Danse contemporaine : les chorégraphes qui la font

La modernité de Maurice Béjart

A l’image de la compagnie qu’il a créé, Le Ballet du XXème siècle, Maurice Béjart (de son vrai nom Maurice-Jean Berger) aura traversé le XXème siècle dans sa quasi-totale largeur puisqu’il est né à l’entrée du siècle, en 1927 (à Marseille), et s’en est allé à l’orée du siècle suivant, en 2007 (à Lausanne), après avoir marqué au fer rouge l’Histoire de la danse moderne. Que retient-on de Maurice Béjart ?

Une école, "Mudra", basée à Bruxelles (qui aura fonctionné entre 1970 et 1988) où de nombreux chorégraphes actuels, et parmi les plus grands, ont été formé (notamment Maguy Marin, Anne Teresa de Keersmaeker, Michèle Anne de Mey, Michèle Noiret, Bernardo Montet, Emmanuelle Huynh, Catherine Diverrès, Carlotta Sagna, Herman Diephuis…) et pas uniquement à la danse, dans une perspective d’interpénétration des disciplines (danse, théâtre, musique).

Quelques créations phares, dont des classiques du ballet sans cesse revisités : le « Boléro » sur la musique de Ravel, un cercle de quarante hommes autour d’une table, avec, au centre de la table, un soliste sur piédestal, une musique et une chorégraphie entêtante ; « Le Sacre du Printemps » de Stravinski, composition de groupe monumentale qui joue sur l’architecture des corps autant que de l’espace, les sauts vertigineux, la puissance expressive des interprètes, les arrêts sur image.

Une grammaire chorégraphique très lisible et très formelle, jouant sur l’enchaînement des figures, pratiquant le mélange des genres, surfant sur les bases de la danse classique et académique tout en impulsant une réelle modernité issue des courants néo-classiques et modernes. Une danse qui peut être tantôt graphique, voire gymnastique, tantôt tribale, avec de fortes inspirations orientales, toujours très expressive.

Des solistes aux personnalités très marquées, notamment Jorge Donn et Gil Roman (qui est d’ailleurs l’actuel directeur artistique du Béjart Ballet Lausanne, depuis la mort du chorégraphe), exceptionnels interprètes, et de grands mouvements d’ensemble, un goût marqué pour la composition d’images fortes, de tableaux en mouvement, jouant sur la géométrie des corps.

Un style, une esthétique, le collant moulant académique de couleur, les hommes torses nus et le culte du corps masculin érigé comme la quintessence de la beauté.

La première incursion de la danse moderne au sein du très théâtral Festival d’Avignon, alors dirigé par Jean Vilar, qui invite le chorégraphe à créer dans la Cour d’Honneur. Ce sera « Messe pour le Temps Présent » (en 1967), une chorégraphie composite sur une musique de Pierre Henry. Double révolution, côté plateau et côté bande son. La psyché rock de Pierre Henry, les corps libres et puissants de Béjart, sous le ciel avignonnais. Béjart a mis le pied dans la porte, et depuis, la danse contemporaine est la bienvenue chaque année au Festival, accueillie dans les plus belles salles de la ville, elle fait désormais partie du paysage et sa présence n’est plus remise en question.

Béjart est mort, certes, depuis presque 10 ans maintenant, mais sa compagnie tourne encore, et dans le monde entier, avec les œuvres de son répertoire.