés.

La scène est ici plateau de tournage, terrain de jeu, piste de cirque, de patinage artistique, de danse. La miniature rejoint la grandeur nature, la caméra glisse d’un décor à un autre et l’écran central donne vie à ces maisons de poupée, ces trains et paysages où passent les saisons au gré des feuilles qui tombent, du soleil qui darde ses rayons, de la neige qui tapisse le toit des gares désertées. Face à nous, toute une équipe s’affaire, chacun à sa tâche, pour créer la magie de ce théâtre visuel sans précédent qui vient renouveler le théâtre d'objet, théâtre d’une richesse et d’une subtilité infinie, où le regard se promène librement, du plateau à l’écran, choisissant où faire le focus. Les mains des danseurs, déliées, caressantes, virevoltantes, magnétiques, sont ici les acteurs de ces rencontres et ruptures qui tissent une vie. L’œil s’adapte en souplesse au changement d’échelle. Et c’est proprement saisissant de regarder ces doigts qui bougent et d’y voir des corps en mouvement. Tout ce qui s’y joue est si juste, aussi intense et ténu que la vie. Le microscopique rejoint le macroscopique en un jeu de va-et-vient qui passe par le prisme de notre regard. Observer la valse des techniciens sur scène est aussi bouleversant que le résultat sur l’écran. Le plateau est un laboratoire millimétré où la précision est de tout instant et le travail d’équipe qui s’y façonne est fascinant. Le spectacle est d’une sensualité folle, le toucher s’y taille une place prépondérante, à tous les niveaux. Et le frisson nous gagne.

On ne saurait que trop vous conseiller ce spectacle magique et émouvant, qui réveille l’enfant en nous et parle à l’adulte pourtant, qui dit tant sans en avoir l’air, mélange la technique la plus ingénieuse au bricolage le plus artisanal avec une inventivité remarquable, sans que le dispositif ne vienne peser, au contraire. Le processus de fabrication, à nu devant nous, est totalement au service de la narration et en épaissit le récit. Car c’est une autre histoire qui se tisse en sous texte, celle des petites mains, des fourmis ouvrières au service du spectacle qui s’accordent, se passent le relais, échangent quelques mots discrets ou regards complices, afin d’être dans le bon timing et que le montage en direct s’effectue sans heurt. L’harmonie d’ensemble de la représentation s’en ressent. Cette façon d’être ensemble et de construire ensemble. C’est grâce à cette armée de bras et de compétences complémentaires et solidaires que “Kiss & Cry” existe et atteint une telle profondeur. La virtuosité est de mise certes mais on est au-delà.

Et l’on se laisse glisser sans retenue dans ce spectacle hybride où danse et cinéma se marient avec grâce et justesse pour créer un univers d’une poésie radieuse. Un bijou on vous dit.

Par Marie Plantin

Kiss & Cry
Du 4 au 31 décembre 2018
A la Scala
13 Boulevard de Strasbourg
75020 Paris
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