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Dans sa première pièce, Pauline Huriet questionne l’engagement avec un sens de l’humour ravageur

Avec “Je le ferai hier”, Pauline Huriet se révèle auteure et metteuse en scène sur laquelle il va falloir compter tant sa première création irradie de son talent. Porté par une troupe de comédiens formidables, le spectacle est un régal d’intelligence et de drôlerie.

Le spectacle qui se joue actuellement à 21h30 aux Déchargeurs sous le titre énigmatique de “Je le ferai hier”, évoquant une forme de procrastination à l’envers, par l’absurde, est le lauréat 2018 du prix du jury au Festival Court mais pas vite. Prix récolté haut la main et unanimement, et l’on peut en témoigner car nous faisions partie du jury. Et pourtant la concurrence était rude, les autres propositions valaient largement le détour et la soirée assurait un très bon niveau égard à l’extrême jeunesse des participants. Mais “Je le ferai hier”, bien qu’à l’état d‘étape de travail puisqu’il s’agissait de présenter des projets en germe, se distinguait par une maîtrise impressionnante à tous les niveaux de la création, et surtout, ce qui fait sa qualité majeure, par cette façon de faire cohabiter humour et intelligence à forte dose sans que l’un ou l’autre ne tire la couverture à soi. C’est donc plein d’attente que nous venions découvrir le spectacle abouti et celui-ci ne démérite pas. Oh que non.

Saluons pour commencer la qualité de jeu qui fait le sel du spectacle. Les six comédiens forment au plateau une équipe du tonnerre, chacun existe dans sa singularité autant que dans le collectif et c’est là l’un des enjeux de la pièce elle-même qui questionne notre capacité à faire groupe pacifiquement, les difficultés à fonctionner à plusieurs, à gérer collectivement une situation inattendue, à se sortir d’une impasse ensemble, à réagir à l’imprévu. Car, sous couvert de comédie, la pièce brasse beaucoup de problématiques très actuelles autour d’un enjeu essentiel qui est sa matrice : l’engagement. Le sujet est attrapé avec virtuosité par Pauline Huriet, la metteuse en scène et auteure du spectacle. Aucune démagogie ni facilité dans son approche, elle explore avec brio et via une situation de départ simple et concrète les “dégâts collatéraux” de l’engagement, à savoir la difficulté à rallier une cause quand il y en a tant de valables, la difficulté à défendre avec efficacité ses opinions, à démêler subjectivité et objectivité qui viennent s’emmêler les pinceaux, à ne pas confondre enjeux personnels et collectifs, à trouver sa juste place, à ne pas se cacher derrière un rôle, à rester vrai et sincère, à se positionner en conscience et à agir en conséquence, à dealer avec ses propres peurs…

Avec un sens imparable de la structure et du rythme, Pauline Huriet parvient à partir d’un dispositif relevant presque de l’anecdote pour l’étirer dans tous ses possibles, en extraire les tentaculaires sources de réflexion. Et distille tous azimuts un humour débridé. On rit de bon coeur tout du long du spectacle et l’on se régale de la partition de chaque interprète car ici chacun défend son rôle bec et ongles avec un engagement enthousiasmant qui résonne de près avec la problématique soulevée par le spectacle. Les comédiens mènent le jeu avec une énergie communicative et l’intrigue (que l’on se refuse à dévoiler tant le plaisir vient des rebondissements et de l’éclaircissement progressif de la situation) se déploie en temps réel et sans quatrième mur pour une expérience de spectateur troublante et réjouissante.

Par Marie Plantin

Je le ferai hier
Du 13 mai au 23 mai 2019
Aux Déchargeurs
3 Rue des Déchargeurs
75001 Paris
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