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Danse contemporaine : les chorégraphes qui la font

La prêtresse américaine : Carolyn Carlson

Quiconque a vu danser Carolyn Carlson une fois dans sa vie s’en souvient pour toujours. Chorégraphe mais danseuse avant toute chose, Carolyn Carlson est une interprète unique, au corps de liane, à la stature bâtie comme une architecture, et dont la force rejaillit sur son visage anguleux et saisissant. Elle est connue pour son goût et son aptitude à l’improvisation, sa recherche permanente, inassouvie, en lien avec son être intérieur et le monde extérieur, au sens cosmique du terme. Elle est connue pour ses solos qui prennent une place prépondérante dans son art. Elle est connue pour sa façon d’embrasser le geste avec tout son corps, de tracer dans l’espace des lignes, des courbes, des directions, comme autant de dessins invisibles et pourtant indélébiles. Elle est connue pour des spectacles comme Blue Lady, Vu d’ici ou encore Signes qui ont imposé sa patte dans l’histoire de la danse contemporaine.

Née à Oakland en Californie, Carolyn Carlson est une nomade dont la vie est ponctuée de voyages, d’étapes, d’escales de plus ou moins longue durée, toujours en lien avec sa pratique de la danse. Le déplacement géographique, le mouvement, déjà, sont au cœur de son être même. Que ce soit à New-York où elle reçoit l’enseignement fondateur et fondamental d’Alwin Nikolais, à Paris où elle dirige le groupe de recherche théâtrale de l’Opéra de Paris, au Théâtre de la Ville et au Théâtre de Chaillot qui l’accueillent en résidence, à la Cartoucherie où elle a posé dernièrement ses valises et créé un laboratoire de recherche chorégraphique ainsi qu’un Festival annuel, June Events, à la programmation exigeante et de qualité, à Roubaix où elle a dirigé plusieurs années le Centre Chorégraphique National, au Teatrodanza La Fenice ainsi qu’à la Biennale de Venise où elle est un temps nommée directrice artistique de la section danse, à Stockholm où elle prend la tête du Ballet Cullberg, au Helsinki City Theater… Carolyn Carlson va où le vent la porte. Infatigable, elle transporte de pays en pays, de ville en ville, ses créations, son univers, son énergie, sa personnalité fascinante, ses multiples facettes qu’elle explore dans la danse, creusant toujours plus loin, toujours plus profond, les nombreux corps qui nous habitent, les visages que nous abritons, nos pulsions animales, nos élans sauvages, notre rapport intime à la nature, notre intense désir de spiritualité. Elle avance à l’intuition, portée par une foi sans fin en son art.

Interprète puissante, Carolyn Carlson possède une présence exceptionnelle, une façon unique d’embrasser la verticalité sur un plateau, de brasser l’espace autour d’elle, de se livrer toute entière tout en restant mystérieuse, de faire advenir du visible l’invisible. La danse qu’elle conçoit, les chorégraphies qu’elle compose, sont toute imprégnées pour toujours et à jamais de sa formation chez Alwin Nikolais mais témoignent d’une singularité irréductible aux comparaisons. Qu’elle écrive pour elle-même ou pour d’autres interprètes, Carolyn Carlson parvient à faire le grand écart entre une danse à la fois graphique et organique, à entrelacer les deux dans une même nécessité expressive. Si le corps devient pinceau, dessinant lignes, courbes, volutes, formes abstraites et pourtant parlantes, jusqu’au bout des mains, il est également medium, intermédiaire concret, physique, charnel, vers une dimension spirituelle, une connexion avec l’âme, notre condition humaine, notre lien intime aux éléments (l’eau, la terre, l’air, le feu). Toute sa vie, Carolyn Carlson aura pactisé avec d’autres artistes, plasticiens ou musiciens, partenaires indispensables et indissociables de son art. On pense par exemple à la scénographie d’Olivier Debré pour son spectacle « culte » Signes ou bien encore à sa collaboration longue et suivie avec le musicien et compositeur René Aubry. Car la pratique artistique de Carolyn Carlson ne se limite pas à la danse comme moyen d’expression quand bien même celle-ci est son principal instrument. Elle se prolonge dans le dessin, la photographie, l’écriture de poèmes, la calligraphie, qui viennent nourrir son œuvre, l’amplifier en de multiples ramifications. D’ailleurs, la chorégraphe qualifie elle-même son travail de « poésie visuelle » qui convient mieux à son approche de la scène, poétique et imagée. 

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